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Full text of "La Toison d'or: notes sur l'institution et l'histoire de l'ordre (depuis l'année 1429 jusqu'a l ..."

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LA TOISON D'OR 



ÂNVBRS. — TyP. J.-E. BUSCHUANN. 







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Mamiacrit N" goaS de lu Bibilolbèque Royale de Belj.'itim 



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LA 



TOISON D'OR 



NOTES 



SUR L'INSTITUTION ET L'HISTOIRE DE L'ORDRE 



(DEPUIS L'ANNÉE 1429 JUSQU'A L'ANNÉE i55g) 



RÉUNIES PAR LE 



B°° H. KERVYN DE LETTENHOVE 
U 

PRÉSIDENT DE l'EXPOSITIOM DE LA TOISON d'OR 

(BRUGES, Juin-Septembre 1907) 



BRUXELLES 

Librairie Nationale d'Art et d'Histoire 

G. VAN OEST & C" 

1907 




N parlant du XIV* siècle, un écrivain qui en avait con- 
sciencieusement approfondi les annales, disait : « on 
n'a pas assez remarqué l'influence que la chevalerie a 
exercée sur l'ordre social » (') ; cette observation s'ap- 
plique peut-être plus justement encore aux effets qu'eu- 
rent sur les événements et les mœurs du XV* et du XVI* siècles, la 
fondation et l'épanouissement de l'ordre de la Toison d'or. 

Affirmer que la Toison d'or a été dès son origine et est encore 
aujourd'hui «un des plus illustres ordres de chevalerie »{'), serait avancer 
une chose banale, mais montrer l'influence considérable et bienfaisante 
que cette noble institution a exercée dans le domaine religieux, moral, 
politique et artistique, n'est pas sans offrir un grand intérêt et une 
réelle utilité. 

Il est encore plus important de rechercher les causes de ce rôle 
glorieux et d'indiquer par quelles considérations élevées des Chefs et 
Souverains de l'ordre et par quels « hauts faits » de ses chevaliers, « la 
noble Toison d'or » a aquis cette brillante renommée et cet universel 
prestige. 

Enfin, c'est faire oeuvre de justice que de prouver que si les Pays- 
Bas ont eu, au XV*" siècle, le privilège d'un art si brillant, ils le doivent 
en grande partie à la protection que les Chefs et Souverains de la Toison 
d'or et leurs plus illustres chevaliers accordaient aux peintres, aux 
sculpteurs, orfèvres et ouvriers d'art. Ceux-ci ne trouvaient-ils pas dans 
les fêtes superbes données à l'occasion des Chapitres de l'ordre, l'occasion 
de montrer leurs talents et n'y recevaient-ils pas les encouragements les 
plus précieux ? 



(•) Froissart. Etude littéraire par le B» Kervyn de Lettenhove, t. II, p. i8, 
(*) Histoire de la Chevalerie, d'après P. Lacroix, p. 343. 



Ces nobles mobiles, ces heureuses influences, ces grands bienfaits 
ont souvent été niés. On a traité de légendes ces traditions populaires 
« qui voyaient dans la Toison d'or l'image de la prospérité des com- 
munes » ('). On n a envisagé les Souverains que comme des Princes 
prodigues, au lieu de mesurer leur grand rôle social et politique ; on a 
traité les chevaliers de courtisans, alors qu'ils étaient les champions du 
droit, de l'honneur et de la courtoisie. On n'a compté que les dépenses 
d'une cour fastueuse, sans découvrir la protection généreuse, intelligente 
constante qui faisait germer de toutes parts des génies, semence pré- 
cieuse que Dieu jette un peu partout mais qui ne lève que par des 
concours éclairés. 

On n'a pas compris « ce que ce luxe, ces fêtes, tous ces encourage- 
ments donnés aux Arts, ont fait pour la gloire et la prospérité de la 
Flandre » ("). On a osé nier tous ces faits, contester ces affirmations, et 
cependant toutes les preuves du rôle bienfaisant de la Toison d'or 
existent 1 Malheureusement, elles étaient inconnues de la plupart et sou- 
vent cachées, car, comme l'écrivait le comte de Laborde, « elles ne se 
retrouvent plus aujourd'hui que sous la poussière des archives et dans 
les collections particulières ». 

N'était-il pas temps, avant que la poussière ait tout à fait effacé les 
caractères de ces précieux manuscrits et avant que beaucoup de tableaux 
aient disparu ou aient été détruits, de réunir pieusement ces témoins 
authentiques et irrécusables de tant de gloire et de leur demander, en 
l'honneur de la Toison d'or et en faveur de la vérité historique, le plus 
éloquent des témoignages. 

Si l'histoire ne peut s'écrire qu'avec des documents, ceux-ci sont 
surtout nécessaires pour établir les faits, glorieux au point d'être souvent 
invraisemblables, par lesquels se signalaient les chevaliers qui avaient 
l'insigne honneur de porter la Toison d'or ou ceux qui y aspiraient. N'y 
a-t-il pas aussi un devoir à remplir vis-à-vis de ceux qui se signalèrent 
par tant de vertus, de courage, et de fidélité ? Ne faut-il pas chercher, 
comme le demandait Froissart, à les mettre « en perpétuelle mémoire » ? 



(*) DuTRY. Préface au catalogue d'Art Héraldique, p. 32. Gand, 1889. 
(■) Comte DE Laborde. Les ducs de Bourgogne. 



Philippe le Bon le pensait, car il avait commis un héraut d'armes 
et un greffier pour relater tous « les hauts faits » des chevaliers de la 
Toison d'or. Il tenait à ce que tout cela fut consigné par écrit afin 
« d'exemplier, nobles cœurs encourager » et préparer ainsi les gloires 
de l'avenir en conservant celles du passé. Il a soin de bien l'expliquer 
dans sa première proclamation, en fondant Tordre ; et ses successeurs 
ne négligeront jamais ce devoir. C est ainsi qu'en 1478, Maximilien d'Au- 
triche, troisième Chef et Souverain de l'ordre, réclama un nouveau livre 
sur velin avec les statuts, hauts faits et portraits de tous les chevaliers 
de la Toison d'or à commencer par Philippe le Bon jusqu'à ceux de la 
dernière promotion. 

A diverses reprises, des réprimandes sont même adressées par le 
Chef et Souverain et par le chancelier au roi d'armes, quand il néglige 
de relater toutes les actions d'éclat dont le souvenir mérite de passer à la 
postérité. 

Dans ce but encore, en 1768, un maître aux requêtes de S. M. I. R. 
et A. encouragé par Elle, entreprend la publication d un vaste ouvrage 
qui réunira tous les portraits des chevaliers de la Toison d'or et tous les 
documents se rapportant à leur histoire. Hélas 1 la difficulté de retrouver 
ces renseignements déjà épars, fit abandonner ce travail, dont quelques 
pages seulement parurent 1 

En 1829, le Baron de Reiffenberg, archiviste du Royaume des 
Pays-Bas, avec l'appui de l'Empereur d'Autriche, qui lui a ouvert géné- 
reusement toutes ses archives et qui a envoyé à Bruxelles les registres 
de l'ordre, fait un appel à tous ceux qui possèdent des portraits de 
chevaliers pour qu'ils les lui confient momentanément afin de publier 
une « Galerie iconographique et biographique de la Toison d'or, laquelle 
renfermera tous les portraits des chevaliers qu'on aura pu se procurer 
avec les notices sur leur vie et les documents originaux ». 

La Révolution de i83o fit évanouir ce beau projet. 

Ce que Philippe le Bon voulait, ce qu'il avait prescrit et lait acter 
dans des manuscrits disparus ou épars, ce que Charles le Téméraire, 
Maximilien, Charles-Quint réclamaient, ce qu'on tenta en 1768, et ce 
qu'essaya en 1829 le Baron de Reiffenberg, l'Exposition de Bruges vient 
de le réaliser. 



Les hauts patronages que le Roi des Belges, que S. M. Alphonse 
XIII, que S. M. la Reine douairière de Saxe, que S. A. I. le Grand 
Duc Vladimir, que S. A. I. et R. TArchiduc François-Ferdinand 
d'Autriche, que S. A. R. le Prince Henri des Pays-Bas, que S. A. R. 
le Prince Alphonse de Bavière, que S. A. le duc d'Anhalt, que S. A. S. 
le Prince de Lichtenstein et tant d'autres notabilités ont daigné nous 
accorder, ont assuré le succès de cette belle entreprise 1 

Le gouvernement belge en a compris également la grande portée 
scientifique et il a bien voulu placer l'Exposition sous ses auspices. 

En Belgique encore, un Comité d'honneur qui comprend les 
autorités les plus hautes du gouvernement, du clergé et de l'armée 
nous a apporté une puissante force morale. Le Comité d'organisation au 
sein duquel se rencontrent tant de noms d'hommes dévoués à la science, 
a la bonne fortune d'avoir à sa tête le plus éminent des Mécènes belges 
qui est en même temps un des plus illustres hommes d'Etat dont 
s'honore la Belgique. 

A l'Etranger, les plus grands seigneurs comme les savants les 
plus connus, nous ont témoigné dans des comités d'honneur ou d'action, 
leur sympathie et leur zèle. 

L'Exposition de Bruges permet donc d'écrire mieux qu'on ne l'a 
jamais fait l'histoire de la Toison d'or : elle ressuscite cette époque 
fastueuse, elle fait revivre les Souverains et Chefs de cet ordre illustre 
ainsi que ses fidèles chevaliers. Avec tous les portraits et documents 
réunis momentanément à Bruges, les savants traceront sur des tablettes 
ineffaçables l'histoire de siècles glorieux qui empruntent à la Toison 
d'or quelques-uns de leurs plus brillants rayons et leur éclat le plus 
pur I Ces annalistes ont sous les yeux toutes les preuves de la grande 
et heureuse influence exercée par cette institution ; ils leur donneront 
toute leur portée et les mettront en pleine lumière : ce sera l'apothéose 
de la Toison d'or I 



Avant que ces importants travaux, qui s'imposent au zèle et à la 
science des érudits, ne soient terminés, quelques notes historiques et 
héraldiques ofiriront peut-être, malgré la hâte avec laquelle elles ont été 



■ 


^^^^ 


■ 


1 






■ 


RociER Van der Wevden \?i 

Portraii de Philippe le Bon 

(Musée des Beaiix-A.ls, Anversp. 


a 



réunies, un certain intérêt au lecteur en lui faisant connaître les statuts 
de Tordre, les hauts faits de ses titulaires et en lui montrant l'heureuse 
influence sociale de cette institution 1 Tel est le seul et modeste but de 
ces pages. 

L'ordre de la Toison d'or fut fondé à Bruges par Philippe le Bon, 
Duc de Bourgogne, de Lothier, de Brabant et de Limbourg, Comte de 
Flandres, d'Artois, de Bourgogne- Palatin et de Namur, Marquis du 
Saint Empire, Seigneur de Salins et de Malines, le lo janvier 1429/80, 
jour de son mariage avec Isabelle de Portugal. 

Cet ordre ne fut pas improvisé au milieu d'une fête, ainsi que 
certains historiens le prétendent. « L'institution de la Toison d'or par 
devant longtemps avait été pensé en la secrète imagination du Duc, 
mais non jamais découvert encore jusque cette heure » dit Chastellain 
dans son naïf langage. Cette création inattendue et, plus encore, le nom 
donné par le Duc de Bourgogne à ce nouvel ordre de Chevalerie « ont 
fait galoper l'imagination des écrivains en de folles chevauchées ('). On 
y a trouvé des origines « voilées, gazées tout au moins » ; on les a voulues 
aussi romanesques, que celles de l'Ordre de la Jarretière et que celles de 
l'Ordre de l'Annonciade. 

La Toison d'or aurait été créée en souvenir d'une jolie brugeoise 
aux cheveux dorés, (") tout comme la Jarretière avait été instituée en 
l'honneur de la belle Comtesse de Salisbury et comme l'Annonciade 
avait pour origine la galanterie d'Amédée IV, Comte de Savoie ! 

« Est-ce réellement à une femme que l'on doit ces];institutions de 
Philippe le Bon et ces insignes ambitionnés par les audacieux capi- 
taines ? Le sourire fugitif de la beauté est-il toujours la récompense d'un 
rayon de gloire ? » (^) 

Il est très permis d'en douter. Je dirai plus : un peu de réflexion, 
un examen sérieux rendent ces récits absolument invraisemblables. 

Comment admettre, d'ailleurs, que ce soit au jour de son mariage 



(*) DuTRY, catalogue héraldique, p. 4. 

O Son nom est indiqué par les auteurs de ce roman et est celui d'une famille qui existe 
encore à Bruges. 

(•) Bn Kervyn de Lettenhove. Histoire de Flandre, t. IV, p. 254. 



que Philippe le Bon, si sincèrement épris d'Isabelle de Portugal, sa 
nouvelle épouse, qu'il avait choisi cette devise : 

« Aultre n'auray 
Dame Isabeau tant que vivray », 

ait londé un ordre rappelant une liaison passée ? 

« Peut-on supposer, écrit M. Dutry, que pour rappeler des actes 
que la morale et la religion réprouvent, Philippe le Bon ait créé un 
ordre dont un des buts est d'exciter à la vertu et aux bonnes mœurs, un 
ordre qui ne sera conféré qu'à des gentilshommes de nom et d'armes 
sans reproche, un ordre dont l'ordonnance sera considérée par la 
postérité comme le plus beau code d'honneur et de vertu chevaleresque, 
un ordre qui a traversé les siècles, honoré, envié... » Non, il est des 
invraisemblances que condamnent non seulement la logique de l'his- 
toire, mais le bon sens, la raison et l'honnêteté. Si un doute subsistait, 
il suffirait pour le dissiper, de lire la proclamation solennelle que le roi 
d'armes de Flandre fit au nom de Philippe le Bon, pour publier la prise 
de ce noble ordre. La voici : 

« Or oyez, princes et princesses, seigneurs, dames et damoiselles, 
» chevaliers et escuyers. Très-haut, très-excellent et très-puissant prince, 
» monseigneur le duc de Bourgongne, comte de Flandre, d'Arthois et 
» de Bourgongne Palatin et de Namur, faict sçavoir à tous : que pour 
» la révérence de Dieu et soutènement de notre foi chrestienne, et pour 
» honorer et exhausser le noble ordre de chevalerie, et aussi pour trois 
» causes cy-après déclarées : la première, pour faire honneur aux 
» anciens chevaliers qui par leurs nobles et hauts faicts sont dignes 
» d'estre recommandés ; la seconde, afin que ceulx qui de présent sont 
» puissants et de force de corps et exercent tous les jours les faicts 
» appartenants à la chevalerie, aient cause de les continuer de mieulx 
» en mieulx; et la tierce, afin que les chevaliers et gentilshommes qui 
» verront porter l'ordre dont cy-après sera toute honneur à ceulx qui le 
» porteront, soient meus de eulx employer en nobles faicts et eulx 
» nourrir en telles mœurs que par leurs vaillances ils puissent acquérir 
» bonne renommée et desservir en leur temps d'estre exclus à porter la 
» dicte ordre : mon dict seigneur le duc a emprins et mis sus une ordre 



» qui est appelée la Toison d'or, auquel, oultre la personne de mon- 
» seigneur le duc, à vingt-quatre chevaliers de noms et d'armes et sans 
» reproche, nés en léal mariage (') » . 

Une seconde ordonnance, publiée un an plus tard, confirme et 
précise encore les mêmes et nobles mobiles : 

« A tous présens, à venir, savoir faisons, déclare le bon Duc, qu'à 
» cause du grand et parfait amour que nous avons pour le noble état 
» de chevalerie, dont, par notre ardente et singulière affection nous 
» désirons accroître Thonneur, afin que par son moyen, la vraie foi 
» catholique, l'état de notre sainte mère l'Église... soient autant qu'ils 
» peuvent l'être défendus, gardés et conservés ; nous, pour la gloire et 
» la louange du Créateur, pour la vénération de la glorieuse Vierge sa 
» mère, pour l'honneur de Monseigneur Saint André, pour l'exaltation 
» de la foi et de la Sainte Église, pour l'excitation aux vertus et aux 
» bonnes mœurs, le lo Janvier 1429 qui était le jour de la solennité 
» du mariage célébré entre nous et notre chère et bien aimée épouse 
» Elisabeth, avons institué, créé et ordonné un ordre et confrérie de 
» chevalerie et d'association amicale d'un certain nombre de chevaliers 
» que nous avons voulu appeler du nom de la Toison d'or conquise par 
» Jason. » 

Le célèbre historiographe de la Toison d'or, Georges Chastellain, 
s'adressant à Philippe le Bon, lui rappelle aussi les motifs du « haut 
eslevement de la Thoyson » . Et voici ce qu'il lui dit : 

« Mais n'est d'oubly le hault eslevement 
De la Thoyson, haulte et divine emprise. 
Qui pour confort, ayde et réparement 
De nostre Foy, en long proposement 
Tu as mis sus, divulguée et emprise 
Soubs aultre grand religion comprise 
Touchant honneur et publique équité 
Pour estre mieux envers Dieu acquitté. » 



(') Lefèvre St-Remi. 



Faut-il citer enfin ces vers de 1 epitaphe que Philippe le Bon fit 
préparer pour sa tombe : 

« Pour maintenir l'Église quy est de Dieu maison, 

J ay mis sus la noble ordre qu'on nomme la Thoyson. » 

Les statuts de l'ordre, qui se divisaient en quatre-vingt-quatorze 
articles, mettent encore plus en lumière le but que poursuit Philippe le 
Bon. Le duc y trace, avec le plus grand soin, les obligations des cheva- 
liers. Ces devoirs peuvent se résumer comme suit : fidélité envers la 
Sainte Église, maintien dans son intégrité de la foi catholique, loyauté 
envers le Souverain, amitié et fraternité entre les chevaliers, bravoure 
dans les armes, honneur en tout et partout ! Ne sont-ce pas là des règles 
sublimes et bien faites pour faire revivre les plus beaux jours de la 
chevalerie? 

« Les statuts de la Toison d'or avaient été réglés avec un art infini, 
a écrit avec raison le B^"" de Reiffenberg, afin de stimuler l'honneur. » 

Un caractère religieux très prononcé donne une gravité particulière 
à toutes ces recommandations. Il est inhérent aux proclamations, aux 
statuts, aux serments, aux cérémonies et à plusieurs faits qui méritent 
d'être rappelés et que nous allons résumer. 

L'ordre a peine établi, le bon Duc fait dire au Pape que les 
Souverains et les Chevaliers de l'ordre nouveau, animés d'une môme 
zèle, s'emploieront toujours de tout leur pouvoir à la défense de l'Eglise. 
Le Saint Père répond par des bulles qui approuvent et confirment 
l'institution ('). En 1482, les Pères du Concile de Trente adressent 
des lettres au Chef et Souverain et aux Chevaliers de la Toison d'or 
pour leur faire connaître tout le cas qu'ils font de leur ordre. 

Il faut remarquer aussi que les Chapitres — les statuts portaient 
qu'il devait y avoir un Chapitre au moins par trois années — se tenaient 
dans le chœur d'une église et commençaient par des vêpres ; dans le 
principe cette réunion devait avoir lieu la veille de la S* André, c'est-à- 
dire le 29 novembre. Le lendemain, jour de la S* André, on célébrait 
une messe en grand apparat et le jour suivant on disait aussi solennelle- 



(*) Le Pape Eugène IV, 7 septembre 1433. 



8 



ment une messe en Thonneur de la S*® Vierge, car le Bon Prince, dit 
une vieille chronique, a pris la Vierge 

« Pour sa guide estre en tous laicts singuliers 
» Et pour Tordre de ses francs chevaliers. » 

Un office spécial de la S*^ Vierge, dressé pour les fêtes de Tordre, 
« dirigé sur le symbole de la Toison de Gédéon », approuvé par TEvêque 
de Toul et T Université de Louvain est même présenté, en 1458, à 
Philippe le Bon. Ces messes et ces offices sont obligatoires et toujours 
exactement suivis. 

Cest au célèbre banquet de Lille, que Dame Religion, s adressant 
aux illustres convives, leur dit : 

« Vous Chevaliers qui portez la Toison, 
N'oubliez point le très divin sacrifice I » 

Les années où il n'y avait pas de Chapitre, et plus tard lorsque les 
Chapitres n'eurent plus lieu le 3o novembre, les chevaliers célébraient 
toujours avec leur Souverain la fête de la S* André par des offices 
religieux auxquels ils se rendaient en grand costume ('). S* André, 
dont nous voyons encore la croix sur de nombreux drapeaux de 
corporations ou de sociétés, avait été choisi comme patron des chevaliers 
de la Toison d'or. C'est pourquoi, le cri de guerre du Duc de Bour- 
gogne et de ses compagnons était 

« Notre-Dame, Bourgogne et Montjoie S* Andrieu ! » 

A chacun des Chapitres dont nous venons de parler, le chancelier 
qui doit être un Evêque, fait un discours dans lequel il exhorte le 
Souverain et les Chevaliers « à pratiquer la vertu, à fuir le vice, à agir 
toujours suivant leur conscience » ('). Il leur représente « la dignité de 
leur état » (^), car de tous les ordres connus « le plus estendu, le plus 
permanent et le plus illustre est la Thoyson, qui est toute d'or sans 
mélange d'autre métaux et toute glorieuse » . 



(*) Cette coutume était encore rigoureusement suivie sous Albert et Isabelle. 
(•) i5i6. 

(•) H^- 



Le chancelier G. Fillastre, dont on conserve un magnifique manus- 
crit à la Bibliothèque de Bourgogne, rappelle aux chevaliers que des 
devoirs Sont attachés à ces insignes et il les exhorte à les remplir, en 
leur exposant Thistoire des six différentes Toisons, à chacune desquelles 
s'attache une vertu propre : C'est ainsi que la Toison de Jason symbolise 
la Magnanimité, celle de Jacob la Justice, que celle de Gédéon est 
l'emblème de la Prudence, que celle de Mesa et de Moab indique la 
Fidélité, celle de Job la Patience et celle de David la Clémence. Un 
autre prédicateur n'en veut qu'une, c'est celle de Gédéon ('), car « préfé- 
rant le S* Esprit à Ovide, la S^^ Ecriture à la Métamorphose et la 
vérité à la fable », au lieu « de jaser d'un Jason, il parlera de Gédéon ». 

D'ailleurs, bien que Philippe le Bon ait formellement choisi, dans sa 
proclamation de 1430, la Toison de Jason, donnant ainsi comme exemple 
le courage et l'opiniâtreté des Argonautes, dès 1440, la tapisserie qu'on 
étale dans les Chapitres, au milieu du chœur, représente non l'histoire 
de Jason, mais celle de Gédéon. 

Une autre pensée religieuse a certainement influencé également 
Philippe le Bon, lors de la création de l'ordre de la Toison d'or : ce fut 
le désir d'organiser une nouvelle croisade. Or, une telle entreprise 
offrait les plus grandes difficultés. Pour pouvoir la tenter, il fallait 
arriver à grouper autour de soi les Princes les plus illustres et la fleur 
de la chevalerie. La Toison d'or n'en serait-elle pas l'occasion indirecte 
et ne deviendrait-elle pas ce lien qui tout naturellement mettrait 
Philippe le Bon, en qualité de Chef et Souverain de l'ordre, à la tête de 
la confédération des croisés ? 

Ce fut pendant les fêtes données à Lille, en 1453, et au milieu du 
célèbre banquet du Faisan, que le fils de Jean sans Peur fit connaître 
aux chevaliers de la Toison d'or réunis autour de lui, son projet 
d'arrêter les Turcs dans leurs succès et de venger ainsi la désastreuse 
expédition que son père avait conduite à Nicopoli. 

En effet, pendant un des intermèdes de ce festin, où les surprises 
les plus extraordinaires avaient été préparées aux convives par les 
ministres si habiles des plaisirs du Duc, on vit paraître une dame vêtue 
de deuil, assise sur un éléphant qu'accompagnait un More de Grenade. 



(*) Ce fut le chancelier J. Germain qui le premier substitua Gédéon à Jason, 



10 



« Oyez mes plaints vous tous..., s'écria-t-elle, 
Secourez moi sans le mettre en faintise, 
Plourez mes maux, car je suis Sainte Eglise 

La vostre mère. 
Mon domaine est es mains des mécréants : 

J'en suis chassée 
Honteusement comme povre égarée, 
Musant, fuyant par dure destinée. 
Si lassée, si esteinte et grevée 

Qu*à peine say 
Dire les maux où je suis et que j'ay. 



O toy, o toy, noble duc de Bourgongne, 
Fils de l'Eglise et frère à ses enfants 

Entens à moi... 
Infidèles par milliers et par cens 
Sont triomphants en leur terre damnée 
Là où jadis voulais être honorée! 

Et vous princes puissants et honnourés 
Vous chevaliers qui portez la Toison 
O gentils home, voici belle occasion ! 



Les noms croîtront et l'âme enrichira 
Du service que chacun me fera. » 

A ce moment « entrèrent dans la salle un grand nombre d'officiers 
d armes, desquels le dernier était Toison d or, roi d armes. Ce Toison 
d or portait en ses mains un faisan vivant, orné d'un très beau collier 
d'or très richement garni de perles et de pierreries. Deux damoiselles 
adextrées de deux chevaliers de la Toison d or suivaient. « En cette 
ordonnance, vinrent les dits officiers d armes et Toison d'or avec le 
faisan jusque devant Monsieur le Duc auquel ils firent la révérence, puis 
Toison d or lui parla de cette façon : 

« Très haut, très puissant prince et mon très redouté seigneur, 
voici les dames qui se recommandent à vous ; c'était l'usage ancienne- 
ment qu'aux grandes fêtes et nobles assemblées, on présentât aux 
princes, aux seigneurs et aux hommes nobles le paon ou quelqu'autre 
oiseau noble pour faire vœux utiles et valables. C'est pourquoi les 

II 



dames m'ont envoyé ici avec ces deux damoiselles vous présenter ce 
noble faisan vous priant de vous souvenir délies » ('). 

Le Duc se lève alors et après s'être voué à Dieu et à sa glorieuse 
Mère, puis aux dames et au noble oiseau, jura qu'il irait combattre les 
infidèles « le plus avant qu'il pourrait », d'y « travailler et de s'y mettre 
en tel devoir que le monde devrait reconnaître que s'il ne réussissait 
pas, cela n'aurait pas dépendu de lui». Il ajoutait même que «si, au 
cours du saint voyage, il pouvait par quelque voie ou manière que ce 
soit, savoir que le Grand Turc ait la volonté d'avoir à faire à lui corps à 
corps, il le combattrait avec l'aide de Dieu et de sa très douce Vierge 
Mère qu'il appelle toujours à son aide » ('). Tous les chevaliers qui 
l'entouraient, s'engagèrent par les mêmes serments (^). 

Comme un témoin de ces fêtes, homme réfléchi et sage, déplorait 
l'exagération du luxe qui s'y étalait et l'énormité des dépenses que le Duc 
faisait, tant dans les banquets que pour les joutes, un conseiller de 
Philippe le Bon lui répondit : « Apprends, mon ami, que ces festins et 
ces tournois, qui sont devenus de plus en plus brillants, n'ont d'autre 
cause que la ferme volonté du Duc de parvenir ainsi à exécuter ses 
anciens projets. Le vœu qu'il a prononcé vient de les révéler » (*). 

Ce vœu n'était pas une vaine parade. 

En effet, il est absolument certain que le Duc fut constamment 
hanté par l'idée de combattre les Turcs et qu'il ne « cessa de songer à la 
défense de la foi chrétienne » (^). « Outre que sa piété était très sincère, il 
espérait venger l'échec subi, en 1396, par le Comte de Nevers et se placer 
comme chef des croisés à la tête des Princes chrétiens » (^). 

Philippe le Bon, avec cette persévérance qui le caractérisait, pour- 
suivit activement ce projet pendant plusieurs années. Nous le voyons 
se rendre dans ce but en Bourgogne, en Suisse, en Souabe, en Bavière, 
en Autriche. Il cherche à tout organiser et à faire entrer les princes 
allemands dans une vaste confédération. 



(*) Olivier de la Marche, Ch. XXX. 

(•) Idem. 

(•) Bon Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, t. V, p. 4. 

(*) Olivier de la Marche, Ch. XXII. 

(•) Ibidem. 

(*) PiRENNE. Histoire de Belgique, t. II, p. 237, notes. 



12 



« En 1464, il se dirige vers Ratisbonne, pour conférer avec l'Em- 
pereur sur l'organisation de la croisade, et son voyage est une telle suite 
d'entrées triomphales dans les villes, soulève de telles ovations et le pare 
d'un tel éclat, que l'Empereur Frédéric esquive prudemment l'entrevue 
projetée » (') et que le but du voyage n'est pas atteint ! 

Un an plus tard, Philippe le Bon recevait solennellement le légat de 
Calixte III, qui venait lui remettre de la part du Pape l'étendard de la 
guerre sainte. Vers la même époque, plusieurs chevaliers de la Toison 
d'or, entre autres Simon de Lalaing, les sires de Waurin, de Lannoy et 
Vilain, sont chargés de diverses ambassades (*) et de différentes enquêtes 
en vue de cette expédition qui, en 1460, paraît invariablement arrêtée. 

En 1461, au chapitre de la Toison d'or réuni à S*-Omer, le Duc, 
après avoir reçu une ambassade envoyée par des princes d'Orient, adresse 
aux chevaliers de la Toison d'or le discours suivant : « Voici que les 
Mages sont venus de l'Orient vers l'étoile qu'ils ont aperçue à l'Occi- 
dent, c'est à dire vers vous qui portez la noble Toyson et dont la puis- 
sance brille aujourd'hui d'un si grand éclat jusqu'aux rivages de l'Orient 
qu'elle y éclaire les princes et les nations et les guide vers vous qui êtes 
la vraie image de Dieu ! » 

C'est encore à une de ces réunions que vint « le dauphin de France 
devers son bel oncle pour montrer son intention sur son allée sur le 
Turc à la défense de la Foi Chrétienne ». 

C'est toujours à un Chapitre de la Toison d'or, qu'en 1473, l'ambas- 
sadeur du Roi de Naples et celui de Venise s'adressent pour insister sur 
l'urgence de la croisade. 

On sait que des dissensions intestines, le refus de Louis XI de 
participer à la croisade et la « négligence des autres princes » (^) vinrent 
déranger et ruiner le beau projet de Philippe le Bon et permirent que 
« la foi chrétienne fut encore faillie et amoindrie par le Grand Turc » (*). 

A côté de ce but religieux, la Toison d'or devait avoir aussi, dans la 
pensée de Philippe le Bon, de grands avantages politiques. Poursuivant 



(*) Ibidem. 

(■) Olivier de la Marche. 

(•) Olivier de la Marche, Ch. XXII. 

(*) Idem. 



I3 



une union plus étroite de ses divers états pour établir une monarchie 
puissante et un pouvoir personnel, il était nécessaire de créer des liens 
nouveaux de nature à rapprocher également entre elles les noblesses des 
différents pays soumis a son autorité. Il était encore sage au moment où 
Philippe le Bon allait entamer contre les communes de Bruges et de 
Gand des luttes violentes pour briser leur autonomie ('), de grouper 
autour de lui tous ces comtes et barons, riches et vaillants qui eussent 
pu apporter aux communes le secours de leur bravoure et de leur expé- 
rience de la guerre. Car il y avait parmi eux beaucoup d'hommes sages 
et plusieurs illustres capitaines. Le duc eut l'habilité de les faire entrer 
dans la confrérie de la Toison d'or dont il était le chef, se les attachant 
ainsi et leur apprenant en même temps à considérer le souverain comme 
la source de toute grandeur. 

Il fit plus : après avoir lié étroitement la noblesse à sa personne, 
il l'intéressa à la prospérité de l'Etat. 

De par leurs statuts, les chevaliers de la Toison d'or feront, en effet, 
partie du conseil privé du souverain. Ils auront le droit d'être consultés, 
écoutés. La Toison d'or est donc également une sorte de représentation 
politique d'hommes éminents par leur naissance, leurs vertus et leur 
bravoure. 

Enfin, Philippe le Bon, courageux, comme le furent et le seront 
tous ceux de sa race, va donner, par l'ordre de chevalerie qu'il a fondé, 
une vie nouvelle à ces traditions d'honneur et de vaillance qui sont le 
précieux héritage de la Féodalité. Et pour cela, il a d'abord soin de 
choisir les chevaliers dans les camps et non dans les antichambres. 
Il faut que ceux-ci justifient d'une noblesse militaire et qu'ils soient 
chevaliers d'armes. I^ bravoure déjà éprouvée est donc indispensable. 
Elle ensuite devient une loi rigoureuse, car les statuts de l'ordre portent 
que toute défection et toute fuite devant l'ennemi entraînent la perte 
du collier. Et ces prescriptions furent scrupuleusement suivies, comme 
l'histoire le montre. A chaque Chapitre, du reste, une minutieuse enquête 
est faite sur la conduite de chaque chevalier et même sur celle du 
souverain. On ne ménage par les remontrances à ceux qui ont quelque 



(^) On a appelé cela leur particularisme I 



14 



peu manqué à la vertu ; on est impitoyable pour ceux dont l'honneur 
militaire est obscurci. 

On ne s'étonnera pas, en présence de ces règles, de voir les rois et 
les plus grands seigneurs briguer Thonneur d entrer dans un ordre qui 
place si haut la foi, la loyauté, la valeur 1 

A tous ceux qui ont Tâme guerrière et le cœur épris, il offre encore 
lattrait des joutes et des tournois les plus brillants. Car ces dangereux 
divertissements qui sont une occasion de faire preuve d'adresse, d'élé- 
gance, de courtoisie et de courage, suivent chacun des Chapitres de la 
Toison d'or. 

Etre fidèle à son Dieu, à son prince et à son épée, montrer un cou- 
rage indomptable dans les camps, une adresse supérieure dans les joutes, 
associer à ces exploits le culte de sa dame, ne trahir ni ses armes, ni la 
beauté, ne rien craindre que de perdre Thonneur, tout entreprendre pour 
l'amour de celle dont on porte un gage sur sa cuirasse, lutter toujours 
avec loyauté et ne jamais oublier les liens d une étroite confraternité, 
tels sont bien les caractères de Tordre fondé à Bruges, le lo janvier 
1429, par celui qu'on appelait « le Grand Duc d'Occident ». 

Vingt quatre chevaliers (') furent créés en ce jour qui était celui du 
mariage du Duc avec Isabelle de Portugal. 

Rien ne peut mieux faire comprendre 1 éclat que Philippe le Bon 
veut donner à cet ordre de chevalerie que le moment qu'il a choisie pour 
« publier la prise de ce noble ordre » . 

Bruges est en fête. Toutes ses rues sont pavoisées, sur les carrefours 
et les places des tréteaux richement ornés sont dressés sur lesquels on 
représente des scènes mythologiques ou bibliques, pompeuses allégories 
dont les personnages sont muets. 

Sur la porte de Damme,par laquelle doit entrer Isabelle de Portugal, 
des trompettes d'argent font retentir l'air de leurs joyeuses fanfares. 

La foule est innombrable : tout Bruges, qui compte alors iSo.ooo 
habitants, est là et la plupart des villes de la Flandre ont envoyé d'im- 
portantes délégations. Tout ce peuple est en « moult bel état et magni- 
ficence». Au premier rang, près de la porte, on remarque huit cents 



(^) L'année suivante ce chiâre fut porté à 3i puis à 5i par Charles-Quint. 



i5 



marchands étrangers, chiffre qui ne doit pas étonner quand on songe 
qu'en un jour il entrait cent cinquante bateaux de commerce dans le 
port de Bruges et que ces navires venaient même de T Extrême Orient... 

Ces huit cents marchands étaient tous vêtus d'or et de soie et rangés 
sous leurs bannières. Rien que la hanse allemande comprend cent 
trente six marchands, puis viennent ceux de Milan, Venise, Florence, 
Gênes, ceux d'Aragon dont un more soutient l'écusson éclatant, ceux 
de la Catalogne etc., etc. 

La nouvelle Duchesse de Bourgogne qui s'est embarquée à l'Ecluse 
sur le canal de Damme, suivie par six navires qui portent les armes de 
Portugal, arrive à 9 heures. Cortèges et processions vont au devant 
d'elle. On y voit l'Evêque élu de Liège, le Comte de S* Pol, le Comte 
de Blanquenchem, messire Jehan de Luxembourg, le seigneur d'An- 
toing, le seigneur de Préaulx, le seigneur de Montagu, le vidame 
d'Amiens et quantité de hauts seigneurs de Bourgogne, de Picardie, 
de Flandres, de Hollande, de Zélande et d'ailleurs, accourus à l'appel 
de Philippe le Bon et tous les nobles seigneurs du pays. N'oublions 
pas les dames. On remarque parmi elles « Madame Anne de Bour- 
gogne, duchesse de Bethfort, femme et épouse du régent de France pour 
lors, laquelle dame était l'une des plus gracieuses du monde. Une quan- 
tité de chevaliers et écuyers, dames et demoiselles, richement habillés 
comme il convenait à la suite d'une telle princesse, l'entourent ». 

La Comtesse de Namur est venue en « moult bel estât grandement » 
en compagnie de chevaliers et d'écuyers tous vêtus de sa livrée de drap 
de satin noir ouvré d'orfèvrerie : ils sont plus de cent. Il y a aussi de 
nombreuses dames et demoiselles avec elle. 

Puis c'est Madame de Beaurevoir, femme de J. de Luxembourg, 
avec une suite de cent vingt chevaux. Elle est dans un chariot « moult 
riche » tout garni et couvert de drap d'or et derrière elle se trouvent 
«VI gentilz femmes moult richement habillées sur haquenées bien parées 
et deux valets sur deux chevaulx menant deux haquenées ». La dame 
d'Anthong a avec elle « quatre cents chevaux et foison de chevaliers, 
escuyers et autres portant la livrée du seigneur d'Anthoing robes ver- 
meilles bien broudées » . Le chariot de la dame de Santés est trainé par 
seize chevaux et ses gens sont tous parés de la livrée du seigneur de 
Santés. La séneschale du Hainaut est accompagnée de quatre cents 

16 



chevaux et de « notables chevaliers, escuyers, dames et demoiselles parés 
de sa livrée moult honorablement » . 

Bien d'autres dames viennent encore, « en grands états » à la 
rencontre de la nouvelle Duchesse et se joignent à son propre cortège 
non moins brillant et qui comprend Tlnfant « Ferand son frère, le 
Comte d'Orin son neveu, TEvèque d'Evre en Portugal, grand nombre 
de seigneurs Portugais et les seigneurs flamands, les Sires de Roubaix, 
de Toulonjon, de Noyelles, le prévôt d'Harlebeke, sans oublier Jean 
Van Eyck qui ont été en ambassade pour la chercher ». 

Un « chariot pendant moul richement doré, couvert de drap d'or, 
dont les pommeaux d'argent doré et émaillé pesaient plus de cent marcs 
d'argent », don de la régente de France, l'y attendait. 

Il y avait aussi une « moult riche litière faite neufve, tant richement 
doré que il n'estait point à penser ». C'est dans celle-ci que voulut 
prendre place Isabelle de Portugal, accompagnée de toute « gentilesse 
allant à pied à côté d'elle, et tenant les deux destriers qui portaient la 
dite litière. Derrière elle marchent tous les barons, chevaliers et escuyers 
de Portugal, vêtus de robes bleues, ornées de sa devise et foison autres 
chevaliers et escuyers et le roy d'armes, heraulx et menestreaux. » 

Tout le long du parcours — il fallut deux heures à la Duchesse pour 
arriver à l'hôtel du Duc — les rues étaient parées de drap vermeil sans 
autre couleur et les cinquante quatre métiers de Bruges au grand com- 
plet, étaient rangés les uns à la suite des autres. Ils avaient leurs 
fanfares et à chaque carefour les sonneries de leurs trompettes d'argent, 
éclataient d'autant plus bruyantes que de grands pots de vin se trouvaient 
à côté des musiciens pour les « rafraischir » . 

Des « archiers et des arbalestriers » forment la haie jusqu'à l'hôtel 
du Duc devant laquelle une phalange de 76 trompettes « brandissent en 
une foiz ». 

Philippe le Bon a voulu donner aux banquets qui vont couronner 
cette entrée une telle extension et un tel éclat qu'il a dû faire exécuter à 
son hôtel d'importants travaux d'agrandissement. Toute une rue a été 
emprise dans les dépendances du Palais pour y établir quatre cuisines, 
quatre rôtisseries et quatre offices supplémentaires. La salle de festin 
qui vient d'être construite à 146 pieds de long sur 76 de large. Tous les 
murs de cette salle sont couverts de draperies semées de la devise du 

ï7 



Duc qui est de « fusilz à pierres enflamblées ». De chaque côté, un 
dressoir de vingt pieds de long supporte avec peine la vaiselle d'or et 
d'argent du Duc de Bourgogne. Pour en deviner la richesse il suffit 
de rappeler qu'elle fut évaluée à sa mort à soixante-douze mille marcs 
d'argent. 

La Duchesse, à peine arrivée, fut conduite par la Duchesse de 
Bedford dans la Chapelle où la messe fut célébrée. Puis les dames se 
retirèrent dans des chambres qui toutes étaient garnies de riches 
tapisseries et y revêtirent des robes qui par leur éclat surpassaient 
encore celles qu'elles venaient de quitter ('). 

« Les perles, les émeraudes, les saphirs, les rubis, les pierres fines, 
les broderies d'or et d'argent étaient semées comme une pluie d'étoiles 
sur les jupes historiées, les manteaux de samit, sur les souliers à 
poulaines, sur les hennins, cônes croissants et coiffures » (*), car 
« oncques ne furent vues, dit le S'' de Saint Remy, tant de riches robes 
de drap d'or et orfavrerie que en icelle feste » . 

Les innombrables serviteurs du Duc, qui étaient tous vêtus de drap 
de damas et de satin, avec les héraulx, les trompettes et les ménestrels, 
attendaient ces brillants convives dans la grande salle du festin où deux 
tables étaient dressées. L'Evêque de Tournai, les sires d'Antoing 
d'Enghien et de Luxembourg et le Comte de Blakenheim suivis de 
vingt et un chevaliers vêtus de robes magnifiques toutes semblables, 
escortaient les mets jusqu'à la première table où s'étaient assis la 
duchesse Isabelle, la duchesse de Bedford, l'Infant Don Ferdinand, 
l'Evêque d'Evora, etc. 

« Il y avait autant de plats que de convives, autant d'entremets que 
de plats. Et quels entremets ! C'est un grand château à quatre tours où 
flotte la bannière du Duc, un immense plat qui figure une prairie 
au milieu de laquelle est une dame qui guidait une licorne » , puis un 
« grand pasté où il y avait un mouton tout vif, teinct en bleu et les 
cornes dorées de fin or. En icelle pasté était un homme nommé Hausse 
le plus appert que on sceut, vestu en habit de beste saulvaige ; et quant 



(*) B« Kervyn de Lettenhovb, Histoire de Flandre. 
(■) Fierens-Gevaert. Psychologie d'une ville. Bruges. 



I8 



le pasté fut ouvert le mouton saillit en bas et l'homme au bout de la 
table alla folâtrer à Madame d'Or, une moult gracieuse folle » ('). 

Mais le Bon Duc voulait que tout le monde eût sa part des réjouis- 
sances. Il avait donc fait appliquer à son hôtel, dans le mur extérieur 
faisant face à la grande rue, une sorte de grand lion en bois bien sculpté 
et peint. Ce lion était accroupi et tenait de l'une de ses pattes de devant 
un fusil et de l'autre une pierre à feu. De cette pierre, « par certain 
artifice, sortaient vin blanc et vin vermeille qui chacun coulait dans un 
vaste récipient où tout le monde pouvait puiser » ('). 

Dans une des murailles de la cour intérieure de l'hôtel, le Duc avait 
fait encastrer également un grand cerf tenant dans sa patte une fiole 
d'où l'Hippocras (^) coulait dans un grand bassin. Tous ceux qui pas- 
saient là en buvaient à volonté, car toute la journée et toute la nuit 
« cette course de vin » continua tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du 
palais. 

Ce fut pendant cette extraordinaire réunion de princes et de grands 
seigneurs venus de tous pays, ce fut au milieu de cet empressement du 
peuple, au plus fort de cette allégresse débordante de la foule, au moment 
le plus brillant de ces fêtes dont Philippe voulait qu'on ne perdit jamais 
le mémoire, et qui lui coûtèrent plus de 600.000 salus ; c'est dans cette 
joie, cette liesse, cet enthousiasme, que tout à coup le duc de Bourgogne 
annonce, comme l'événement qui devait effacer en éclat tous les autres, 
la prise du nouvel ordre : la création de la Toison d'or I 

Son Roy d'armes de Flandres, accompagné de plusieurs officiers 
d'armes, le fait savoir à tous en une solennelle proclamation. 

Il publie également les noms des vingt-quatre premiers titulaires, 
car Philippe veut probablement que dès le lendemain, ils se distinguent 
dans les joutes et tournois qui sont préparés et qui vont durer six jours. 
Et en effet, la chaîne d'or, deux diamants, deux rubis, un fermail en or, 
furent tour à tour gagnés par cinq des membres du nouvel ordre. Le 
Duc lui-même était l'un des cinq et il avait mérité un riche diamant (*). 



(') Il n'y a rien d'étonnant à ce que les folles fussent gracieuses, puisque souvent les fous 
étaient à leurs moments, ainsi que l'écrit le Comte de Laborde, des gens fort sérieux envoyés 
en missions difficiles. 

(■) L. S» Rémi. 

(*) Vinc blanc ou rouge auquel on ajoutait du miel, des épices et des aromates. 

(*) Les autres étaient les sires de Croy, de Toulongeon, de Villiers et de Créquy. 

19 



C'est que les titulaires choisis par Philippe le Bon sont adroits 
parmi les plus adroits, braves parmi les braves ! Rien que leurs noms 
suffiraient à illustrer une institution 1 Si le collier que vient de leur 
donner le Duc est pour eux un insigne honneur, l'éclat de leurs hauts 
faits à chacun rejaillit sur toute la confrérie 1 

Quels noms, en effet que ceux de cette première promotion I Les voici : 
Messire Guillaume de Vienne, messire Régnier Pot, messire Jean 
de Roubaix, messire Roland d'Uutkerke, messire Antoine de Very, 
messire David de Brimeu, niessire Hugues de Lannoy, messire Jean de 
Commines, messire Antoine de Toulongeon, messire Pierre de Luxem- 
bourg, messire Jean de la Trémouille, messire Gilbert de Lannoy, 
messire Jean de Luxembourg, messire Jean de Villiers, messire Antoine 
de Groy, messire Florimond de Brimeu, messire Robert de Masmines, 
messire Jacques de Brimeu, messire Baudouin de Lannoy, messire 
Pierre de Beaufremont, messire Philippe de Ternant, messire Jean de 
Croy et messire Jean de Créquy. 

Ce Jean de Luxembourg, c'est le seigneur illustre et vaillant que le 
Duc avait requis pour l'armer chevalier avant sa première bataille, sous 
Abbeville ; c'est à lui que revint, en ce jour glorieux, l'honneur de 
donner l'accolade à Philippe le Bon en lui disant « Monseigneur, au 
nom de Dieu et de Monseigneur St-Georges je vous fais chevalier; que 
aussi vous puissiez devenir saint comme il vous sera bien besoin et à 
nous tousl » Honneur, dont J. de Luxembourg s'acquitta en se couvrant 
de gloire dans le combat acharné qui suivit, lorsque entouré d'ennemis 
qui lui criaient « rendez-vous », il ne répondait qu'en frappant plus fort. 

Ces sires d'Uutkerke, de Brimeu, de Lannoy, de la Trémouille et 
de Commines étaient aussi de cette même journée de Mons-en-Vimeu, et 
au plus fort de la mêlée, se trouvaient aux côtés du jeune Duc si fort en 
péril et si ardent à la lutte que l'arçon de sa selle est brisé et que le 
harnachement de son coursier est déchiré de coups de lances. 

Deux autres Lannoy, non moins connus par leurs prouesses, repré- 
sentent encore sur cette liste un nom synonyme de haute et pure noblesse. 

Deux Croy aussi, dont la fortune si brillante est justifiée par tant de 
mérites et de courage I L'un d'eux devait être cinq ans plus tard le parrain 
de Charles le Téméraire qu'il arma chevalier à son baptême. 

20 




; BaiidoTiin de L 
usée de Berlin). 



Le sire de Roubaix a brillé sur tous les champs de bataille et ensuite 
a été rhabile négociateur, auprès de Jean I, roi de Portugal, du mariage 
qui vient de se célébrer à Bruges. 

Le sire de Vergy n'est pas seulement célèbre par la façon dont il 
aida le duc Philippe à chasser de Paris le Dauphin, par le grade de 
maréchal qu'il a occupé dans l'armée des Bourguignons, mais aussi par 
sa jalousie, car on prête à sa vengeance des raffinements dont voici 
un exemple : sa femme, fille de Mathieu I, duc de Lorraine, avait 
été aimée par un seigneur Castillan, qui, désespéré d'être éconduit, 
passa la mer et mourut. Mais avant de trépasser, il ordonna qu'on portât 
son cœur à sa dame : ce qui fut fait. Celle-ci reçut avec douleur ce gage 
d'une passion malheureuse et le déposa dans une châsse d'argent. Son 
mari l'ayant appris, lui fit servir ce cœur en ragoût et quand elle l'eût 
mangé, il lui dit avec une froide férocité : « Madame, vous avez le cœur 
de votre ami plus près de vous que vous ne le croyez, car il est « en 
vostre ventre et le avez mangé ». La dame répondit : « Sire, s'il en est 
ainsi, oncques plus précieux morceau ne mangerai et après celui ci 
jamais ne mangerai plus d'autre morceau. » Elle tint parole et peu de 
jours après rendit l'âme ('). 

Les hauts faits d'armes à l'actif des chevaliers du nouvel ordre et 
leur dévouement à sa personne eussent pu, semble-t-il, dispenser le 
Duc de rédiger des règlements sur leurs devoirs. Et cependant, Philippe 
le Bon, avec autant de sagesse que d'habilité, avec autant de réflexion 
que de jugement, s'occupa pendant de longs mois de tout ordonner et de 
tout prévoir. De là ces statuts divisés en 94 articles, dont quelques uns 
sont de la plus grande élévation morale, d'autres inspirés par les senti- 
ments les plus chevaleresques et plusieurs enfin, d'un vif intérêt par les 
détails qu'ils contiennent. 

Le premier article exige que les chevaliers soient « gentilz hommes 
de nom et d'armes et sans reproche ». 

Le second établit de suite l'importance que le Duc donne au nouvel 
ordre car « les chevaliers du dit ordre pour entrer en icellui devront 
laisser et laisseront tout aultre ordre soit de prince, soit de compagnie ». 



(*) MOLINBT. 



21 



Il n'est fait d'exception que pour les rois et empereurs qui pourront 
porter avec « la Thoyson d'or » l'ordre dont ils sont Chefs et Souverains. 

Le Duc décrit immédiatement après le bijou de l'ordre. C'est : 
« ung collier d'or fait à nostre devise : c'est assavoir par pièces à façon 
de fusilz touchans à pierres dont partent estincelles ardentes et au boult 
d'icellui colier pendant semblance d'une Thoyson d'or », (') lequel colier 
appartiendra toujours à l'ordre. 

Vient ensuite cette rigoureuse prescription : « chascun chevalier du 
dit ordre seront tenus de porter ce collier chascun jour autour du col, à 
descouvert » sous peine de faire dire une messe de « quatre solz et 
quatre solz donner pour Dieu », ce qu'ils seront tenus de faire en 
conscience pour chaque jour où ils négligeront de le porter.» Cependant, 
en armes, ils pourront s'ils le préfèrent ne porter que la « Thoyson sans 
le colier ». Remarquons de suite que les chevaliers se permirent souvent, 
en temps de paix, de porter la Toison suspendue à un mince filet de 
soie ; ce qui valut les plus vives remontrances à Philippe de Savoie, en 
1473, et à plusieurs autres chevaliers en 1484 (^) 

En temps de guerre, au contraire, tous portaient leur collier avec 
une courageuse ostentation. On allait plus fièrement au combat avec cet 
emblème d'honneur et de bravoure ! « On s'annonçait, a écrit le feld- 
maréchal de Ligne, qui portait aussi et illustra également la Toison, on 
s'annonçait pour ce qu'on était, on risquait d'être le point de mire de 
l'arquebuse ou du mousquet,... on encourageait ses soldats par une 
grande et belle décoration... et on s'élançait assez dans la mêlée pour 
que ces colliers fussent arrachés ou qu'à force de frapper d'estoc et de 
taille, on les perdit de dessus les épaules ». C'est ce qui arriva à la 
bataille de Viefville près Terrouanne à quatre chevaliers qui étaient le 
Comte de Nassau, le Seigneur de Bèvres, le Seigneur de Fiennes et 
Josse de Lalaing. 

Déjà en 1487, (le 22 mai), un collier était devenu le trophée des 
ennemis du Duc. Ce jour là les ennemis étaient des Brugeois. Le Sire 
de risle-Adam, l'un des chevaliers les plus intrépides de son siècle, 
protégeait héroïquement la retraite du duc de Bourgogne qui regagnait 



(*) Les vingt-quatre premiers colliers furent faits à Bruges par JehanPen tin, orfèvre à Bruges. 
(■) A partir de i5i6, le port de la Toison suspendue à un filet de soie est permis à tous les 
Chevaliers, sauf les jours de fête et de cérémonie où le grand collier est obligatoire. 



22 



difficilement la porte de la Bouverie. Son collier le désignait à la fureur 
de la populace, mais elle ne peut s'en emparer que lorsque, criblé de 
coups reçus en pleine poitrine, il eut succombé sous le nombre ! 

Faut-il rappeler enfin que lorsque Charles-Quint combattait dans 
le royaume de Tunis, il portait à découvert le collier ! Pour lui aussi, 
comme la dit un ancien poète : 

« Le collier brillant de cet ordre éminent 
Surpassait en grandeur le plus bel ornement ! » 

Aussi quand un chevalier perdait le collier à la guerre ou dans 
quelqu'action d'éclat, le Souverain était obligé de lui en donner un 
autre à ses dépens ! 

Les statuts de l'ordre consacrent ensuite plusieurs paragraphes aux 
obligations des chevaliers vis-à-vis des Souverains-Chefs de l'ordre, 
principalement pour les cas de guerre, spécifiant « que si nous (le duc de 
Bourgogne) ou nos successeurs emprenissons une arme pour la défense 
de la saincte foy chrestienne ou pour défifendre, maintenir ou restablir la 
dignité ou liberté de nostre saincte mère Eglise ou du sainct Siège apos- 
tolique de Rome, en ce cas les chevaliers seront tenus de nous servir 
personnellement ». 

Par contre, le Souverain s'tngdigtjpar grand amour et en témoignage 
de grande confiance pour ses frères, chevaliers du dit ordre, en son nom 
et en celui de de ses successeurs à n'entreprendre aucune guerre « ou 
aultres hautes besoingnes pesantes » avant d'avoir consulté et pris l'avis 
et le bon conseil de la majorité des chevaliers de la Toison d'or. 

C'était là ,un précieux privilège qui donnait aux chevaliers de la 
Toison d'or une part importante dans le gouvernement de l'État. 
Et, Philippe le Bon, Philippe le Beau, Charles-Quint consultèrent sou- 
vent ces espèces de ministres d'État. Sans écouter de vives réclamations 
et des remontrances réitérées, Charles le Téméraire entreprend malgré 
eux ses campagnes contre les Suisses : on peut affirmer qu'il n'eût pas 
péri à Nancy, s'il avait suivi les avis des conseillers que lui avait laissés 
l'Asseuré I 

Encore des articles bien intéressants : ce sont ceux qui règlent les 

a3 



devoirs des chevaliers entr'eux, afin d'entretenir « amour et fraternité ». 
L'amitié et la fraternité sont, en effet, la règle; et si par hasard, il y 
avait entre des chevaliers une discussion ou un débat de nature à 
entraîner des voies de faict et d'armes, le Souverain leur défend d'user 
de violence et il les cite au prochain Chapitre pour les reconcilier et 
trancher lui-même à Tamiable leur différend. Car l'ordre est une «frater- 
nité amiable » à laquelle doivent se soumettre de leur bon gré et volonté 
ceux qui en font partie, et c'est à lui à prendre connaissance de tous ces 
faits comme une cour souveraine qui jugera en dernier ressort et rendra 
des arrêts immédiatement exécutoires. Bien souvent ce tribunal de paix 
empêcha ainsi de violent conflits. 

Et non seulement les chevaliers doivent vivre en bons rapports (*), 
mais ils doivent s'entre aider. En cas de guerre ce devoir s'impose 
principalement : c'est là qu'existe surtout le « seul devoir de à son com- 
pagnon sauver la vie. » Que d'exemples sont venus appuyer ce précepte 
chevaleresque ! C'est le seigneur de l'Isle-Adam qui se fait tuer pour 
couvrir la retraite de Philippe le Bon; c'est Charles le Téméraire qui 
vole au secours de son père combattant si avant au milieu de ses 
ennemis que ceux-ci l'entourent de toutes parts. L'un et l'autre sont 
dégagés par les Croy et les Lalaing, c'est-à-dire par la fleur de la cheva- 
lerie qui porte la Toison d'or. C'est Jean de Lannoy qui, dans un combat 
près de Lokeren, aperçoit Jacques de Lalaing acculé près d'un fossé 
profond et cerné par les Gantois : « il ne faut pas laisser ce vaillant 
chevalier, s'écrie-t-il, et s'en aille qui veut, moi j'irai », et sans calculer 
le danger, suivi seulement du sire d'Humières, il vole au secours du 
« bon chevalier » et le sauve I 

Ils sont tous, comme le demandait Alain Chartier : 

« Justes en faits, secourants leurs amis. 
Durs aux mauvais et fiers aux ennemis ! » 

Que de traits encore on pourrait citer, car le courage est la première 
des vertus d'un chevalier de la Toison d'or et les règlements de l'ordre 
sont impitoyables pour la moindre défaillance. 



(*) En 1436, on délibère en Chapitre sur les moyens d'augmenter encore cette amitié. 



24 




I crtttfDmf îv *c wConîV et ÎV ncanvai 



tenu â Bniges en Mai 1468 par Charles le Téméraire 
Manuscrit N" yojj <lc la Bil>liotliéi|iie Roviile (If Uclt'ii|iifi 




Un article déclare, en efFet, que le chevalier sera « privé et débouté 
d'icellui ordre » s'il lui arrivait de s'enfuir sur un champ de bataille dès 
que les bannières auront été déployées et que le combat aura commencé. 

Cet article fut appliqué avec la dernière rigueur, presqu'avec injus- 
tice, tant la susceptibilité de Thonneur était grande; mais malgré cela, on 
ne connaît que deux ou trois cas où Ton trouva quelque matière à une 
aussi dure exécution. Le comte de Mansfeld s'est battu comme un lion 
pour défendre Ivoi, mais ayant à faire à des troupes nombreuses et 
n'ayant aucun secours à espérer, à bout de ressources et de forces, il se 
rend à l'ennemi. On lui enlève son collier en lui disant qu'un chevalier 
peut être pris, mais qu'il ne capitule pas. 

Le sire de Neuchatel s'est toujours distingué par sa bravoure : à la 
bataille d'Anthon, il a fait des prodiges, mais accablé par le nombre, 
abandonné de ses soldats, il a traversé à la nage une rivière impétueuse 
pour échapper à ses adversaires victorieux. En aucun cas un chevalier ne 
doit fuir, répond-t-on à toutes ses explications; et on le prive du collier. 
« Le sire de Neuchatel, ajoute le héraut d'armes, était vaillant chevalier 
et de grand courage et il fut, en apprenant son exclusion, dolent que 
jamais homme pouvait plus être. De désespoir il partit pour Jérusalem 
et y mourut » 

Louis le Bon, Prince d'Orange, avait tous les titres à la noble 
Thoyson. Hélas ! il a reculé à la même bataille, après avoir également 
fait mille prouesses, et le collier lui est refusé ! 

Si un chevalier a manqué à l'honneur et que ses compagnons le 
sachent, ils sont tenus à en donner connaissance au chancelier dans le 
Chapitre le plus prochain. Les statuts l'exigent; et ainsi, dans chaque 
Chapitre, une enquête est faite sur la conduite de chacun, y compris 
celle du Souverain, car Philippe le Bon a inséré dans les statuts l'article 
suivant qui montre bien sa grandeur d'âme et sa noblesse de caractère : 
« afin d'entretenir l'amour et la fraternité et garder la fraternité et pour 
cette raison encore que le chef et seigneur doit donner le meilleur 
exemple, voulons que l'examen se fasse de lui comme des aultres et la 
correction, peine et punition aussi I » 

Ces statuts se terminent par des prescriptions qui concernent les 
officiers de la Thoyson d'or : ceux-ci, au nombre de quatre seront : 

25 



Premièrement, le chancelier qui devra être « en prélature ecclésias- 
tique comme archevesque ou dignité notable et cathédrale ». 

Secondement, le trésorier qui aura la garde des trésors, reliques, 
costumes, tapisseries, règlements, chartes, privilèges, fondations, cartu- 
laires, etc. 

Troisièmement, le greffier qui sera « personne notable et habile 
clercq, lequel sera tenu de faire deux livres en parchemin ; en chascun 
desquels sera écrit la fondation du dit ordre, ses ordonnances et statuts. 
Et au commencement des dits livres seront représentés les portraits du 
fondateur et des XXIIII premiers chevaliers. Le dit greffier mettra 
encore par écrit dans un livre bien ordonné toutes les prouesses, faits 
louables et honorables du souverain et de toits les chevaliers, faits dont 
il sera informé par Toison d*or, roy d'armes. En un autre livre, le greffier 
écrira les fautes commises par les chevaliers, fautes dont ils auront été 
blâmés en chapitre, et les corrections, punitions et peines qui leur auront 
été infligées. 

Quatrièmement, « un roi d'armes appelé Thoyson d or, prudent C), 
de bon renom. » Il portera « un émail du dit ordre ». 

Ce roy d'armes, Thoyson d'or, « encquerra dilligamment des 
prouesses et haulx faiz et honnourables entreprises du Souverain et des 
chevaliers de l'ordre, dont il fera véritable rapport au greffier de l'ordre 
pour estre mis en escript. » Et on veillera à ce qu'il n'oublie pas ce 
devoir ; c'est ainsi qu'en i5i6, on trouve la mention de rappels qui lui 
ont été faits « sur l'obligation qu'il a d'informer le greffier des vertueux 
faicts des chevaliers. » Bel et glorieux usage, superbe et excellent encou- 
ragement, car « il est bon d'entendre raconter ou de lire quelque brillante 
ou bonne action que celui qui l'a faite a presque oubliée (*). » 

Ces statuts (^) a peine promulgués, le premier Chapitre se réunit. 
C'est le 29 novembre 1431. Dix-huit chevaliers se rendent successive- 
ment, dans le courant de l'après-midi à l'hôtel du Duc, présenter leurs 



(*) C'était, en effet, un homme prudent et habile que le héraut d'armes, dit Toison d'or, 
car c'est lui qui est chargé par Philippe le Bon des missions les plus difficiles ; en 1446, il est 
notamment envoyé vers Charles XII qui à la tête de 40,000 hommes menace les états du Duc. 

(■) Feld maréchal Prince de Ligne. 

(•) Le plus bel éloge qu'on puisse faire de ces statuts est de rappeler que lorsque Louis XI 
fonda l'ordre de St- Michel, il les copia à peu près textuellement. 

26 



hommages au Souverain de Tordre. Celui-ci les reçoit « honourable- 
ment et amyablement » . 

Ils sont « vêtus, comme le Duc lui-même, de robes vermeilles ("), 
fourrées de gris, longues jusque dessous les genoux, sur lesquelles 
pendent de longs manteaux (') de la même couleur, de fine écarlate, 
bordés de riches orfrois d or fin, manteaux grands et larges, ouvrés et 
richement bordés de large semence de fusils, cailloux, étincelles, toisons 
et devise du duc « aultre n*auray », fourrés aussi de même vair. Les 
chapperons sont d'écarlate vermeille de drap pareil, à longues coquilles 
selon lusage ancien ». Par dessus ces riches habits, ils portent le collier 
à découvert. 

Mais voici Theure des vespres auxquelles ils vont se rendre solen- 
nellement. Ils descendent donc deux à deux, le Duc marchant le dernier, 
vers la porte de sortie de Thôtel où les attend une procession. On se met 
aussitôt en marche. Douze trompettes dont les cottes sont armoriées aux 
armes du Duc ouvrent le cortège. Les « héraulx » de Bretagne, Sicile, 
Orange, S* Pol, Namur, Viane, Enghien, Zélande et Antoing et les 
rois d armes de Berry, Brabant, Flandres, Artois, Hainaut, suivent 
avec quinze « poursuyvans ». Puis viennent deux cents gentilshommes 
à cheval . 

Plusieurs Evêques et de nombreux abbés mitres, revêtus d'habits 
pontificaux d une richesse inouïe, s avancent à leur tour entourés d'un 
nombreux clergé. 

Le chancelier, le trésorier et le greffier de la Toison d'or, vêtus aussi 
de robes rouges, manteaux et chaperons, les robes fourrées, mais le 
manteau sans fourrures, excepté celui du chancelier qui était docteur et 
avait le manteau fourré «comme à docteur appartient», précédent immé- 
diatement les chevaliers qui sont à cheval et marchent deux par deux, 



{*) En 1473, Charles le Téméraire, de Ta vis conforme des chevaliers rassemblés en Chapitre, 
déclara que dorénavant les manteaux et les chaperons dont les chevaliers se serviraient à la 
fête principale de l'ordre seraient de velours cramoisi au lieu d'écarlate vermeille « voulant aussi 
que les manteaux fussent doublés de satin blanc renversé par en bas et par les fentes bordés 
de large semence de fusils, cailloux, étincelles et toisons ». Les chevaliers auront aussi à se 
pourvoir de robes et de chaperons de velours cramoisi. Quant aux oflSciers, il fut décidé qu'ils 
seraient pareillement vêtus de velours cramoisi, savoir : « le chancelier, le greflBer et le trésorier 
de manteaux, chaperons et robes ; le roy d'armes de chaperon et robe seulement, et tous sans 
bordure ». 

{■) Au décès des chevaliers, les manteaux étaient vendus pour acheter de riches tapisseries. 

27 



dans le magnifique costume décrit plus haut. Plus de trente pages 
d'honneur les suivent. « Après, en grande admiration et noble magni- 
tude chevauchait seule la majesté du Duc » suivi « par ceux de son 
Conseil en grand nombre .. 

Le cortège entre à Téglise qui « haut et bas est parée et tendue de 
riches tapisseries tissues d'or» ('). Au dessus du siège du Duc et de ceux 
des chevaliers qui étaient de haute forme, se trouvaient « les tableaux 
armoyez des armes, hachements, ordre, noms et titres » de chacun. 

Un tableau plus grand placé au-dessus du siège du Duc est égale- 
ment « armoyez de ses armes, de hachement de son ordre et devise ». 

Les armes des chevaliers défunts et non remplacés sont attachées 
au-dessus de sièges tendus d'un drap noir. 

Les quatre officiers de Tordre sont assis sur des escabeaux de forme 
basse devant le siège du Duc, « chascun en son degré » . 

Le lendemain, fête de « Monseigneur Saint Andrieu » le Duc et 
tous les chevaliers se rendent à la messe avec le même cérémonial ; à 
l'offrande le Duc et fondateur de l'ordre s'avance le premier; puis le roi 
d'armes appelle successivement tous les chevaliers par leur rang, nomi- 
nation dans l'ordre, les conduisant à l'autel où ils déposent une pièce 
d'or et les ramène à leur place. 

Après l'offertoire « belle et haute prédication, en matière de col- 
lation, par le chancelier de l'ordre, docteur et Evêque de Nevers » ('). 
L'office terminé, le même cortège se reforme et retourne à « l'ostel » 
ducal où les chevaliers « convoyèrent » leur Chef et Souverain jusque 
en sa chambre, dans laquelle celui-ci retint cette noble compagnie 
jusqu'à l'heure environ de « midy » où « tables furent mises et très 
notablement parées comme il appartient à un si haut, si riche et si 
notable prince. Les dressoirs étaient chargés et ornés de vaisselle et de 
joyaux si richement que ce serait une trop longue chose à raconter. » 
Entre chaque service de ce repas qui « fut servi honorablement, (cela 



(*) Cette tapisserie qui portait les armes et bannières du Duc, représentait Gédéon et ses 
victoires. Elle figure encore au chapitre de i555 avec d'autres tapisseries, représentant la 
conquête de Tunis, qui existent encore, je crois, à Madrid, dans le garde-meuble royal. 

(•) J. Germain, familier du duc. 



28 



\ 



se devine !) trompettes et menestreux cornaient et jouaient et c'était une 
doulce mélodie à oyr » ("). 

Après ce festin, le Duc et les chevaliers quittèrent leur costume 
écarlate pour revêtir « des noirs habits, manteaux et chaperons longs 
de deuil » et retournèrent à l'église avec le même cérémonial et le même 
cortège pour entendre les vigiles des trépassés qui furent chantées jusque 
bien avant en la nuit pour les âmes des chevaliers défunts ». 

Le Duc ensuite offrit un souper qui « fut de grande magnificence ». 

Le lendemain même procession et mêmes costumes de deuil pour 
assister « très dévotement au service divin qu'on fit pour les morts » . 
Au milieu du chœur il y avait un grand chandelier de bois peint en noir 
sur lequel brûlaient vingt-quatre cierges de trois livres auxquels étaient 
attachées les armoiries de chaque chevalier, peintes sur un petit écusson. 
Le cierge du Duc plus grand que les autres était au milieu et les 
dominait tous. Quand il fut l'heure de l'offrande, le roy d'armes. 
Toison d'or, apporta à Monseigneur le Duc son cierge armoirié ainsi 
qu'il a été dit et Philippe alla l'offrir à l'autel, puis chaque chevalier fit 
de même. Le chancelier recommanda en même temps la mémoire des 
défunts à leurs confrères, leur rappelant aussi que les statuts de l'ordre, 
par un touchant esprit de « fraternité et d'amitié » les obligeaient 
chacun à faire dire i5 messes et à donner une aumône aux pauvres, 
pour le repos de leurs âmes. 

Cette journée se termina encore dans « l'ostel » de Philippe le Bon 
où un nouveau festin était préparé. 

Le lendemain tous les chevaliers assistent à la messe de Notre- 
Dame, « sous la protection de laquelle l'ordre est placé », mais vêtus de 
« tels habits qu'il leur plut ». 

Ce fut immédiatement après cette troisième messe, qu'ils « entrèrent 
en Chapitre », car si certaines affaires concernant l'ordre peuvent se 
discuter en l'hôtel du duc ou ailleurs, celles qui se rapportent aux 
élections et corrections de l'ordre doivent, d'après les statuts, se traiter 
à l'église même, tous les chevaliers ayant revêtus leurs costumes 
d'écarlate. 



(^) Il arriva, notamment en i5i6,que la magnificence du festin leur fit manquer les vêpres ! 
C'était du premier Chapitre pr6sidé par Charles-Quint 1 



29 



Plusieurs places sont vacantes, car deux chevaliers sont morts et 
Philippe le Bon vient de porter le nombre des chevaliers de 24 à 3o ou 
3i en y comprenant le souverain. (') 

Le chancelier commencera par rappeler aux chevaliers qu'ils doivent 
agir « saintement et justement » et leur fait jurer entre les mains du 
Souverain de procéder à ces élections « avec droiture, loyauté et justice, 
et non par amour, faveur, profit, haine, ou parenté afin que ces nomina- 
tions soient profitables au souverain, au pays et à l'honneur du dit 
ordre ». 

Puis chacun dépose sa cedulle sur un plat d'or, le chancelier compte 
les voix et le Souverain proclame le résultat. 

Le greffier dresse l'acte ; le hérault d'armes porte la nouvelle aux 
élus et chacun de ceux-ci se présente devant le Souverain, qui lui 
adresse l'exhortation suivante : « Nous et nos compagnons de l'ordre, 
nous avons entendu dire beaucoup de bien de vous ; nous espérons que 
vous y persévérez et y élèverez encore pour l'exaltation de la chevalerie 
et à votre propre louange ». 

Alors, le nouvel élu s'agenouille devant le Duc, met une main sur 
le canon de la messe et l'autre sur une croix d"'or dans laquelle était en- 
châssée un morceau de la vraie croix, et jure d'observer les statuts. 

A ce moment le Chef et Souverain lui passe le collier de l'ordre autour 
du cou, en lui disant ces paroles : « l'ordre vous reçoit en son aimable 
compagnie et en signe de cela vous présente ce collier. Dieu veuille que 
vous le puissiez longtemps porter à sa louange et pour son service, à 
l'exaltation de la sainte Eglise, à l'accroissement et à l'honneur de Tordre, 
de vos mérites et de votre renommée. Au nom du Père, du Fils et du 
Saint Esprit » . A quoi le nouveau chevalier répond : « Amen : Dieu 
m'en donne la grâce ! » 

Le « Souverain baise ensuite le nouvel élu en signe d'amour perpé- 
tuel » et tous les chevaliers font de même. 

Mais ce n'est pas l'élection de nouveaux confrères qui retient si 
longtemps le souverain et les chevaliers réunis en Chapitre, dans le chœur 
de l'église fermée à tout autre personne. 



(^) Ce chiffre fut porté eni5i6à5i après réception de bulles approbatives de Léon X. 



3o 



Si leur réunion se prolonge, c'est parce qu'ils procèdent à l'examen 
de la conduite de chacun, enquête que va diriger le chancelier. 

Cette enquête est aux yeux de Philippe le Bon de la plus haute 
importance. Il l'a voulue « afin que son ordre présente le spectacle de 
l'union entre les chevaliers, et que chacun de ceux-ci en travaillant à 
vivre vertueusement et en bonnes mœurs, en accroisse l'honneur et la 
renommée et aussi pour que leur vie soit un exemple à tous les autres 
chevaliers et nobles, de façon à ce que les devoirs de l'ordre de chevalerie 
et de la noblesse soient plus connus et mieux compris » . 

Après chacune de ces enquêtes, le chancelier propose ce qui lui 
semble bon et utile pour la correction des vices, l'amendement de vie ou 
l'encouragement des vertus des divers confrères. 

Chaque chevalier, à commencer par le plus jeune, est invité à se 
retirer pendant qu'on passe ses actions au crible et que successivement 
tous ses confrères sont appelés à dire ce qu'ils connaissent à sa louange 
ou à sa contusion. 

Dans ce dernier cas, il sera « remonstré, blasmé, admonesté chari- 
tablement afin qu'il se corrige et vive de manière à ce que cessent toutes 
paroles mal sonnantes sur sa conduite et à ce que ses compagnons aient 
de meilleurs rapports sur lui ». Le Souverain et les chevaliers décideront 
des peines qu'il aura à supporter. 

Si, au contraire, la conduite du chevalier « yssu du chapitre » est 
« réputée de bonne renommée et vertueuse vie et s'est signalée par des 
hauts faits de chevalerie et de noblesse » , il sera « congratulé pour le 
animer à toujours bien et mieux faire » et le Souverain et les chevaliers 
lui montreront leur « liesse et joie ». 

La conduite du Souverain sera examinée en dernier lieu, de la même 
manière, en son absence, et il sera soumis aux mêmes observations. 

Le greffier mettra par écrit les fautes, punitions et les hauts faits 
ainsi constatés. 

Il faut proclamer à la grande louange de l'ordre, que dans les regis- 
tres de ses Chapitres les prouesses abondent, tandis que les réprimandes 
et punitions sont rares. Ce qui ne veut pas dire que les juges étaient 
indulgents ou bien que l'examen de la conduite de chacun était super- 
ficiel. C'est tout le contraire qui est clairement établi. Il ressort, en 

31 



efFet, de Tétude de ces registres « que, ainsi que la si bien dit le Prince 
de Ligne, les chevaliers se mêlaient de tout et voulaient qu'on marchât 
droit » . 

Les sires de Ravenstein, d'Anzy et le duc d'Alençon sont répri- 
mandés pour quelques irrégularités dans leurs mœurs. Le seigneur de 
Romon aussi. Le même reproche est adressé à deux reprises à Engle- 
bert de Nassau. Le Comte de Mansfeld est blâmé pour s'être emporté 
vis-à-vis d'un bourgeois. 

On reprochera au sire de Crunninghem, à Jacques et à Maximilien 
de Hornes, au comte de Buren et au comte d'Epinoy certains excès dans 
le boire et le manger. « De quoi, raconte le greffier, le Comte d'Epinoy 
fut si honteux qu'il voulut faire vœu de ne plus jamais boire de vin; mais 
l'assemblée l'en empêcha, lui représentant qu'il suffisait qu'il s'abstint de 
s'y livrer au-dessus des bornes de la raison. » 

On trouve le seigneur de Praet trop hautain et trop ambitieux, le 
seigneur de Boussu trop enclin à la colère ; le duc d'Aerschot est 
également ambitieux plus qu'il ne faudrait. Le comte de Rœulx devrait 
s'attacher moins aux munities ; et cette remontrance prouve bien que les 
chevaliers de la Toison d'or voulaient que tous eussent de grands carac- 
tères. Quant au comte de Lalaing, il devrait secouer des scrupules nui- 
sibles à sa santé par l'humeur mélancolique qui en résulte; c'est un autre 
Lalaing qui a reçu des observations concernant la négligence de sa 
tenue, et un duc de Cardona qu'on blâme pour aimer trop les plaisan- 
teries bouffonnes. On fait les observations les plus rigoureuses au sire de 
Brederode, à Philippe, bâtard de Bourgogne, et à M"" d'Isselstein parce 
qu'ils sont trop « damerets », joli mot qui indique bien des habitudes de 
galanterie jugées vilaines et reprochées aux dits chevaliers. De pareilles 
remontrances prouvent, comme l'observe encore le Prince de Ligne, la 
pureté de la chevalerie. 

C'est encore dans un de ces Chapitres que l'amicale mais ferme 
intervention et les conseils de ses collègues calment l'animosité de Josse 
de Lalaing contre L. de Gruuthuse et aplanissent le différend existant 
entre eux. 

Souvent des peines venaient se joindre aux remontrances : elles 
variaient évidemment et allaient depuis un souper qu'on était condamné, 

32 




Rravure d'un maître anonyme île l'Ëcole flam.tnJe du XV« siècle. 



(comme cela arriva à ce même L. de Gruuthuse), à payer au Souverain 
et à ses confrères, jusqu'à l'exclusion de l'ordre, avec grande publicité 
et mesures infamantes. Il faut citer le comte de Nevers dont les armes 
furent remplacées dans l'église Notre-Dame à Bruges par un tableau noir 
portant en grands caractères les causes de sa déchéance et le sire de 
Crèvecœur dont les armes furent suspendues à l'envers, à la porte exté- 
rieure de l'église, comme à un pilori 1 

L'enquête sur la vie du Chef et Souverain est faite avec la même 
liberté et la même minutie que celle qui a porté sur les autres cheva- 
liers ; et les remontrances ne sont pas non plus épargnées « au grand 
Duc d'occident » et à ses puissants successeurs, par ses confrères de la 
Toison d'or. C'est ainsi que six remontrances sont adressées, en 1468, à 
Charles le Téméraire. Elles devaient, hélas! presque toutes trouver leur 
justification dans les événements qui suivirent, telle par exemple l'ex- 
hortation « à ne pas mettre trop vite son peuple en guerre et à ne le 
faire qu'après bon et mûr conseil, à ne pas s'emporter, à mesurer ses 
paroles tant vis à vis de ses sujets que des princes.» En 1478, le Chapitre 
revient, par forme d'extension, sur ces mêmes observations, qui eussent 
sauvé Charles le Téméraire s'il en eût conservé le souvenir ! 

Maximilien est blâmé, en 1481, pour sa conduite dans le gouverne- 
ment. Le règne si court de Philippe le Beau ne donne lieu qu'à des 
éloges. Au puissant Charles-Quint, ses confrères reprocheront d'être 
quelquefois lent dans l'expédition des affaires, de ne pas veiller assez à 
la bonne administration de la justice, de payer fort mal les gens de sa 
cour — tous faits modestement avoués par l'empereur bien que souvent 
indépendants de sa volonté. L'ordre se plaindra aussi au grand Empe- 
reur de ce qu'il ait fait des entreprises difficiles, notamment à Tunis et 
à Alger, sans avoir consulté les chevaliers de la Toison d'or. 

Philippe II n'échappe pas davantage aux sages remontrances de ces 
assemblées et il est blâmé d'employer trop de temps à sa toilette, d'être 
prolixe dans l'expédition des ses affaires et lent dans ses conclusions. 

Charles le Téméraire, malgré sa violence et sa fierté, reçoit 
« bénignement les remontrances qu'on lui a faites et répond à la satis- 
faction de tous en promettant de s'amender». Maximilien montre la 
même déférence. Quant à Charles-Quint, il témoigne d'une longanimité 

33 



et d'une docilité pareilles, promettant de mettre tout en œuvre pour 
remédier aux abus signalés. « Que j'aime à voir, écrit à ce propos le 
prince de Ligne, le plus puissant et le plus grand des empereurs répondre 
modestement et respecter la loi superbe de Philippe le Bon ! » 

Philippe II n'aime évidemment pas ces informations ; ce qui ne 
l'empêche pas d'accepter avec soumisson celles que les chevaliers de la 
Toison d'or ne craignent pas de lui adresser. Quelle série de magni- 
fiques exemples 1 

« C'étaient bien là les derniers et beaux souvenirs de la Féodalité 
où le prince n'était que le premier parmi ses égaux : primus inter 
éares » C). 

Les prérogatives accordés par le Souverain aux chevaliers les 
rapprochent, d'ailleurs, autant que possible de lui. C'est ainsi que les 
chevaliers lorsqu'ils accompagnent le Souverain et sont revêtus de leur 
collier, marchent immédiatement après lui et ont le premier rang à la 
réserve de ses neveux et proches parents. La même place leur est 
donnée dans les audiences. Au Palais ou dans les camps, ils seront 
logés les premiers après les neveux du duc. Ils auront aussi l'entrée au 
grand Conseil du Souverain et dans toutes les Chambres qui en 
dépendent. 

Enfin, l'ordre est leur seul juge pour toutes fautes {^). Toutes ces 
prérogatives sont purement honorifiques, car à part quelques exemp- 
tions d'impôt et de taxes, les chevaliers ne reçoivent que deux pots 
de vin et i6 liards de pain par journées qu'ils passent auprès du Duc. 
Ce vin est même assez ordinaire puisqu'on ne l'évalue qu'à i6 sous 
le pot et il est supprimé les jours de jeûne pour être remplacé par des 
épices ! 

Les brillants cortèges, les services religieux célébrés en grande 
pompe, les importantes questions soumises au jugement des chevaliers, 
les repas somptueux à la table du Duc, tout cela ne constituait qu'une 
partie de la « feste » d'un Chapitre. Pour que cette fête fut vraiment 



(*) Bo Kervyn de Lettenhove, V. p. 125, Histoire de Flandre. 

(■) D'Egmont et de Homes se prévalurent en vain de ce privilège qui les eût sauvés. 



34 



noble, il fallait que les joutes et les tournois y fussent « puissants » ! 

Il serait cependant inexact de dire que les tournois n'étaient pas en 
usage dans les Flandres, avant l'institution de la Toison d'or, car dès le 
commencement du XIV® siècle, des joutes se célébraient annuellement à 
Bruges; mais à partir de la création de cet ordre, ces luttes courtoises 
prirent un éclat extraordinaire. 

Les chevaliers les plus braves et les plus puissants se trouvant 
réunis autour du Duc, il était tout naturel qu'ils cherchassent l'occasion 
de se distinguer sous ses yeux. Philippe le Bon était, du reste, grand 
amateur de tournois et très habile jouteur. Remarquons que les rois, 
et les princes, à cette époque> laissant de côté la majesté royale, redeve- 
naient souvent de simples chevaliers pour descendre dans l'arène. C'est 
même dans une de ces rencontres qu'Henri II fut mortellement blessé 
par le Sire de Lorges et que plus tard Philippe II fut renversé de 
cheval par Don Louis de Zuniga. 

Philippe le Bon eut toujours une tortune meilleure et il se distingua 
dans les champs clos comme sur les champs de bataille, faisant les 
choses rudement et voulant qu'on fit de même. C'est ainsi que lorsque 
son fils, le Comte de Charolais, eût atteint Tâge de dix-huit ans, il voulut 
qu'il jouta devant toute la Cour et il choisit pour être son adversaire le 
chevalier J. de Lalaing, disant que ce « serait heur en armes, pour lui, 
d'atteindre ou d'être atteint, pour son premier combat, par un chevalier 
si renommé ». Et ainsi, dit le chroniqueur (') eut messire Jacques le bon 
chevalier cet honneur d'éprouver la noble personne du fils de son 
souverain seigneur et son seigneur apparent à venir... Le bon Duc et la 
Duchesse étaient présents à cette épreuve... Lances leur furent baillées ; 
et à la première course, le Comte de Charolais atteignit l'écu du Sire 
Jacques et rompit sa lance en plusieurs pièces tandis que Messire 
frappait trop haut. Et il sembla au Duc qu'il avait son fils épargné, ce 
dont il fut très mécontent car il manda aussitôt à messire Jacques que 
s'il voulait ainsi faire, qu'il ne s'en mêlât plus. Dans la seconde course, 
le Sire de Lalaing et le Comte Charles se rencontrèrent tellement 
vivement que les deux lances se rompirent ; et de ce coup ne fut pas la 
Duchesse contente du dit Jacques, mais le bon Duc s'en riait ; et ainsi 



(^) Olivier de la Marche. 



35 



étaient le père et la mère en diverse opinion : l'un désirait l'épreuve, 
l'autre la sûreté ! • Tout se termina bien ; et ce premier succès décida 
plus d'une fois le Comte de Charolais, à l'issue d'un Chapitre de l'ordre, 
à se mesurer en champ clos avec l'un ou l'autre des plus vaillants 
chevaliers de la Toison d'or. Au lendemain de son mariage avec 
Marguerite d'York, il entra ainsi en lice à Bruges contre Adolphe dé 
Clèves. 

Un même courage et des goûts identiques animaient Philippe le 
Beau et s'il meurt à vingt huit ans, (26 sept. i5o6), c'est des suites d'un 
froid qu'il a pris pour avoir trop rudement jouté à Burgos contre don 
Manuel, seigneur de Belmonte, de Campos et deZebrico de la Torre. 

Charles-Quint a aussi le culte des armes ('), et sous son règne et par 
ses exemples, il fait revivre les plus beaux temps de la chevalerie. Il prêche, 
en effet, d'exemple et sa bravoure est telle qu'en i545, ses confrères 
réunis en Chapitre lui reprochent de s'exposer trop à la guerre. Superbe 
remontrance que dit autant l'attachement des sujets à l'empereur que la 
bravoure de celui-ci. Philippe II se distingue particulièrement aux joutes 
de Binche où il gagne la plupart des prix. 

A côté du chef et souverain ce sont encore des chevaliers de la 
Toison d'or qui se distinguent par leur adresse et leur vaillance. Comment 
oublier que c'est à un des plus habiles jouteurs de cette époque et des 
plus intrépides chevaliers de l'ordre, au sire de Lannoy que François I 
rendit son épée à la bataille de Pavie ? 

Si l'étendue même de ses états et ses lointaines entreprises ne per- 
mirent pas à Charles-Quint de présider à de nombreux tournois, 
Philippe le Bon, par contre, avait toujours pu revenir facilement en 
quelques-unes de ses bonnes villes, entre ses expéditions militaires pour 
prendre part à de semblables fêtes. Il se reposait de la guerre ou s'y 
préparait, par de beaux coups d'épée ou de lance. 

Les tournois sont innombrables sous son règne et ceux donnés à 
l'occasion des Chapitres de la Toison d'or sont surtout fameux et célèbres 
par leur faste. 

Car, comme nous le dit un chroniqueur, « chacun des combattants 



(*) On peut s'en rendre compte à Madrid, à TArméria. Un de ses armuriers favoris habitait 
Bruxelles. 

36 



estait habillé comme un sainct Georges : leurs séons estaient de drap 
d'or avec des grands plumars sur leurs armetz, trainants jusqu'au cul de 
leurs chevaulx ; lesquels chevaulx étaient tant richement harnachés que 
jamais on n'en avait aperchu de plus riches... Leurs gens estaient tous 
habillés de leurs parures de toile d'or, d'argent et de velours». 

La lice elle-même est parée de bannières et à chaque extrémité sont 
les deux pavillons de soie surmontés des armes de chaque chevalier et à 
ses couleurs ; c'est dans ces pavillons que les combattants se retirent 
pour s'armer. 

En face la tribune du Duc, des juges et toutes les dames. 

La joute ne comprend jamais que deux adversaires : elle a lieu à 
cheval ou à pied et se termine par la défaite d'un des combattants ou par 
l'intervention du juge qui lance dans l'arène sa baguette blanche. 

Le tournoi, au contraire, suppose toujours plusieurs chevaliers de 
chaque côté luttant à la fois. Le chiffre varie de 3 contre 3 à 12 contre 
12. Mais même lorsqu'il s'agit d'une joute, le chevalier qui va entrer en 
lice arrive avec une suite brillante. Il apparaît monté sur un superbe 
cheval couvert de drap d'or de broderies et d'orfèvreries. Cinq ou six 
pages le suivent sur des coursiers dont l'un est couvert soit de drap d'or 
soit de drap bleu, l'autre de velours violet aux tons différents, un troi- 
sième de satin, de damas blanc ou de rouge cramoisi, le tout orné de 
chiffres, devises et armoiries. 

Si c'est le bon Duc lui-même qui va combattre — (et il était « un 
prince joly et curieux d'habits et de parures et dont le porté et la manière 
lui séait si bien et tant agréablement que nul plus que luy ne fut trouvé 
nulle part), il a derrière lui un grand nombre de chevaux « d'une même 
parure, harnachés de velours, tissus et ouvrés à sa devise qui sont fusils 
garnis de leurs pierres rendant feu, et par dessus le velours gros clous 
d'or relevés et émaillés de fusils et fait à moult grand coût. Ses pages 
étaient richement en point et portaient divers harnais de tête garnis et 
ajolivés de perles, de diamants et de balais »... Le Duc « de sa personne 
était armé richement es garde ; et ces gardes et le chanfrein de son 
cheval étaient tous pleins et enrichis de grosses pierreries qui valaient un 
merveilleux avoir » ('). 



(^) Olivibr de la Marche. 



37 



Les tournois les plus célèbres du règne de Philippe le Bon furent 
ceux de 1429, 1431, 1433, 1436, 1440 et 1445. 

A un de ces tournois, à celui de 1445, parut un illustre étranger. 

Car nos chevaliers « tous de haute naissance, 
Exemples en piété et héros en vaillance, 
Avant chaque tournoi, invitaient tous seigneurs 
De s'y trouver vaincus ou de s'y voir vainqueurs ! » 

C'était un chevalier Aragonais, célèbre dans toute l'Europe par son 
adresse. Il s'appelait Jean de Bonifazio et portait à la jambe un petit 
cercle de fer, retenu par une chaîne d'or. Sur l'écusson de ses armes on 
lisait : « Qui a belle dame, la garde bien. » Tous les chevaliers du Duc 
remarquèrent aussitôt ces signes d'un amour mystérieux et briguèrent 
l'honneur de le défier et d'entrer en lice contre messire de Bonifazio. 

Celui que le duc de Bourgogne choisit et à qui il se proposa lui- 
même comme juge du tournoi, était un jeune écuyer de vingt quatre ans, 
Jacques de Lalaing, destiné à devenir un des chevaliers les plus glorieux 
et les plus braves de la Toison d'or. 

Malgré son jeune âge, « il était expert déjà et habile de bien savoir 
parler, entendre et écrire en latin et en français ; de savoir deviser de 
chasses et de voleries nul ne l'enpassait ; de jeux d'échecs aussi, de 
tables et de tous autres ébattements que noble homme doit savoir », 
lorsque son père qui appartenait à une des plus illustres familles du 
Hainaut, se décida à l'envoyer à la cour du duc de Bourgogne. 

Mais avant de se séparer de son fils, il lui tint ce discours : « Vous 
êtes mon fils aine et le plus apparent de ma maison que je désire accroître 
comme mes prédécesseurs qui ont mis grande peine de l'élever afin de lui 
bailler nom immortel... Je vous jure sur celui qui me fit et forma que 
j'aimerais plus cher votre mort que par vous il y eût faute... N'oubliez 
pas non plus mon fils que peu de nobles hommes sont parvenus à haute 
vertu de prouesse et à bonne renommée, s'ils n'ont dame ou damoiselle 
de qui ils soient amoureux... » 

Puis il lui traça les règles d'un véritable amour et termina son ex- 
hortation par cette belle parole : « Et sachez mon fils que de tant que 
vous êtes plus noble qu'un autre, de tant vous devez être plus noble de 
vertu I » . 

38 



Puis ce père prévoyant lui bailla quatre bons roussins, un gentil- 
homme pour le servir, un clerc bien lettré afin qu'il n'oubliât pas son 
latin et un valet pour lui panser ses chevaux. 

Jacques de Lalaing s'était fait aimer tout de suite à la cour du Duc. 
Les chevaliers vantaient son adresse à manier les armes ; les dames 
admiraient sa beauté et « assez y en avait d'elles qui eussent voulu que 
leurs maris ou amis eussent été semblables à lui. » (") 

Aussi lorsque Jacques de Lalaing, suivi d'un cortège de seigneurs 
formant une interminable suite, se rendit au tournoi, toutes les fenêtres 
étaient garnies de dames et de demoiselles qui faisaient des vœux 
pour son triomphe. 

Jacques était digne des valeureux conseils reçus au foyer paternel. 
Pendant toute la première journée du tournoi consacrée aux armes à 
cheval, il lutta sans faiblir contre l'illustre Bonifazio. Le combat dura 
jusqu'à la nuit sans amener de résultat ; et à la vérité, rapporte un 
chroniqueur, tous ceux qui y assistèrent, disaient qu'ils n'avaient jamais 
vu de plus belles et dures atteintes. 

I^ lendemain, jour du combat à pied, Jacques marcha jusque 
devant le Duc se signant de sa banderolle. Il se mit à genoux et supplia 
Philippe le Bon de l'armer chevalier. Le Duc descendit de son € hourd 
dans la lice», Jacques tira son épée, baisa la poignée et la bailla au Duc 
qui le fit chevalier, et « férit un si grand coup en lui baillant Taccolée 
que le coup fut ouy de tous ceux qui étaient présents ». Il lui dit en 
même temps : « Bon chevalier puissiez-vous être !(*)». 

« Jean de Bonifazio sortit aussitôt de son pavillon, vêtu de sa cotte 
d'armes et couvert de son bassinet dont la visière était fermée. Sa main 
gauche soutenait, au-dessus de sa longue dague, une hache et un 
bouclier d'acier ; sa main droite agitait un dard léger, selon l'usage 
d'Espagne. Jacques de Lalaing portait à sa ceinture l'épée avec laquelle 
il venait d'être armé chevalier par le duc Philippe ; de la même main, à 
laquelle était attaché son bouclier, il soutenait également une longue 
hache terminée en pointe aux deux extrémités ; il tenait de l'autre une 
de ces lourdes épées connues sous le nom d'estoc ; mais il avait fait ôter 
son bassinet et marchait le front découvert. 



(*) Chroniques de J. de Lalaing par G. Chastellain. 
(*) Olivier de la Marche. 



39 



« La lutte s'engagea. Les deux chevaliers lancèrent leurs dards et, 
se débarrassant aussitôt de leurs boucliers désormais inutiles, se jetèrent 
l'un vers l'autre en s armant de leurs haches. Bonifazio cherchait à 
frapper son adversaire au visage. Jacques de Lalaing profitait de l'avan- 
tage de sa haute taille pour rabattre, du bâton de sa hache, les coups 
qui lui étaient portés ; deux fois celle du sire de Lalaing tenta sans 
succès de briser sa visière. Bonifazio avait remarqué le sang-froid du 
jeune chevalier, on le vit tout à coup laisser tomber sa hache et saisir 
de la main gauche celle du sire de Lalaing : au même moment il tira 
son épée et voulut l'en frapper, mais déjà celui-ci avait dégagé sa hache 
et pressait plus vivement Bonifazio, dont les forces s'épuisaient. Le duc 
de Bourgogne, sur les instances du duc d'Orléans, jeta alors sa baguette 
pour faire cesser le combat, et les deux adversaires se retirèrent en- 
semble, se donnant des témoignages de mutuelle amitié et comblés de 
louanges par tous les chevaliers » (*). 

Ce même Jacques de Lalaing, fut quelques années plus tard, alors 
qu'il était chevalier de la Toison d'or, le héros d'une joute célèbre dans 
les fastes de la chevalerie, appelée la joute de la Fontaine des Pleurs. 
Jacques de Lalaing avait, à ce moment, près de trente ans, et il voulait, 
dit Olivier de la Marche, avoir combattu, avant cet âge, au moins trente 
adversaires en lices closes. Pendant une année entière, il attendit au pas 
de la Fontaine des Pleurs, les chevaliers de France, d'Angleterre, 
d'Ecosse et d'Espagne qui se rendaient au jubilé de Rome, et en vain- 
quit successivement vingt-deux : 

« Ce qu'oncques ne fist homs. (") 

Comme chevalier de la Toison d'or, il avait, a-t-il écrit lui-même, 
« volonté et parfait désir d'acquérir bonne renommée et d'accomplir 
avant là fin de seis jours des actions au moyen desquelles il puisse par- 
venir au palais où l'Honneur qui est l'objet désiré des bons, tient sa cour 
royale, gardé par la vertu et la noblesse du cœur dont l'aide et l'assis- 
tance sont indispensables pour approcher de son Trône. » (^) 

Tel était le vœu de la jeunesse et de l'amour de ce modèle des 



(*) Histoire de Flandre par le B" Kerv5m de Lettenhove. 

(') Chroniques de J. de Lalaing, par G. Chastellain. 

(•) Quelques lignes inédites du Bon Chevalier, par le Bn Kervyn de Lettenhove. 



40 





A«BROlSE DE PhBDKS 

Fortraiis de Miiximîtien d'Autriche el des membres de sa famille 
iKitnslhislorisches Hoftnuseum, Viennei- 



preux du XV® siècle ! Mais ici € Tamour n'intervient que pour ajouter 
au courage, je ne sais quoi de noble, de généreux ». 

On ne peut, du reste, oublier qu'un double vœu lie la chevalerie et 
par conséquent la Toison d'or qui en est la fleur ; c'est celui d'honorer 
et de servir les dames. « Oui, c'est bien à l'amour que toute la chevalerie 
et la Toison d'or doit ce reflet de délicatesse et de grâce dont le charme 
nous séduit encore. » ('). 

Quelque brillantes que soient les armures des chevaliers que nous 
avons vu descendre dans la lice, nous sommes sûrs d'y trouver une 
fleur, un ruban, un nœud de dentelles ou une écharpe qui nous apprend 
que celui qui brave ces périls, espère à son retour trouver « douce merci». 
Froissart, d'ailleurs, nous avait déjà dit que parmi les poursuivants 
d'armes, il en est plus d'un qui se nomme lui-même le poursuivant 
d'amours. Ne savons-nous pas, du reste, que l'amour inspire le courage, 
qu'il est la source des grandes actions, le mobile des nobles dévoue- 
ments et que dans les tournois, comme un poète le disait alors : 

€ Amour fait les lances briser. 
Amour fait chevaux trébucher. » 

Rien n'était plus vrai, car nous avons bien des épisodes qui nous 
prouvent que les dames étaient l'âme des joutes. Les chevaliers, par 
exemple, n'en terminaient jamais aucune sans faire en honneur des 
dames, une dernière passe qu'ils nommaient lance des dames : ils accen- 
tuaient encore cet hommage en combattant pour elles successivement 
à l'épée, à la hache et à la dague, avec une bravoure qui cherchait dans 
leurs regards son meilleur encouragement. 

Ils savent tous, comme Froissart l'enseigne, que « ce n'est pas par 
des discours, mais par de nobles faits d'armes qu'on sert les dames ». 

Celles-ci, d'ailleurs garnissent toutes les estrades. Ce sont elles qui 
voient et qui jugent ceux qui portent leurs chaines ou leurs rubans. 

Alors, tout naturellement, « se battaient Tung l'aultre si ardem- 
ment qu'on ne sçavoit nombrer les coups qui y étaient ruez ». Et si les 
chevaliers sont à cheval, de même ils s'atteignent de leurs lances sur leurs 



(*) Froissart. Etude littéraire par le B» Kervyn de Lettenhove. 



41 



heaumes d'aciers avec une telle violence que « les étincelles toutes 
vermeilles en volent ». 

Mais rien n'encourageait plus les courages et n'augmentait davan- 
tage l'ardeur des combats que les « esbattements des dames et des 
damoiselles », car « par la présence d'une belle dame et son doulx 
admonestement un homme doit en valoir deux » ('). « Jamais ne suis-je 
salué de mon amie, disait un chevalier, si je n'ai versé mon adversaire 
à terre I » 

C'était encore pour « raffreschier les cœurs » que les trompettes 
faisaient entendre leurs fanfares guerrières. 

Un bon chevalier, et surtout l'élite dont nous parlons, ne doit pas 
seulement son amour aux dames lorsqu'elles sont jeunes et belles, il 
doit à toutes celles qui sont faibles ou persécutées défense et protection. 

Et, en effet, ce n'est pas seulement lorsqu'un chevalier s'avance et 
qu'il demande si parmi ceux qui l'entourent, il n'en est pas quelques-uns 
amoureux qui accepteraient de jouter avec lui pour « l'amour de sa 
dame », que nombreux sont ceux qui relèvent le défi : Un jour (*), un 
gentilhomme étranger vint de la part d'une dame inconnue « très 
déconfortée, très oppressée par un de ses puissants voisins qui persévère 
contre elle en rigueur », demander au duc Philippe « qui est prince de 
pitié et de compassion envers toutes nobles femmes » si dans sa Maison 
il ne se trouverait pas quelque chevalier pour défendre en champ clos 
son honneur et ses intérêts. 

Le bâtard de Bourgogne, J. de Roubaix et le Sire de Commines, 
tous trois chevaliers de la Toison d'or, réclamèrent aussitôt le privilège 
de descendre dans la lice pour la « dame inconnue » (^). 

Cependant, en général, les dames ne s'entourent pas de tant de 
mystère. On en voit même qui accompagnent et tiennent jusqu'à la lice 
le coursier de leur chevalier. 

C'est ainsi qu'en 1468, à Bruges, au milieu d'un tournoi, où 
s'étaient déjà distingués plusieurs chevaliers de la Toison d'or, et 



(*) Froissart. 

(•) C'était en 1462. 

(•) Ce tournoi eut lieu et porte ce nom. 



42 



notamment les sires de Luxembourg et le bâtard de Bourgogne, on vit 
arriver un chevalier bourguignon, qui avait pris le nom du Chevalier 
esclave, et qu'une demoiselle errante menait captif à sa suite. Il fit 
demander aux dames la permission de prendre part au tournoi. Sa 
lettre était ainsi conçue : 

« Très-excellente et très-redoutée dame, et vous, princesses, dames 
» et damoiselles, plaisir vous soit de savoir qu'un chevalier esclave, né 
» du royaume d'Esclavonie, est arrivé en cette noble ville sous la 
» conduite d'une damoiselle errante au pouvoir de laquelle il est placé 
» par la volonté de sa dame. Il est vrai, très-illustres princesses, que le 
» chevalier esclave a toute sa vie servi et honoré une dame d'Esclavonie 
» qui, sans l'accepter pour serviteur, lui accordait néanmoins quelque 
» espérance. Cependant le mal d amour, si longtemps nourri dans son 
» cœur, qui a fait éprouver plus d'angoisses et de peines qu'il n'en 
» pouvait souffrir ; et, par une espérance désespérée, il osa, mais en 
» vain, requérir d'elle miséricorde, grâce et guerdon d'amour. Plein de 
» déplaisir et de rage, il s'était retiré au milieu des bois, des roches de 
» des montages où, pendant neuf mois, il ne vécut que de regrets, de 
» soupirs et de larmes, lorsque la dame, reconnaissant son ingratitude, 
» lui envoya une damoiselle errante, chargé de lui dire que les biens 
» d'amour doivent être mérités par de longs travaux et de longues 
» souffrances ; que plus ils coûtent, plus on s'y attache, et que de tous 
» les péchés d'amour, le plus grand est le désespoir. Elle lui conseillait 
» de voyager et de chercher à oublier sa tristesse, et lui proposait de 
» l'accompagner pendant un an entier, afin de pouvoir raconter à sa 
» dame ses diverses aventures. Le chevalier l'a crue volontiers, et bien 
» que, né au pays d'Esclavonie, il ignore les usages de ces contrées, il 
» s'est souvenu comment plusieurs païens et le preux Saladin lui-même, 
» étant venus au royaume de France pour acquérir louanges et vertus, 
» y avaient été si honorablement accueillis que leurs successeurs infi- 
» dèles révèrent encore ce royaume plus que tous les autres Etats 
» chrétiens. Il a entendu surtout célébrer la puissance et les vertus 
» de l'illustre maison de Bourgogne. C'est guidé par cette damoiselle 
» errante qu'il s'est rendu ici, où, pour sa première aventure, il a trouvé 
» la noble emprise du chevalier à l'Arbre d'or, et il vient vous supplier 
» de lui permettre d'y prendre part. » 



Cette lettre était signée : « le Chevalier esclave. » 

A ce même tournoi, Philippe de Poitiers se fit conduire sur la place 
du marché par une jeune fille qui était vêtue de satin et qui montait 
un cheval dont les mouchetures figuraient l'hermine ; elle était admi- 
rablement belle et on la nommait la Dame blanche. 

Faut-il citer encore le tournoi de S* Omer, où le duc d'Orléans et 
le duc de Clèves rivalisèrent de générosité, alors que leurs hérauts 
criaient à haute voix : « largesse, largesse » et que les « damoiselles » 
remettaient aux vainqueurs objets d'or et pierres précieuses ! 

Faut-il pour donner une idée non seulement du luxe mais encore de 
la bravoure, de la loyauté de la courtoisie qui présidaient à ces joutes, 
raconter celle qui eut lieu, en présence du bon Duc, en 1445, entre le 
seigneur de Ternant, chevalier de la Toison d'or, et le noble écuyer 
Galiot de Baltasin, seigneur Castillan, au service du duc de Milan ? 

Le dit Galiot de Baltasin s'était mis en voyage « pour s'avancer en 
renommée (ce qui doit être le paradis terrestre de tout jeune et noble 
courage). Un poète lui avait dit : 

.... « L'envie 
D'honneur que tu as empris 
Veut que ton cœur entendis 
Soit et mis 
A quérir chevalerie 

En tous lieux. » 

Et il se dirigea tout naturellement vers la cour du duc de Bour- 
gogne. Trente chevaux suivaient ce jeune écuyer « qui était âgé de 
trente ans environ et l'un des plus beaux hommes et de la plus belle 
taille que l'on pouvait voir ; il était puissant et léger à merveille et 
moult bien renommé pour son âge » ('). 

Quand le sire de Ternant, chambellan du duc Philippe et chevalier 
de la Toison d'or, « sut l'arrivée de l'escuyer Galiot de Baltasin et son 
intention et qu'il vit ce beau personnage et entendit sa renommée, lui, 
qui de longuemain avait désiré et cherché de trouver un semblable 
adversaire pour faire armes, se décida à exécuter ce que tant il ambi- 
tionnait... Il choisit pour emprise une manchette de dame faite d'un 



(^) Olivier de la Marche. 



44 



délié violet, moult gentement brodé et fit attacher icelle emprise à son 
bras senestre à une aigrette noire et bleue, richement garnie de diamants, 
de perles et d'autres pierreries. Et moult bien lui séoit porter icelle 
emprise : car il était moult beau chevalier, sage prudent, et bien 
enmanieré. » 

Il envoya ensuite le roy d armes de la Toison d or « devers le dit 
Galiot de Baltasin pour lui signifier et dire de par lui qu'il avait chargé 
et élevé une emprise en intention de faire armes ; et que si son désir 
était de lever la dite emprise, il trouverait le dit seigneur de Ternant à 
une heure de l'après-midi en la salle et en la présence du duc de Bour- 
gogne, son prince, son seigneur et maistre et que là il pourrait toucher 
l'emprise du dit seigneur de Ternant. 

« Moult joyeux se montra le dit seigneur Galiot quand il entendit 
qu'il trouverait en la maison de Bourgogne ce qu'il cherchait. Et il ne 
faillit pas de venir, et s'agenouilla devant le duc de Bourgogne, luy 
requérant à genoux de lui permettre de toucher à l'emprise que portait 
le seigneur de Ternant ; et le bon Duc le fit lever et le lui permit. 

» Lors le roy d'armes dit au seigneur Galiat que quand le requérant 
arrache l'emprise de son compagnon, c'est pour la vie de l'un ou de 
l'autre ; mais quand on ne fait que toucher seulement, c'est pour cheva- 
lerie. Lors lui dit Toison d'or que le Duc voulait que ce fut pour cheva- 
lerie. Lors s'avance l'écuyer et toucha à l'emprise... 

» Lors donc le seigneur de Ternant assembla dix ou douze chevaux, 
les meilleurs et les plus renommés du pays.... 

» Au bout de la lice, il dressa son pavillon qui était de drap de 
damas noir et bleu, et sur le capital ses armes et son timbre brodé moult 
richement ; et à l'entour des goutières était écrit en grosses lettres : « Je 
souhaite avoir assouvissance de mes désirs, et jamais autre bien n'eusse! » 

» Et pareillement fut le pavillon de Galiot tendu de soie à l'autre 
bout de la lice. Et aussi était le champ paré et la double lice pleine de 
gens d'armes, et la tribune où le Duc devait être était richement ornée 
de tapisseries. 

» Une heure après midi, se partit le duc de son hôtel, accompagné 
de Monsieur Charles, Comte de Charolais, son fils, du Comte d'Etampes, 
du seigneur de Beaujeu, de Monsieur Adolf de Clèves, et de moult 
grande noblesse... 



» Il ne tarda guères que le seigneur de Ternant entra en lice sur un 
cheval couvert de ses armes en bordure ; et avait sa cotte d'armes au dos 
et était armé de toutes pièces, le bacinet en la tète et la visière ouverte ; 
et certes, il avait le visage de chevalier et non pas de pucelle et semblait 
bien homme à redouter et à craindre. Il était accompagné du seigneur 
de Beaujeu et du Comte de Saint Pol ; et descendit de cheval sitôt qu'il 
fut en la lice... et se présenta moult humblement devant le Duc et porta 
lui-même la parole ; et bien le sut faire et le Duc le reçut avec bienveil- 
lance. Puis il rentra dans son pavillon. 

» Le Galiot de Baltasion alors entra en lice et raccompagnait le 
Comte d'Etampes. Il était armé de tout, la cotte d'armes au dos : il 
montait un cheval couvert de ses armes. Et sitôt qu'il entra en la lice, il 
sauta de plein saut hors sa selle, aussi légèrement, bien que tout armé, 
que s'il n'eût eu que le pourpoint. Le comte d'Etampes le présenta au 
Duc qui le reçut moult cordialement. Puis il se retire dans son pavillon.» 

« Les cris furent faits, puis les lances baillées par lesquelles le combat 
devait commencer... Le seigneur de Ternant saillit alors hors de son 
pavillon sa cotte d'armes au dos, le bacinet en tête, à visière close. Et il 
fit une grande croix de sa main dextre ; et lui bailla le Comte de S* Pol 
sa lance et la portait plus droite que couchée et marchait froidement 
d'une marche puissante et assurée et certes il semblait bien chevalier de 
dure rencontre. D'autre part saillit de son pavillon Galiot de Baltasin, 
vêtu de sa cotte d'armes, le bacinet en tête et visière close. Et après qu'il 
se fut signé de sa banderolle, le Comte d'Etampes lui bailla sa lance, 
laquelle il prit et porta ainsi qu'on tient une lance pour pousser. Beau 
personnage était l'écuyer et si tôt qu'il tint sa lance, il commença à la 
manier comme s'il ne tenait qu'une flèche. Et il fit un saut ou deux en 
l'air si légers et si vite que l'on voyait bien que son armure ne le gênait 
pas. Et il marchait vigoureusement à la rencontre de son adversaire. Et 
ils se donnèrent mutuellement un si terrible coup de lance que le fer de 
celle de Galiot fut brisé d'un demi-doigt et que le bacinet du sire de 
Ternant fut faussé. 

« Ils marchèrent une seconde fois l'un contre l'autre et se firent une 
nouvelle très dure atteinte. Puis recommencèrent pour la tierce fois et 
pour abréger le récit d'icelles armes, ils accomplirent les sept pousses 
ordonnées par les chapitres moult chevaleureusement. 

46 



« Les armes delalanceaccomplies,les chevaliers retournèrent en leurs 
pavillons pour se raffraichir et se préparer à un nouveau combat. Et à 
chacun on présenta un estoc que Ton nomme épée d'armes. Sitôt après 
le seigneur de Ternant saillit de son pavillon armé comme dessus, mais 
au lieu de sa cotte d'armes, il avait mis une parure à manches d'un satin 
blanc tout découpé à manière d'écaillés, brodé et chargé d'orfèvreries, 
d'or branlant, d'une moult élégante façon. Et en le voyant, on pensait à 
l'un des neuf preux. Il tenait son épée, la main senestre devant et 
renversée et couverte de sa rondelle. 

« De l'autre côté, saillit de son pavillon Galiot de Baltasin et mar- 
chèrent l'un à rencontre de l'autre et se rencontrèrent d'une moult dure 
atteinte... Et parfirent les onze coups d'épée bien et durement. Et ils se 
retirèrent dans leurs pavillons. 

« Le maréchal de la lice apporta alors deux haches pour achever le 
combat à pied. Et il ne tarda guères avant que le seigneur de Ternant 
ne sortit de son pavillon. Et il portait, au lieu de cotte d'armes, une 
parure à manches d'un drap de damas sur fleur de pêcher, tout couvert 
et brodé de fusils, de pierres et d'étincelles de feu, ce qui était la devise 
du bon duc Philippe, son bon seigneur et maître. Il avait le bacinet sur 
la tête et tenait sa hache en ses mains. Et c'était une grosse hache 
pesante, dont l'émail était fait à manière de trois coings à fendre le bois... 
Fièrement marchait le seigneur de Ternant. Et d'autre part saillit 
Galiot et sitôt qu'il eut saisi sa hache, il se sourdit tout en l'air moult 
vigoureusement. Et marchait à l'encontre de son homme de telle vertu 
et de telle puissance que sa rencontre semblait la plus à redouter de 
toutes celles que j'ai vues avant et depuis... 

« Et courut sus au seigneur de Ternant par telle force que fut 
obligé le seigneur de Ternant de reculer d'une fois trois ou quatre pas 
pour soutenir le poids de cette grande puissance. Toutefois il se remit à 
marcher et se maintint si chevalereusement qu'ils achevèrent les quinze 
coups. 

« Et le Duc jeta sa baguette blanche et ils furent amenés devant lui 
les visières levées, chacun la hache au poing ; et certes c'étaient deux 
moult beaux et deux moult fiers personnages à voir. Chacun s'offrit de 
son côté à parachever les armes si faute y avait : et le Duc répondit que 
bien et valeureusement ils avaient accomplis leurs armes. Ils prirent 

47 



alors congé du Duc, mais sans se toucher parce qu'ils avaient encore à 
accomplir leurs armes à cheval. 

« Le lendemain eurent lieu les armes à cheval... le seigneur de 
Ternant arriva le premier dans la lice armé de toutes pièces excepté la 
tête. Il était monté sur un coursier revêtu d une couverture décorée de 
ses pleines armes et chargée d'orfèvrerie branlant. Et après lui venaient 
deux officiers d'armes qui menaient un autre coursier par la bride. Ce 
coursier était revêtu d'un drap (serré autour de son corps) qui était de 
damas mi-partie bleu, mi-partie noir, couleurs du dit seigneur. Cette 
parure du coursier était brodée entièrement de fil d'or. Et avait le dit 
coursier le crin, le toupet et la queue tout de fil d'or ; et fut ce cheval 
sellée de selle étoffée de même et d'un petit harnais de velours cramoisi... 
Ainsi se présenta au Duc le seigneur de Ternant, puis se retira pour 
armer sa tête. 

« D'autre part, vint Galiot armé de toutes armes, l'armet en tête avec 
un grand plumet d'Italie : son cheval (qui fut un puissant roussin) était 
couvert d'une barde de cuir de buffle peinte à sa devise (qui fut à manière 
de ceintures tortillées). Il était suivi de trois chevaux couverts de soie et 
d'orfèvrerie de divers sortes... Et à chacun furent baillées une lance et 
une épée. Si se préparèrent les champions pendant qu'on faisait les cris 
accoutumés. Ils mirent chacun la lance sur la cuisse et le seigneur de 
Ternant avait ceint son épée comme on la porte communément à la 
guerre ; et Galiot avait mis la sienne en sa main sénestre toute nue et la 
tenait avec la bride. Ils se brochèrent l'un à l'encontre de l'autre. Et l'on 
voyait bien à sa manière de courir que le seigneur de Ternant voulait et 
cherchait à employer sa lance. Mais Galiot (qui se sentait puissamment 
monté) cherchait la rencontre des chevaux, tellement qu'ils se rencon- 
trèrent et si durement que le cheval du seigneur de Ternant fut abattu 
sur son cul; mais le coursier fut bon et le chevalier adroit et il se releva 
promptement... Et de nouveau, ils se coururent sus âprement. Galiot 
ferrait de haut et de taille moult grands coups. Ternant ferrait deux coups 
de haut, l'un devant main, l'autre de renvers : puis les chevaux se 
joignirent et le sieur de Ternant commença à charger son compagnon 
et à l'attaquer de la pointe de l'épée par dessous l'armet, visant à la gorge, 
sous les esselles, à l'entour du croissant de la cuirasse. . . et partout le 
trouva si bien armé et pourvu que nulle blessure n'en advint.... 

48 




Portrait db i'uu.ii'i-ii lb Bkau 
(Manuscrit N" i,oSo de la Biltliothêque Royaie tle Belg^iituei. 



« Et le Duc jeta son baston et ils furent alors amenés devant lui les 
visières levées ; et ils lui demandèrent tous deux s'ils avaient bien 
accomplis les trente un coup prescrits. Le Duc leur dit qu'il était très 
content d eux et il les fit se toucher et embrasser ensemble. Et ainsi furent 
terminées icelles armes qui furent dures et de grande estime » ('). 

Le chevalier de la Toison d'or en sortait tout glorieux, mais son 
adversaire avait montré tant de valeur et d'adresse que le bon Duc qui 
tenait en si haute estime « les gens chevaleureux », « festoya Galiot de 
Baltasin, et le fit asseoir à sa table et avant son départ lui donna de 
grands dons. » 

Les joutes qui suivent les chapitres tenus par Charles le Hardi ne le 
cèdent en rien à celles que présidait son père et dont les détails que 
nous venons de donner, montrent l'éclat. Lorsque ce prince y vient, il 
est accompagné de toute sa cour et de la suite la plus brillante. Faut-il 
rappeler que ses grands pensionnaires comprennent six ducs, douze 
princes, marquis et comtes, que ses chambellans sont au nombre de 
cent trente, qu'il a seize écuyers, illustres damoiseaux, quarante varlets, 
etc., etc. 

Et alors encore, quand le tournoi finissait et que « les trompettes 
avaient sonné à gros deduyctz » pour honorer les partenaires et les che- 
valiers et que les combattants avaient fait la révérence au Duc et aux 
dames, de grands banquets étaient donnés par le Chef et Souverain de 
la Toison d'or. 

Des traités existaient pour régler chacun de ces détails et aussi pour 
célébrer dignement par des festins, des danses et des esbattements, ces 
compléments presqu'obligatoire des Chapitres de la Toison d'or. 

Rien ne peut donner une idée du luxe et du soin avec lesquels les 
entremets, les décors, et les spectacles de ces festins sont préparés. En 
1450, cinquante et un peintres y travaillent pendant un mois ; et quels 
peintres puisque R. van der Weyden, Daret, etc., en sont! En 1468, 
nous comptons cent trente six peintres et vingt neuf sculpteurs que le 
Duc à appelés à Bruges ! Les ménestrels n'étaient pas oubliés et non 
plus les joueurs de luth et de harpe. 



(^) Olivier de la marche. 



49 



En 1429, Philippe le Bon a dépensé plus deôooo salus pour les fêtes 
données à Bruges ; en 1490, un Chapitre tenu à Malines coûte à Philippe 
le Beau 6000 livres de 40 gros de Flandre, dont i5oo pour le banquet et 
23oo pour les manteaux du Chef et Souverain de Tordre. 

Ce dernier chiffre est une preuve nouvelle du penchant des ducs de 
Bourgogne pour la pompe et la richesse de leurs costumes. Comme les 
souverains du moyen-âge, ceux-ci aimaient à briller par la splendeur 
et la variété de leurs vêtements et de leurs manteaux. Leur luxe avait 
fait des orfèvres, les aides et les associés de leurs tailleurs. Aussi, estrce 
avec raison qu'on a dit que « orfèvres, haulmiers, armuriers, brodeurs, 
tapissiers, décorateurs, vécurent dans le paradis des artisans pendant 
tout ce siècle Bourguignon » (*), époque où • les vêtements dispa- 
raissaient sous les broderies et les pierreries et où on s'harnachait 
d'orfèvrerie ». Or, ces orfèvres, armuriers étaient des artistes, tout 
comme les peintres décorateurs qui avaient nom : Roger van der 
Weyden, Daret, etc.; tout comme les brodeurs qui pour pinceaux 
avaient une aiguille. 

Il est facile de deviner l'essor qu'un pareil luxe donnait à tous les 
métiers d'art et, comme le dit un historien qui a consciencieusement 
étudié cette époque, « il serait impossible de nier sans une grande 
injustice que les richesses presque fabuleuses dont disposait la maison 
de Bourgogne servirent constamment aux progrès de la science et de 
l'art... » ('). Il est bien certain « que cette dynastie n'eût et qu'elle n'aura 
probablement jamais d'égale dans les annales des nations, au point de 
vue de toutes les branches de l'intelligence et de l'art qui se déve- 
loppaient vigoureuses et fortes autour d'un tronc sans cesse fécondé par 
ses bienfaits » (^). 

Les joutes, les tournois, les festins et les brillants cortèges que nous 
avons décrits n'étaient cependant pas ce qui réjouissaient le plus les 
chevaliers de la Toison d'or. « Les vraies fêtes de Tordre, a écrit très 
justement le Prince de Ligne, étaient les batailles ». « Tels les faucons 



(*) Fierens-Gevaert. 

(') Le Comte de L aborde. 

(*) Hist. de Flandre, par le B" Kervyn de Lettenhove. 



5o 



pèlerins qui ont longtemps séjourné, ont grand désir de voler, chevaliers 
désiraient trouver faits d'armes » ('). 

Marchant à lennemi, les chevaliers se sentaient vraiement à leur 
affaire qui était de conquérir de la gloire par leur bravoure chevale- 
resque et de montrer leur dévouement à leur prince en risquant leurs 
vies pour lui. « Fière chose était, raconte un chroniqueur, que de les 
voir rassemblés en face de l'ennemi... La fierté de leur ordre, leur noblesse, 
le resplendissement de leurs armures, la contenance de leurs étendarts 
et de leurs enseignes étaient suffisants pour ébahir et troubler le plus 
hardi du monde ». Entre eux régnent à la fois l'émulation la plus grande 
et la fraternité la plus touchante. 

Avant les batailles, c'est le héraut d'armes. Toison d'or, qui a 
l'honneur de faire entendre la belle proclamation suivante : 

« S'il est quelque écuyer qui veuille devenir chevalier, je le 
conduirai devant l'ennemi ». Et c'est aux Adolphe de Clèves, aux 
Lannoy, aux Croy, aux Lalaing, aux Ternant et S* Pol, tous chevaliers 
de la Toison d'or, que les jeunes écuyers, avides de gloire, s'adressent. 

Dès que la bataille s'engage, parmi ces chevaliers dont l'épée est si 
vaillante que son contact a suffi pour anoblir, s'élève une rivalité sans 
pareille : c'est à qui s'élancera le plus loin dans les rangs ennemis. Mais 
dès que l'un d'eux est en péril, la rivalité se transforme en admirable 
fraternité d'armes et chacun risque sa vie, sans hésitation, pour voler 
au secours du combattant menacé dont la poitrine porte à découvert la 
noble Toison. 

Que d'exemples à citer ! Cette bravoure est si grande que l'on 
n'écoute plus les ordres des chefs et le signal de l'attaque : « Chacun se 
veut avancer et cuide bien faire pour acquérir honneur ». 

C'est Jacques de Luxembourg qui s'élance seul dans les rangs 
épais des Gantois, qui a son cheval tué sous lui et échappe à la mort à 
force de vaillance ! 

C'est le bâtard Corneille de Bourgogne qui, après quantité de 
prouesses dont la tendresse particulière du duc Philippe avait été la 



(*) Froissart. 



5l 



récompense, périt (') en voulant conquérir à la bataille de Basele (i6 juin 
1452) la grande bannière de Gand ! 

Faut-il citer encore Jacques de Lalaing, ce « chevalier que Dieu avait 
doué de tous les dons», qui était « beau comme Paris, pieux comme Enée, 
sage comme Ulysse le Grec, qui était généralement débonnaire et 
humble, mais en bataille, contre ses ennemis, avait Tiré d'Hector le 
Troyen ? » Car ce chevalier doux, aimable, courtois, large aumônier et 
pitoyable en temps de paix, était d'un courage sans égal à la guerre. 
A la journée d'Hulst, il a trois cheveaux tués sous lui. A Lokereh pres- 
que seul, il met pied à terre pour assurer la retraite des siens, en arrêtant 
Tennemi. Et cet autre jour où, avec quelques valeureux chevaliers, il 
avait pénétré si profondément au milieu des hommes d'armes gantois 
que ceux-ci « quand ils virent le dit sire Lalaing avec si peu de gens, 
se férirent dessus. Et il eût plus à faire qu'à se défendre par devant, 
mais il fit tant par sa grande prouesse et la vaillance qui était en lui 
qu'il sauva tout. » (*) 

Aussi le courage de J. de Lalaing était-il si connu que dans les 
combats, c'était surtout contre lui que se portait la fureur des ennemis. 
A une de ces batailles, ils étaient parvenu à l'environner de toutes parts; 
il allait périr lorsqu'un valet de sire de Hornes s'élança au milieu des 
piques qui le menaçaient et réussit à le dégager. Mais à ce moment, il 
fut lui-même frappé à la tête d'un coup de massue. Alors commença une 
lutte digne du plus illustre chevalier de ce siècle. Jacques de Lalaing à 
peine arraché à une mort imminente, ne songeait qu'à la braver de nou- 
veau afin de sauver ce pauvre valet. Enfin quelques chevaliers les aper- 
çurent et les dégagèrent tout deux » (^). 

Les infortunés Gantois n'avaient pas tort de lui porter quelque ran- 
cune, car lorsque devant les piques que présentent bravement les milices 
qui défendent la liberté communale de cette ville, les gens d'armes du 
duc Philippe hésitent, c'est Jacques de Lalaing qui éperonnant son 
coursier, d'un effort aussi vigoureux qu'audacieux ouvre la brèche que 
ses compagnons élargissent. 



(*) La Duchesse de Bourgogne le fit enterrer à Ste-Gudule, à Bruxelles, avec de grands 
honneurs, dans le tombeau des descendants légitimes des princes de Brabant et de Bourgogne. 
(■) Chroniques de J. de Lalaing. 
(•) Histoire de Flandre, par le B" Kervyn de Lettenhove, t. v. 389. 



52 




Portrait dk Hkhry Vil, koi d'Anglhtbbhe 
fNallonal Portrail Giillcry, Lonilres). 



Ce modèle et ce héros de la chevalerie est ainsi toujours au premier 
rang et lorsqu'il meurt à trente deux ans, on ne compte plus ses exploits ! 

Les Chefs et Souverains de Tordre donnent, du reste, lexemple du 
courage et montrent le chemin de Thonneur. 

Pendant une bataille contre les Gantois, Philippe le Bon voyant 
quelques-uns des siens enveloppés par l'ennemi sur l'autre rive de 
l'Escaut, se jette sans hésiter dans une barque avec son fils, avec 
Robert de Clèves et le bâtard de Bourgogne pour volera leur secours. 

En général, le Duc ne se contentait de parcourir le front des troupes, 
en les exhortant à bien combattre : dès qu'il voyait les rebelles devant 
lui, sans prendre de conseils, il s'élançait. Il croyait devoir le faire comme 
Chef et Souverain de la Toison dor. « Il était, dit Olivier de la Marche 
en racontant une de ses victoires, richement armé et monté et moult 
bel et chevaleureux chevalier ; et certes quand les ennemis le voyaient 
s'avancer vers eux, d'abord ils s'arrêtaient devant sa noble personne. 
Mais aussitôt après, lui couraient sus bien âprement ; et le bon Duc, 
qui fut un des plus vaillants chevaliers de son temps, se défendait contre 
eux en homme chevaleureux, tout plein d ardeur et de prouesse. Et un 
jour les Gantois attaquèrent le noble prince de grand et félon courage, 
mais sans le faire reculer bien qu'ayant blessé son cheval en plusieurs 
endroits » . 

Plus d'une fois, du reste, le Duc s'engage si fort dans des mêlées 
qu'on craint pour ses jours. C'est ainsi qu'à la bataille de Gavre, il poussa 
lui-même son cheval au delà d'un fossé qui arrêtait ses hommes d'armes 
et que défendaient les Gantois, mais il est aussitôt entouré et son écuyer 
à toutes les peines à élever son pennon en signe de détresse. Ce signal a 
été remarqué toutefois par le comte de Charolais qui courageusement 
délivre son père ! 

Ah ! c'est que Charles mérite bien son nom de Hardi ! 

Tout jeune, il avait voulu suivre son père dans ses expéditions, mais 
la guerre était devenue si dangereuse que Philippe le Bon, écoutant le 
conseil des chevaliers Bourguignons qui le suppliaient de mettre à l'abri 
de « toute mauvaise fortune » l'héritier unique de tous ses pays, l'avait 
sous un prétexte quelconque renvoyé à Bruxelles auprès de sa mère. 
Le Comte de Charolais n'y voulait pas rester et sa mère, non seulement 

53 



l'approuva, mais lui tint ce discours digne d'une Romaine : « mon fils, 
puisque Monseigneur votre père est en guerre pour son honneur, 
hauteur et sa seigneurie garder, je vous prie d'aller le rejoindre dès 
demain matin ; et en quelque lieu qu'il soit, sans craindre la mort ou 
n'importe quoi, ne vous éloignez pas de sa personne et soyez le plus près 
possible de lui. » 

Avant sa première bataille, il se fait remarquer en montrant bien 
à tous que « le cœur lui disait qu'il était né prince et devait conduire les 
autres. » 

Bientôt sa témérité est telle dans les combats que les sentiments hé- 
roïques d'Isabelle de Portugal faiblissent devant ses craintes maternelles. 
Elle l'appelle et fait tout au monde pour le retenir auprès d'elle, mais 
« ce fut inutilement qu'elle allégua les volontés du Duc et les nécessités 
politiques. Le Comte de Charolais ne voulut rien entendre. Il répondit 
à sa mère qu'il valait mieux que les Etats dont sa naissance lui assurait 
l'héritage, le perdissent jeune que de leur conserver un prince sans cou- 
rage et sans honneur ; et il repartit pour l'armée ! » (') Il avait pris pour 
la vie des camps un amour extrême. (*) Au séjour des villes et des 
châteaux, il déclarait préférer celui de la tente : « à l'exemple du lion 
qui ne quiert pas les bois, mais se boute en plein champs. » 

Maximilien a également laissé des traits de grande bravoure. Quant 
à Charles-Quint, sa témérité sur les champs de bataille est telle que les 
chevaliers de la Toison d'or, réunis en Chapitre, lui reprochent de trop 
s'exposer ! Bel éloge dont la portée peut se mesurer à la bravoure habi- 
tuelle de ceux qui le prononcèrent ! 

Que de noms encore on pourrait citer parmi les chevaliers de la 
Toison d'or qui entourent le grand Empereur ou suivent ses exemples ! 
Egmont, l'héroïque vainqueur de St-Quentin et de Gravelines, don Juan, 
le triomphateur des Turcs à Lépante, et ces d'Arenberg, dont trois 
moururent de génération en génération sur le champ de l'honneur ! Et 
ce J. de Ligne qui, à la bataille de Winschoten, expire en rendant au 
Comte de Nassau le coup mortel qu'il a reçu ! Que de noms et de noms 
encore I 



(*) Histoire de Flandre, par le B» Kervyn de Lettenhove. V. 477. 
(■) Ce penchant en se développant le conduisit à Nancy. 



54 



Mais revenons à l'époque des ducs de Bourgogne et remarquons 
avec le Prince de Ligne, qu'au XV^ siècle presque tous les chevaliers 
de la Toison d'or meurent en combattant. Tel ce duc de Gueldre, « abattu 
et non secouru de ses gens, qui avant de mourir, se deffendi de ung tronc 
de lance tant qu'il fit émerveillier les plus courageux...» Pauvre duc «qui 
était très mignot et très bel, car devant le jour de sa mort plusieurs 
damoiselles et autres voyant la beauté de son visage, avec la façon 
de son corps et le ahournement de ses cheveux passant les épaules, doulcs 
comme soie, blonds et luissant comme or de cipre, pleuraient sa mort, 
car nature a mis en féminen sexe cœur piteux, délicieux et bénin ». 

On a pu, en parlant de ce temps héroïque, écrire avec vérité « que 
les corps de ces braves chevaliers, glorieux débris épars sur tous les 
champs de bataille, rappelaient ces monuments funèbres placés par les 
anciens au bord des routes que suivaient les triomphateurs » ('). 

Enfin « si parmi eux, il en étaient quelques-uns à qui il fut donné de 
finir, à l'ombre du foyer domestique, une vie abrégée par les fatigues, 
leur mort même empruntait aux souvenirs de leurs exploits un caractère 
héroïque et belliqueux qui commandait l'admiration » (*). 

L'antiquité ne nous a rien laissé de plus beau que ce récit de 
Brantôme : 

Il s'agit de Maximilien d'Egmont, Comte de Buren, un des plus 
illustres chevaliers de la Toison d'or et des meilleurs capitaines de son 
temps. « Ce comte de Buren, dit le chroniqueur, mourut à Bruxelles 
» et fit la plus belle mort de laquelle on ouyt jamais parler au monde. 
» Ce chevalier de la Toison d'or tomba soudainement malade au lict, 
» de quelque effort qu'il eust faict en avallant ces grands verres de 
» vin à la mode du pays, carrousant à outrance, soit que les parties de 
» son corps fussent vitiées ou autrement. André Vesalius, médecin de 
» l'empereur Charles, l'alla incontinent visiter et luy dict franchement, 
» après luy avoir tasté le pouls, que dans cinq ou six heures, pour le 
» plus tard, il lui falloit mourir, si les règles de son art ne faillissaient 
» en luy ; par quoy luy conseilla, en amy juré qu'il luy estoit, de 
» penser à ses affaires : ce qui advint comme le médecin l'avoit prédict. 



(») Hist. de Flandre, VI. i32. 

(■) Hist. de Flandre, par le B" Kervyn de Lettenhove. VI. i33. 



55 



» Le comte fit la plus belle mort de laquelle on ayt jamais ouy parler 
» depuis que les roys portent couronnes ; car le comte, sans s'estonner 
» aucunement, fit appeller les deux plus grands amis qu'il eust, à 
» sçavoir 1 evesque d'Arras, despuis cardinal de Granvelle, qu'il apelloit 
» son frère d alliance, et le comte d'Aremberg, son frère d'armes, pour 
» dire adieu. En ces cinq ou six heures, il fit son testament, il se 
» confessa et receut le Saint Sacrement. Puis, se voulant lever, fit 
» apporter les plus riches, les plus beaux et les plus somptueux habits 
» qu'il eust, lesquels il vestit ; se fit armer de pied en cap des plus 
» belles et riches armes qu'il eust, jusques aux espérons ; chargea 
• son collier et son grand manteau de l'ordre, avec un riche bonnet 
» à la polacre, qu'il portoit en teste pour l'aymer plus que toute 
» autre sorte de chapeau, l'espée au costé ; et ainsy superbement vestu 
» et armé, se fit porter dans une chaire en la salle de son hostel, 
» où il y avoit plusieurs couronnels de lansquenets, gentilshommes, 
» capitaines et seigneurs flamans et espagnols, qui le vouloient voir 
» avant mourir, parce que le bruit vola par toute la ville que, dans 
» si peu de temps, il devoit estre corps sans âme. Porté en sa salle, 
» assis en sa chaire, et devant luy sa salade enrichie de ses panaches et 
» plumes, avec les gantelets, il pria ses deux frères d'alliance de vouloir 
»> faire appeler tous ses capitaines et officiers, qu'il vouloit voir pour 
» leur dire adieu à tous, les uns après les autres : ce qui fut faict. 
» Vinrent maistres d'hostel, pages, valets de chambres, gentilshommes 
» servans, pallefreniers, lacquais, portiers, sommeliers, muletiers et 
» tous autres, auxquels à tous (pleurans et se jettans à ses genoux) il 
» parla humainement, recommandant ores cestuy-cy, ores cestuy-là, 
» à M. d'Arras, pour les récompenser selon leurs mérites, donnant à 
» l'un un cheval, à l'autre un mullet, à l'autre un lévrier ou un accous- 
» trement complet des siens, jusques à un pauvre fauconnier, chassieux, 
» bossu, mal vestu, qui ne sçavoit approcher de son maistre pour luy 
» dire adieu, comme les autres de la maison avoient faict, pour estre 
» mal en ordre, fut aperçeu par le comte, dernier les autres, pleurer 
» chaudement le trespas de son bon maistre et fut appelé pour venir à 
» luy : ce que fit le faulconnier, lequel son maistre consola ; et si l'in- 
» terrogea particulièrement comme se portoient tels et tels oiseaux qu'il 
» nourrisoit, puis, tournant sa face vers l'évesque d'Arras, luy dict : 

56 




ÉCOI.B NÉKKI.ANI'nii-E lui XVI" SIB-LK 

Porirail de Guillaume de Croy, Seigneur de Chièvres 
(Musée Royal de Bruxelles . 



» Mon frère, je vous recommande ce mien fauconnier ; je vous prie de 
» mettre sur mon testament que j'entends qu'il ayt sa vie en ma maison 
» tant qu'il vivra. Hélas ! le petit bonhomme m'a bien servy, comme 
» aussy il avoit faict service à feu mon père, et a esté mal récompensé. 
» Tous les assistans, voyans un si familier discours d'un si grand sei- 
» gneur à un si petit malotru, se mirent à pleurer de compassion. Puis, 
» ayant dict adieu à tous ses officiers et serviteurs et leur ayant touché 
» la main, il demanda à boire à ce godet riche où il faisoit ses grands 
» carroux avec les couronnels quand il estoit en ses bonnes ; et de faict 
» voulut boire à la santé de l'Empereur son maistre. Fit lors une belle 
» harangue de sa vie et des honneurs qu'il avoit receus de son maistre, 
» rendit le collier de la toison au comte d'Aremberg pour le rendre à 
» l'Empereur, but le vin de l'estrier et de la mort, soutenu soubs les 
» bras par deux gentilshommes, remercia fort l'Empereur, disant, entre 
» autres choses, qu'il n'avoit jamais voulu boire en la bouteille des 
» princes protestans, ny volter face à son maistre, comme de ce faire 
» il en avait été fort sollicité, et dit encore plusieurs belles paroles, 
» dignes d'éternelle mémoire. Finalement sentant qu'il s'en alloit, il se 
» hasta de dire adieu à l'Evesque d'Arras et au Comte d'Aremberg les 
» remerciant du vray office d'amy que tous deux luy avaient laict à 
» l'article de la mort. Il dit adieu de même à tous les braves gentils- 
» hommes qui étaient là.... Ainsi superbement vestu et armé mourut ce 
» noble chevalier de la Toison d'or. »> 

La façon dont les chevaliers de la Toison d'or se distinguaient dans 
les tournois et les joutes, l'éclat qu'ils apportaient dans les fêtes, la 
sagesse de leurs conseils dans les délibérations, leur « chevaleureuse » 
bravoure dans les combats, enfin leur héroïsme en face de la mort, disent 
assez avec quelle conscience et quelle fidélité aux intentions élevées de 
Philippe le Bon, ceux-ci recrutaient leurs nouveaux confrères. 

De 1429, date de la fondation de l'ordre, à iSSç, date du dernier 
Chapitre, vingt trois élections eurent lieu. A chacun de ces vingt trois 
Chapitres, des remplaçants furent donnés aux défunts et on eut soin de 
les choisir parmi ce que la chevalerie comptait de plus pur et de plus 
noble. 

57 



Dix de ces Chapitres eurent lieu sous Philippe le Bon, deux sous 
Charles le Téméraire, trois sous Maximilien, deux sous Philippe le Beau, 
cinq sous Charles-Quint et deux sous Philippe II. 

Ils se tinrent à Lille en i43i, à Bruges en 1482, à Dijon en i433, à 
Bruxelles en 1435, à Lille en 1436, à St.-Omer en 1440, à Gand en 1445, 
à Mons en I45i, à La Haye en i456, à St.-Omer en 1461, à Bruges en 
1468, à Valenciennes en 1478, à Bruges en 1478, à Bois-le- Duc en 1481, 
à Malines en 1491, à Bruxelles en i5oi, à Middelbourg en i5o5, à 
Bruxelles en i5i6, à Barcelone en i5i8, à Tournai en i53i, à Utrecht 
en 1546, à Anvers en i555, à Gand en iSSç. 

Pendant trente-huit années, de 1429 à 1467, Tordre de la Toison 
d'or garda comme Chef et Souverain celui qui avait été son fondateur, ce 
Duc Philippe, « prince haut et droit, joyeux d esprit et vif de corps », 
vaillant chevalier et profond politique, dont Thabilité froide et calme, 
prudente jusqu a la ruse, persévérente jusqu'au courage, avait mérité 
à son auteur le surnom d'«Asseuré ». Ce titre, il est vrai, fut changé par 
ses amis en celui de « Bon Duc »>, « qui lui est demeuré » (') et qu'une 
« longue continuance de vertus » et de générosité à leur égard expliquait. 
« Les cieux l'avaient magnificié de leurs grâces : les hommes l'ont 
solemnisé en ses vertus », remarque G. Chastellain. 

Ses vertus étaient réelles. 

Nous avons déjà parlé de son courage qui s'affirma si souvent depuis 
la bataille de Brouwershaven où il sauta tout armé dans la mer pour 
marcher aux digues occupées par les anglais jusqu'à ce jour où dans 
la plaine de Gavre il se précipita au milieu des Gantois rebelles.... 

Nous ne nous étendrons pas sur son habileté politique que tous les 
historiens reconnaissent et qui porta à une telle hauteur la puissance du 
grand Duc d'Occident que Ph. de Commines constate « qu'il tenait le 
salut de la France en sa clef et la tranquillité de l'occident en sa 
main ». Telle avait été, d'ailleurs la renommée de cette puissance qu'on 
lui avait offert trois fois l'Empire et que les Milanais et les Génois 
avaient voulu arborer sa bannière par dessus des Alpes. « Que chacun 
sache que si j'avais voulu être roy, je l'eusse été », s'écriait donc avec 
raison Philippe le Bon. 



(*) Olivier de la Marche. 

58 



Ce dont nous voulons dire encore quelques mots, c est de sa charité 
pour les malheureux et, de sa bienveillance pour les artistes. Car cette 
bonté touchante et cette protection éclairée suscitèrent un mouvement 
moral, intellectuel et artistique qui illumine tout le XV® siècle. Les 
exemples du Bon Duc sont suivis par sa cour ; et dans ce milieu éclairé 
et fastueux, comment ne pas penser de suite à des membres de la Toison 
d or, comme ce Louis de Gruuthuse, dont le « librairie » rivalisait avec 
celle de son maître, et à ce trésorier du même ordre, Bladelin qui créait 
des industries pour améliorer la condition du peuple ? 

Ils ont, du reste, sous les yeux de quoi s'inspirer. N'a t-on pas vu 
le Bon Duc aller s'enquérir lui-même dans les campagnes des misères 
que la guerre y a laissées ? Ici, il écoute une pauvre femme qui a perdu 
sa vache, là il indemnise un soldat dévalisé par les écorcheurs. Partout 
se révèle un soin paternel pour ses sujets malheureux et ses vieux ser- 
viteurs. La distribution des aumônes a pris une telle importance sous 
son règne qu'il nomme « un commis à leur gouvernement ». De la 
charité, la générosité fastueuse du Duc s'étend jusqu'à la dévotion. Les 
églises reçoivent d'inestimables joyaux et des tableaux du plus haut 
prix. Ces dons seront d'autant plus faciles à Philippe le Bon qu'il a pris 
soin d'attacher à sa cour toute une pléiade de peintres dont le plus 
célèbre est Jean van Eyck. 

Ce nom, puis l'amitié du Duc pour cet artiste et son estime pour ce 
talent, suffiraient à illustrer le règne d'un prince. Il ne se contente pas 
d'avoir attiré van Eyck à sa cour, de l'avoir attaché à sa personne 
comme « varlet » (mot qui à cette époque signifiait chambellan), d'avoir 
apprécié son génie avec une telle clairvoyance que non seulement il lui 
fait une rente car « nous le voulons entretenir pour certains grans 
ouvrages, et que nous trouverions point le pareil à nostre gré, ne si 
excellent en son art et science », le Duc lui porte un si vif intérêt qu'il 
réprimande ses trésoriers qui ont négligé de payer la pension de son 
peintre Johan van Eyck, ce qui « pourrait l'amener à laisser notre 
service en quoy prendrions très grand déplaisir » ! Tout cet ensemble ne 
prouve-t-il pas l'intelligence du Mécène, son goût délicat, la finesse 
de ses sentiments ? 

N'est-ce pas encore pour honorer l'art que le Bon Duc charge 

59 



J. van Eyck de diverses missions diplomatiques secrètes ('), qu'il len- 
voit en Portugal faire le portrait d^Isabelle de Portugal, qu'il accepte 
d'être le parrain de son enfant, qu'il se rend lui-même à son atelier, le 
surprenant au milieu de ses élèves dont chacun reçoit aussitôt une 
gratification ? (*) 

De la haute situation que le Duc fait ainsi à l'art flamand, celui-ci 
brille sur toute l'Europe ; il y répand sa domination en même temps 
que celle de son puissant protecteur : ils conquièrent le monde simul- 
tanément ! 

C'est pour cela qu'il m'a toujours semblé qu'on ne pouvait se faire 
une idée exacte de cette époque Bourguignonne qui vit naître la 
noble Toyson, qu'en lui gardant ou en lui restituant les chefs-d'œu- 
vre qu'elle fit éclore. C'est pour encore ces motifs, que je crois qu'à 
côté de Philippe le Bon, il faut montrer Jean van Eyck I 

L'habitude et le plaisir qu'avait le bon Duc à s'entretenir avec les 
peintres, architectes, sculpteurs et imagiers indignait au commencement 
de son règne certains de ses courtisans, mais bientôt tout son entourage 
comprit la haute portée de ses exemples et les suivit. Et l'art trouva de 
nouveaux et puissants Mécènes. 

Grâce à cette protection, on vit venir à Bruges, comme à une 
source unique, tous les peintres qui devinrent plus tard des chefs 
d'école. L'art flamand arriva ainsi à exercer sur le monde une influence 
prépondérante. Philippe contribue également a le faire connaître 
jusqu'aux pays les plus éloignés, par les œuvres d'art qu'emportent ses 
ambassadeurs, car la générosité du Duc ne connaît de bornes ni dans 
l'éloignement des destinataires, ni dans la richesse des dons. La. cour 
de Bourgogne est la plus fastueuse, la plus éclairée du monde: elle éclipse 
celle de la France ! 

Pour la Flandre quel temps glorieux ! « C'était, dit Victor Hugo, 
le premier comté du monde » et, certes, de grands royaumes avaient 
moins d'influence et de richesses. Ces richesses s'étalaient partout. 

Nous avons vu « les dressoirs succombant sous le poids de la vai- 
selle d'or ou d'argent ; les écrins des femmes renfermaient aussi des 



(^) En 1423 notamment. 

(•) Roger van der Weyden était probablement parmi ceux-ci. 



60 




Haks Houikin \h 
Portrait de Hemy VIIl. roi d'Anglelerro 

tGaIei1cNali.,nnl.-, Hoiiici. 



valeurs considérables, et les trésors des églises regorgeaient de vases 
sacrés » ('). 

Olivier de la Marche évalue le trésor laissé par Philippe le Bon 
« à deux millions d or en meubles seulement, savoir quatre cents mille 
écus comptants, soixante douze mille marcs d argent en vaiselle, sans 
les riches tapisseries, les riches bagues, la vaiselle d'or garnie de pier- 
reries et sa librairie moult grande et moult bien étoffée ». 

Jusqu a la fin de sa vie, le bon Duc ne cessa de protéger les arts, 
de s'intéresser aux peintres, aux chroniqueurs, aux imprimeurs ("). 
« L'activité lui était un besoin » (^). A l'âge de soixante ans, il déclarait 
« qu'il ne désirait point les longs jours sinon en tant que nature pourrait 
le entretenir être utile à quelque bien et donner fruit à son peuple ». 

Et, en réalité, « les fruits de son gouvernement furent splendides. 
Les Pays-Bas jouirent d'une prospérité sans égale. Philippe de Com- 
mines les compare à un véritable paradis terrestre et la popularité que 
s'y acquit le « bon duc » fournit un témoignage plus éloquent encore 
des bienfaits dont elles lui furent redevables » (*), 

Ce fut à Bruges, qui était alors l'une des villes les plus brillantes 
et les plus belles d'Europe, en ce palais qu'il avait rempli d'œuvres 
d'art et de tapisseries, que Philippe le Bon mourut, le i5 juin 1467. 

Le 22 de ce même mois « de magnifiques obsèques furent célébrées 
dans l'église de Saint-Donat à Bruges. De chaque côté du cortège 
funèbre, s'avançaient seize cents hommes tenant des torches à la main 
et vêtus de deuil, quatre cents pour son fils, autant pour la ville de 
Bruges, autant pour les corps de métiers, autant pour les pays du 
Franc. Au milieu d'eux marchaient neuf cents nobles ou riches bour- 
geois, seize prélats les suivaient ; puis s'avançaient les rois d'armes, 
parmi lesquels Toison d'or avait le premier rang, le comte de Joigny, 
le sire de Créquy, le marquis de Ferrare, les sires de Boussut, de Bors- 
sele, de Commines, de Breda et de Grimberghe, les bâtards de Bour- 



(*) Comte DE Laborde. 

(■) Col. Mansion, 1450. 

f ■) PiRENNE, Histoire de Belgique p. 240. 

(*) Idem. 



61 



gogne et de Brabant, chevaliers de la Toison d or. Les comtes de Nas- 
sau et de Buchan, le bâtard Baudouin de Bourgogne et le sire de 
Châlons, chevaliers de la Toison d or, soutenaient le poêle sur quatre 
lances. Jacques de Bourbon et Adolphe de Clèves, également chevaliers 
de la Toison d'or, menaient le deuil. Toute 1 église de Saint- Donat était 
tendue de drap noir, et le nombre des cierges qui brûlaient sous les nefs, 
était si considérable, que la chaleur contraignit les assistants à briser 
les vitraux où les pieuses images des apôtres et des saints vénérés par 
le peuple semblaient s'incliner au-dessus de lui pour le bénir » ('). 

Georges Chastellain nous donne en quelques lignes son oraison 
funèbre : il explique et complète les hommages rendus à sa dépouille 
par tout ce peuple, en écrivant : « Il a été glorieux au monde, béat et 
» plein de bénédiction en terre, cler et fulgent en fortune, riche de tout 
» honneur, et le plus hault en renommée, qui fust en longs ans. Tous 
» roys de son temps l'ont préféré en tiltre devant eux ; les cieux l'ont 
» magnifié de leurs grâces, et les hommes l'ont solemnisé en ses vertus ». 

A tous les titres que lui donnait le célèbre chroniqueur, il faut 
ajouter celui d'avoir fondé la Toison d'or, d'avoir institué ce noble ordre 
de chevalerie, d'avoir élaboré des statuts qui restent le code le plus pur 
de l'honneur, d'avoir créé une école de bravoure et de vertu dont les 
« hauts faits » illuminent à jamais le règne du « bon Duc » et se conti- 
nuent après lui de génération en génération. 

Son successeur comme Chef et Souverain de la Toison d'or fut son 
fils ("), ce Comte de Charolais que le sire de Croy avait porté sur les 
fonds baptismaux, fait chevalier et auquel Philippe le Bon avait passé 
le collier avec la Toison au Chapitre de 1433. De ce vaste héritage pa- 
ternel, parmi tous les royaumes et toutes les richesses que lui avait 
laissés Philippe le Bon, ce que Charles le Téméraire prisait le plus 
haut était sa nouvelle dignité de chevalerie. 

Aussi réunissait-il déjà à Bruxelles, le 22 août 1467, c'est-à-dire 
moins de deux mois après la mort de son père, les chevaliers de la 



(*) Bn Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, vol. v. p. loi 

(•) Né en 1433 du troisième mariage de Philippe le Bon avec Isabelle de Portugal. Philippe 
le Bon avait épousé en premières noces Michelle de France et en secondes noces Bonne 
d'Anjou. 

62 



Toison d'or. L'année suivante, il les convoquait à un Chapitre qui devait 
se réunir à Bruges, au commencement de mai. 

Le 9 avril 1468, Charles le Téméraire fait, en effet, son entrée à 
Bruges, après avoir pardonné à tous les bannis. Les Brugeois l'ac- 
clament car ils l'aimaient beaucoup et lui avaient toujours été favorables 
et Ton entend le Duc répondre à leurs manifestations de joie, en criant 
Noël comme eux... A la cathédrale, selon un ancien usage, il tire Tépée, 
en signe de zèle pour la religion... 

La commune de Bruges offre ensuite au Duc deux images habile- 
ment ciselées, qui représentent S*^ Barbe et S* Georges figuré sous ses 
propres traits. 

Le 5 mai, il préside en grande pompe son premier chapitre de la 
Toison d'or et y montre la même générosité en se reconciliant avec les 
seigneurs de Croy. Car s'il « avait haute volonté de ne point se sentir 
fouler par nulle voie » ('), il avait en même temps « un profond sentiment 
de la justice qui le poussait à ne jamais repousser une plainte légitime »(•). 
Il voulait rendre la justice non seulement à l'homme puissant et fort, 
mais aussi à l'homme faible. Dans ce but, « il tenait des audiences pu- 
bliques deux fois par semaine, le Lundi et le Vendredi et il permettait 
alors au dernier de ses sujets de venir lui apporter ses réclamations. Deux 
maîtres des requêtes, un huissier, un secrétaire se tenaient à genoux pour 
les lui lire et inscrire la décision qui les apaisait » (^). 

« Je l'ai vu grand et honorable prince, écrivait Philippe de Com- 
mines, jamais souverain ne donna plus libéralement audience à ses sujets. 
Ses bienfaits se répartissaient sur tous » . Comme son père « il était si 
grand aumônier qu'il donnait à tous les pauvres qu'il rencontrait par 
villes et par champs » (^). Aussi, le chroniqueur le plus au courant de son 
existence, écrivait-il : « c'est un prince vertueux, sage, large, véritable, et 
nourri en telles mœurs et en telles vertus que je n'ai point lu ni vu prince 
plus vertueux ! » (^) 



(*) Chastellain. 

(■) Bn Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre. 

(■) B" Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre. V. p. 127. 

(^) Olivier de la Marche. 

(») Idem. 



63 



Alors qu'Isabelle de Portugal était, au dire de Philippe le Bon, 
« sans cesse jalouse de le voir aimer'd'autres dames», Marguerite d'York 
qui était d'ailleurs « très belle (') dame et de moult bonnes grâces », (') 
n'eut jamais à se plaindre de l'infidélité de son époux et Wielant re- 
marque « que celui-ci avait fait du logis des dames de la cour en son 
palais, des chambres du conseil et des finances, disant que les conseils et 
les finances seraient mieux autour et près de lui que femmes » . 

Si sous ce rapport Charles le Hardi est l'opposé de Philippe le Bon, 
il a le même culte que lui pour tous les arts : « il était le dilletante 
le plus éclairé de son temps (^). Comme son père, il aimait et protégeait 
les peintres. Et si le souvenir de Van Eyck se rattache étroitement à celui 
de Philippe le Bon, une très ancienne et poétique légende unit le nom 
de Memling à celui de Charles le Téméraire. 

Il aimait les arts, la sience, l'histoire. « Il prenait moult plaisir aux 
faits des Romains... Jamais il ne se couchait qu'il ne faisait lire deux 
heures devant lui et mettait fort bien sur chansons et mottets. Son élo- 
quence était grande et elle le servit en diverses occasions. Nul homme 
ne prenait plus travail que lui. Ses pensées et ses conclusions étaient 
grandes... » (^) « Il désirait grande gloire ». 

Il avait enfin les goûts fastueux de ses ancêtres, et « il était pompeux 
en habillements (*) et en toutes choses» (^). Du reste, comment ne 
l'aurait-il pas été ? « Pas de rois n'étaient plus puissants que lui, et pour 
groupes et belles villes nul ne l'en passait » ("). Ses richesses sont im- 
menses. 

Le garde des joyaux « a en ses mains un million d'or vaillant et les 
joyaux d'or et de pierreries dont le prince est si riche et lequel a les plus 



(*) Le Comte de Charolais avait manifesté une très grande joie en la trouvant si belle à son 
arrivée à Dam me. 

(•) Mémoires de J. de Haynin. 

(•) Fierens-Gevaert, Psychologie d'une ville. 

(*) Olivier de la Marche. 

(^) Il faut lire la description du banquet donné à l'occasion de son mariage avec Marguerite 
d'York, des fêtés qui suivirent et de ce tournoi où il parut avec un costume si chargé de pierre- 
ries que le chroniqueur qui le dépeint, déclare qu'on ne pouvait comprendre que sur si peu 
d'étoffe on put mettie tant de pierreries. (Rn Kervyn de Lettenhove : Relations du mariage de 
Charles le Téméraire). 

(•) Philippe de Commines. 

C) Olivier de la Marche. 

64 



belles qu'on sache. Il a encore en ses mains toute la vaiselle d'or et 
d argent et la vaiselle d'argent vaut bien cinquante mille marcs I » Sa cour 
est^a'^plus brillante du monde. Nous savons que les ducs, les comtes et 
les [barons y sont en nombre considérable. Le train de sa maison est 
princier. Il comprend notamment cinquante panetiers, cinquante écuyers 
tranchants, cinquante écuyers échansons, cinquante écuyers d'écuries, 
vingt-cinq cuisiniers, vingt-cinq rôtisseurs, des saussiers, six rois 
d'armes, quatre hérauts, quatre poursuivants, etc.. « Et bien que le duc 
de Bourgogne soit prince des plus belles villes du monde, son état de 
maison est si grand qu'il se trouve peu de villes où ils puissent tous se 
loger et il faut souvent adjoindre des villes et des villages » ('). 

Il lui faut deux milles queues de vin par an et Olivier de la Marche 
évalue sa dépense annuelle à « au moins deux millons bien payés et 
comptés. » En voyage ou à la guerre, « les tentes et pavillons qui le 
suivent sont une merveilleuse et somptueuse chose » ; plus de quatre 
cents chariots sont nécessaires pour les transporter » ('). 

C'est ainsi qu'après les batailles de Grandson, Morat et Nancy, 
« les vainqueurs demeurèrent éblouis » (^) devant la richesse des tentes, 
des tapisseries, des armures et des bijoux trouvés dans le camp de 
Charles le Téméraire. Car « il était venu là en grande pompe et pour 
se montrer à ces ambassadeurs qui venaient d'Italie et d'Allemagne 
avait avec lui toutes ses meilleures bagues et vaiselles et largement 
autres parements » (^). Son pavillon était entièrement tendu de drap d'or 
et de velours cramoisi, enrichi de broderies avec la devise du Duc : « je 
l'ay emprins » entremêlées de pierreries. 

Dans une seconde tente se trouvent plus de trois cents pièces d'ar- 
genteries sans compter les bijoux, pierres précieuses parmi lesquelles 
« son gros diamant qui était l'un des plus beaux de la chrétienté et au- 
quel pendait une très grosse perle, trois rubis balais pareils appelés les 
trois frères, un autre grand rubis balai appelé la hotte, un autre grand 
rubis, célèbre par sa beauté connu sous le nom de balle de Flandres, » 
son épée sur la garde de laquelle était écrit tout le pater en lettres de 
diamants, son sceau en or, etc. etc. 



(*) Olivier de la Marche. 
(*) Idem. 

(■) fibrbns-gsvasrt. 
(^) Ph. de Commines. 



65 



Tout cela fut perdu pendant la courte, mais désastreuse camps^ne 
de 1475- 1476, (') alors que le duc de Bourgogne, au lieu' d'écouter les 
sages remontrances qu a deux reprises le Chapitre de la Toison d'or lui 
avait présentées au sujet de ses dispositions belliqueuses, allait changer 
à jamais son surnom de Hardi pour celui de Téméraire. 

« Grandes et bonnes fortunes viennent de Dieu (*) » et « nul homme 
en peut mener à bonne fin entreprise si Dieu n'y ajoute sa puissance • (^), 
La providence aveugla certainement le Téméraire et il oublia que la 
valeur ne peut suppléer à la sagesse. 

Mais dans ces revers que d'énergie et de vaillance 1 
Nous le retrouvons tel que nous lavons vu jeune, alors qu'il aimait 
à jouter et « qu a ce métier était renommé non pas seulement comme 
un prince et un seigneur, mais comme un chevalier dur, puissant et à 
redouter ; alors qu'il donnait et recevait de grands coups sans soy 
épargner » 0). 

C'est pourquoi il avait pris comme devise dans les tournois « ainsi 
je frappe ». Et il lui était arriver de donner et recevoir des coups en 
s'épargnant si peu que Ton craignait des accidents. Il en fut ainsi pen- 
dant les neuf jours de joutes qui suivirent son mariage avec Marguerite 
d'York, lorsqu'ayant rompu six lances, il combattait encore avec un tel 
acharnement que la jeune duchesse de Bourgogne éplorée agitait déses- 
pérément son mouchoir pour faire cesser le combat (^). 

C'est bien le même vaillant chevalier « qui n avait oncque eu la 
peur sur son visage et dont on disait partout qu'il ne craignait rien au 
monde que la chute du ciel » que nous retrouvons sur les champs de 
batailles. Car il nous apparaît au moins aussi brave comme Chef et 
Souverain de la Toison d'or, que lorsque nous le suivions au milieu des 
ennemis ou volant au secours de son père, à Rupelmonde, Gavre, et 
dans les multiples combats livrés aux Gantois rebelles. 



(*) A Granson Charles le Téméraire perdit ses richesses, à Morat ses soldats, à Nancy la vie ! 
(*) Ph. de Commines. 
(■) Olivier de la Marche. 
(^) Idem. 

(*) Relation du mariage de Charles le Téméraire et de Marguerite d'York, par le B* Kervyn 
de Lettenhove. 

66 




Jhan Gossart 
n chevalier de la Toisoi 
'C Royal de Biuitellcsl. 



Parlant de son règne si rapide et si traversé, un vaillant chevalier, 
qui maniait la plume comme Tépée, a écrit : « Je ne connus oncques 
homme plus hardi. Je ne lui ai oncques ouï dire qu'il fut las, ni le lui 
vu jamais avoir peur. Et j'ai été sept années de rang en la guerre avec 
lui • C). 

A la bataille de Morat, il montre le plus grand courage et bien que 
blessé au cou, il reste au premier rang. Avant la bataille de Nancy, il 
s'écrie, en s'adressant au comte de Chimay : « Si je devais combattre 
seul contre tous, je les combattrais encore » ; à quoi, le Comte de Chimay, 
en vrai chevalier de la Toison d'or, répondit : « qu'il lui tiendrait fidélité 
jusqu'à l'âme rendre » ("). 

Charles le Téméraire fit des prodiges de valeur en cette suprême 
journée ; rien ne put l'arrêter. On raconte qu'alors « qu'il se battait avec 
une témérité et un courage inoui » le cimier d'or de son casque qui 
représentait un lion couché, tomba à terre. Bien que le Duc y ait vu un 
présage et se fiit écrié en latin : « Hoc signum Dei est ^, il n'en continua 
pas moins à se porter sur tous les lieux où l'ennemi était le plus acharné. 
Le seigneur de Bieure et quelques autres chevaliers de la Toison d'or ne 
le quittaient pas « (^). 

Quarant-huit heures après, on retrouvait son corps (^) au milieu d'un 
monceau de cadavres. Deux de ses amis étaient étendus sans vie à côté 
de lui et semblaient dans ce dernier sommeil lui faire encore un rempart ; 
c'étaient les seigneurs de Bieure et de Contay, tous deux chevaliers de 
la Toison d'or ! 

Mais ces deux héros ne sont pas les seuls de l'ordre à être tombés 
sur le champ d'honneur : il y a encore J. de Rubempré, les seigneurs de 
Verun, de Montaigu, puis tous ceux auxquels les Suisses n'ont pas 
voulu donner la mort qu'ils cherchaient et qu'ils ont fait prisonniers afin 
d'en obtenir de riches rançons ; ce sont les bâtards Antoine et Baudouin 
de Bourgogne, Philippe de Croy, comte de Chimay, le comte de Nassau, 
Josse de Lalaing, le seigneur de Croy, (^) etc. 



(*) Olivier de la Marche. 

(") MOLINET. 

{^ Histoire de Charles le Téméraire, par M. de la Buissière. 

(*) n fut d'abord enterré à Nancy. Philippe II fit transporter ses restes en grande pompe à 
Bruges. 

(•) Sur tous les champs de bataille nous trouvons des Croy : leur devise, d'ailleurs, portait : 
t Où il y a lutte, soit Croy ». 

67 



A ce malheureux prince dont le règne avait été aussi court que 
tragique, succéda comme chef et Souverain de la Toison d'or, Maximilien 
d'Autriche. 

Ce fut le 29 août 1478, à Bruges, dans l'Eglise de S* Sauveur, que 
l'époux {") de Marie de Bourgogne, fille unique de Charles le Téméraire, 
reçut d'abord l'ordre de chevalerie des mains de Monsieur de Ravenstein, 
puis fut revêtu du collier par Monsieur de Lannoy. Immédiatement 
après il prêta le serment en qualité de Chef et Souverain de la Toison 
d'or. Il présida immédiatement après une réunion statutaire avec le 
cérémonial habituel. 

Ce chapitre fut peu nombreux et pour cause : treize chevaliers 
étaient morts depuis la dernière promotion I 

Et la guerre avait repris si vivement que les joutes habituelles 
étaient remplacées par des batailles I 

Louis XI avait envahi la Flandre et mis le siège devant Condé, 
s'attaquant ainsi au patrimoine d'une jeune orpheline, sans comprendre 
combien : 

Ce serait vitupère 
Et grand mal à porter 
De vouloir deshériter 
Qui n'a ni père, ni mère. 

Maximilien « qui était beau et brave prince, nullement pusillanime 
et qui fut grand capitaine » (') et avec lui presque tous les chevaliers 
présents à Bruges quittèrent le Chapitre pour se mettre à la tête des 
troupes levées pour repousser l'envahisseur. A la bataille de Guinegate (^) 
(7 août 1479) îl montra un très grand courage. Comme les milices se 
débandaient sous l'effort déjà victorieux des troupes françaises, il mit 
pied à terre avec les sires de Nassau, de Romont et quelques autres 
chevaliers de la Toison d'or et se plaçant à leur tête, les ramena au 
combat. Cette héroïque intervention changea en un incontestable succès 



(*) Il l'avait épousée le 19 août 1477. 
(•) Brantôme. 

(•) n les battit encore une seconde fois au même endroit en 1S18. Cette dernière bataille est 
connue sous le nom de journée des éperons. 

68 





J. CLOl!tT I?. 

Portrait de François 1"', roi de France 
(Mtisëe du Lou^'ic, Paris). 



une bataille presque perdue. Le soir Maximilien couchait au milieu du 
camp conquis, tandis que ses soldats vainqueurs chantaient : 

« Un jeune prince humble et plein de vaillance 
A rué sus l'orgueil de France... 
Vive le duc Maximilien! » 

A coté de ce courage reconnu par tous les historiens ('), il faut dire 
à la louange de Maximilien, qu'aucun grief ne fut formulé contre sa 
conduite privée dans les Chapitres de la Toison d or. Il était, d'ailleurs, 
animé des meilleures intentions : « ses vues tendaient au bien du 
pays » (^). Il se montrait généreux de toutes façons, en dons d'abord, 
car « il était très libéral et magnifique, donnait et dépensait fort » (^), 
puis souvent par son pardon ; il disait lui-même qu'en « pardonnant à 
des ingrats, il trouvait l'occasion de montrer deux fois sa clémence». 
« Il était impossible de trouver un prince plus libéral et plus bon » (♦). 

Enfin, comme ses prédécesseurs», il fut l'un des plus zélés pro- 
tecteurs des lettres et des arts » (^). 

Un nouveau et tragique malheur vint encore brusquement frapper 
la maison de Bourgogne, quelques années à peine après le deuil de 
Nancy. 

Marie de Bourgogne, la fille unique de l'infortuné Charles le 
Téméraire, la jeune épouse de Maximilien, mourut à Bruges, le 27 mars 
1481, des suites d'une chute de cheval qu'elle avait faite en chassant le 
héron dans les bois de Sainte-Croix, à proximité de Bruges. « Elle était 
belle, bonne, douce, aimable, pieuse, respectée de tous » (^). Les Bru- 
geois surtout chérissaient la petite fille de Philippe le Bon. Ils la véné- 
raient lorsqu'ils la voyaient mêlée à la foule suivre pieds nus, un cierge 
à la main les processions qui demandaient la victoire à Dieu. Ils 
l'admiraient et l'acclamaient quand elle passait faucon au poing sur sa 
haquenée pour aller courir les bois et les marais. 



(^) Histoire de Flandre, etc. Brantôme écrit aussi : • du courage il avait. » 

(■) Gachard. 

(■) Brantôme. 

(*) Idem. 

(•) Le Glay. 

(•) B» Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, V, p. 3a8. 



69 



Un jour, hélas, au lieu de la voir reparaître aux portes de Bruges, 
aux sons d'un joyeux hallali, ils l'aperçurent pâle, décolorée, étendue 
sur une civière les reins brisées par son cheval qui au saut d un obstacle 
s était renversé sur elle. « Elle fut fort regrettée, plainte et plourée » ('). 

Elle ne laissait qu'un fils, né à Bruges le 22 juin 1478, âgé seule- 
ment de trois ans ! On l'appela Philippe le Beau. Ce fut le quatrième Chef 
et Souverain de l'ordre. Il était chevalier de la Toison d'or depuis l'année 
1481 (*) et c'était Monsieur de Lannoy qui avait eu l'honneur de lui 
passer le collier autour du cou. 

En 1491, il présidait son premier Chapitre de la Toison d'or. 

Ëh 1494, il était inauguré comme Comte de Flandre. 

En 1495, il épousait Jeanne d'Arragon. 

En i5oo, il réunissait un second Chapitre de la Toison d'or dans 
lequel le fils qui venait de lui être donné et que nous connaissons sous 
le nom de Charles-Quint, est reçu comme chevalier de la Toison d'or. 
A cette même assemblée, il est loué pour ses grandes vertus et sa 
grande habileté dans la direction des affaires. 

En iSo5, il présidait un troisième et dernier Chapitre, car^ en i5o6, 
il était emporté à Burgos par les suites d'un refroidissement contracté 
dans une joute. 

Triste et rapide histoire ! Les espérances les plus légitimes, fondées 
sur d'heureux prémices, s'évanouissent devant le cercueil d'un prince de 
vingt-sept ans ! Etrange persistance de la destinée ! « Aux quatre 
grands princes de la maison de Bourgogne, dont le dernier, Charles le 
Tén^éraire, avait eu une fin si malheureuse, a succédé une orpheline de 
dix-neuf ans ; à cette orpheline succède un jeune prince de trois ans ; 
à celui-ci succédera un enfant de six ans, mais cet enfant va résumer 
en lui l'histoire du XVI^ siècle et ouvrir une ère nouvelle à la civilisa- 
tion ! » (^) C'est Charles-Quint ! Et sa gloire rejaillira puissamment sur 
l'ordre de la Toison d'or, car le grand empereur fut pendant près de 
cinquante ans son Chef et Souverain. 



(*) MOLINET. 

('; n avait été armé chevalier par Ad. de Clèves ; Josse de Lalaing avait prêté en son nom 
le serment de Tordre de la Toison d'or. 

(■) Kervyn de Lettenhove. Histoire de Flandre, t. V, p. 5o8. 

70 




ME DB l'Ecolb Nèbhlanw 

Poriraii de Louis II, roi 

I Musée de Briixcl 



Charles-Quint ! Faut-il ajouter quelque chose à ce nom ! Ne vaut-il 
pas mieux suivre l'exemple de Don Louis d'Avila qui, sous le buste de 
Charles-Quint, n'avait fait placer que cette courte inscription : «^Carolo 
Quinto, et è assai questo. » « A Charles-Quint, ce nom en dit 'assez » ! 

Il me semble, au contraire, que la gloire qui s'attache à ce nom 
rend intéressants les plus petits détails concernant non seulement son 
attachement à l'ordre de la Toison d or et ses soins pour en augmenter 
le prestige, mais encore sa bravoure, ses mœurs, ses vertus, toutes ces 
choses en un mot dont ses confrères avaient le droit de s'occuper dans 
leurs séances capitulaires et que le greffier devait pieusement consigner 
en ses livres. 

Au moment où Charles-Quint devint Chef et Souverain de la Toison 
d'or — il avait six ans — un ambassadeur Vénitien écrivait : « Le fils 
aîné du roi de Castille est doué d'un extérieur agréable et montre des 
dispositions extraordinaires. Tout ce qu'il fait révêle son énergie et son 
courage » ('). En i5i6, l'Evêque de Badajoz s'exprimait à peu près de 
même : « Le Prince est doué de très grandes dispositions et d'un grand 
caractère » . 

Etait-ce à des précepteurs, dont le plus connu est Florisonne, depuis 
Pape sous le nom d'Adrien VI, que Charles-Quint devait de mériter 
ces éloges? Il semble que non, car « il se dérobait souvent à leurs leçons 
pour suivre les fauconniers à la chasse ou pour aller agacer dans sa cage 
de fer quelque lion de Numidie » ('). Les grandes qualités de l'homme 
de bien et de l'homme de génie furent développées dans le cœur de cet 
enfant appelé à régner sur tant de royaumes, par une princesse dont la 
mémoire est bien digne tous les respects et toutes les sympathies. 

C'est Marguerite d'Autriche, sœur de Philippe le Beau. Sa vie 
avait été si malheureuse qu'elle avait pris pour devise : Fortune et infor- 
tune font une». Elle était prudente, instruite, éclairée et elle aimait 
tendrement son neveu. En i5io, elle disait dans une de ses lettres : 
« Mon neveu croît journellement et s'adresse fort à toutes choses hon- 
nêtes ; et j'espère y prendre telle garde que j'y aurai honneur » (•). 

Comment en présence du tableau que nous offre cette princesse 



(*) Idem, t. VI, p. 21. 
(•) Idem, t. VI, p. 25. 



cruellement éprouvée et se dévouant, au milieu de difficultés de toutes 
sortes, avec une admirable fermeté à l'éducation de ce prince qu'elle 
aime maternellement et dont elle prépare avec tant de clairvoyance les 
hautes destinées, comment, dis-je, ne pas penser à une autre princesse, 
archiduchesse d'Autriche elle aussi, ayant subi un deuil aussi cruel que 
prématuré, veillant avec la même sollicitude sur le jeune héritier d'un 
royaume faisant partie de l'héritage de Charles Quint et ayant obtenu, 
elle aussi, des résultats si brillants chez ce royal élève, son fils unique, 
qu'on ne peut s'empêcher d'établir un parallèle entre lui et son impérial 
ancêtre, entre Elle et Marguerite d'Autriche et de croire que l'Espagne 
est de nouveau appelée, par ces circonstances identiques, à des jours glo- 
rieux ! Pour rendre plus sensible encore ce rapprochement, on dirait que 
la nature s'est plu à faire revivre sur le visage de ce jeune Souverain, 
aujourd'hui Chef et Souverain de la Toison d'or, tous les traits de 
Charles V ! Jamais ressemblance morale et physique n'a été plus frap- 
pante ! 

En i5i4, Charles V est émancipé et prête serment comme Comte de 
Flandres. Un an après, il recueille l'héritage du roi d'Arragon. En iSig, 
il est nommé Empereur ! 

Une si haute fortune ne trouble aucune de ses facultés et ne lui 
enlève aucune de ses vertus. « Il a garde de s'acaignarder en oisiveté ou 
aux plaisirs de la Cour ». 

En dehors des heures de travail consacrées aux affaires de l'empire, 
ce sont les exercices physiques qui l'occupent. Il est le meilleur cavalier 
de son temps. Mieux que personne,, il savait briser une lance. Aussi, en 
digne petit-fils.de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire, aimait-il 
avec passion ce genre de divertissements ('). La première joute à laquelle 
il prend part a lieu à Bruxelles, en iSiy. Quelques mois après, il est en 
Espc^ne. Dès son arrivée à Vallalolid, il organise de nouvelles joutes 
où se distinguent les sires de Croy, de Lannoy, de Beaurain, d'Aramonte 
de Mendoza, d'Aguilar, etc. Charles Quint, armé de pied en cap, voulut 
lui-même descendre dans la lice, rompit trois lances sur quatre contre le 
sire de Lannoy et, fit admirer de tous son adresse et son ardeur : « Les 
panaches volaient en l'air dit P. Martyr, les armures tombaient en éclat, 



(^) a Dans les joutes, il est le plus adroit de sa cour » écrivait un ambassadeur Vénitien. 



72 



le sang des chevaux coulait... les dames criaient « Jésus, Jésus » et pleu- 
raient » ('). 

L'empereur, qui n a que dix-sept ans, est de taille moyenne, mince, 
bien proportionné de corps, avec la jambe très belle, bien fait, la peau 
blanche, le nez un peu aquilin, le menton trop long, la lèvre encore 
imberbe. 

Modestement, il a pris pour devise: ^ Nondum, Pas encore ^. Il 
veut, ainsi que ces mots le montrent, apprendre encore avant d'en ap- 
prendre aux autres. 

C'est pour ces raisons si sages qu'il ne revendiquera que plus tard 
le commandement de ses armées. Mais il se rattrapera alors. C'est un 
chroniqueur célèbre qui, étudiant la vie de tous les grands capitaines, lui 
rend d'abord cet hommage : « il est le plus grand capitaine (*) qui ayt 
esté depuis Jules César et notre grand Charlemagne ; je puis le dire selon 
ses exploits car il eût à faire à des guerriers aussi grands que ceux de 
Jules César et Charlemagne » (^) ; puis ce même chroniqueur ajoute : 
« L'Empereur se mit fort tard en la danse de Mars, mais il y persévéra 
alors si bien pendant l'espace de vingt ans, qu'il fut estimé le meilleur 
danseur de la fête ou de Bellonne tant qu'elle tint grand bal pour lui». (♦) 

A son baptême, Charles-Quint avait reçu d'un de ses parrains le 
Seigneur de Croy un casque en or et du sieur de Berg une épée. De 
pareils dons avaient porté leurs fruits : le petit-fils de Charles le Téméraire 
aimait cette danse et il disait fréquemment : « Je suis né et fait pour les 
armes et je les continuerai tant que je n'en pourrai plus ». Il tint parole 
et poussa si loin le scrupule qu'aussi longtemps que la maladie ne l'eût 
pas terrassé, il n'abandonna pas les batailles (*). Au milieu même de 
souffrances cruelles, il se faisait mettre à cheval, les genoux entourés de 
bandages et d'écharpes pour parcourir le front de ses troupes. A la 
bataille de Ranty, plus malade encore, il se fit porter en litière devant 
les colonnes de son armée. 



(*) En Espagne encore, il combattit un taureau auquel il donna un fort beaucoup de lance. 

(') Charles Quint se considérait lui-même comme le meilleur capitaine de son temps et 
plaçait après lui le Duc d'Albe. 

(■) Brantôme. 

(*) Idem. 

(*) Un historien fait remarquer non sans raison que si Charles-Quint put soutenir toutes 
ces guerres, il le dut bien plus aux trésors de la Flandre qu'à TAmérique (Soriano). 

73 



C'est donc bien justement qu'un chroniqueur fait remarquer «qu'il 
fut haut de courage et présumant fort de soy. Par son brave cœur, il 
hasardait tout, » car « il avait le cœur haut, brave et valeureux » . Dans 
les combats, il se jette au plus fort de la mêlée, ne craint aucun danger. 
« A Tunis, oii le vit haranguer ses soldats sous le feu de l'ennemi et 
combattre en soldat » ('). Sa bravoure est telle que les plus braves la 
trouvent excessive. 

Ces braves sont des chevaliers de la Toison d'or et ils se font natu- 
rellement un devoir d'entourer dans ces mêlées leur héroïque Chef et 
Souverain. Du Souverain l'exemple avait été aux chevaliers ; des cheva- 
liers, il descend au peuple. C'est ainsi que « sous le règne de Charles- 
Quint, l'esprit des populations se porte avec un zèle semblable au sien, 
vers la carrière des combats. Une foule de capitaines flamands suivaient 
Charles de Gand, et à sa voix, conduisirent leurs bandes d'ordonnances 
depuis les plaines de Pavie jusqu'aux sables de Tunis I » (') 

> • 
Car Charles-Quint après avoir donné l'île de Malte aux chevaliers 

de S^ Jean de Jérusalem et envoyé la flotte de Doria relever l'étendard 

de la croix sur les rivages de la Grèce, se souvint de ses devoirs de 

prince chrétien. 

Comme son aïeul, Philippe le Bon, mais avec plus de bonheur que 
lui, Charles-Quint avait toujours eu en vue la défaite des infidèles. Lors 
de son couronnement à Aix-la-Chapelle, alors qu'il avait ceint la cou- 
ronne même de Charlemagne et qu'il tenait son sceptre et son épée, il 
avait promis de faire « un gros exploit sur les infidèles, de mettre paix 
par toute la chrétienté et d'employer totalement sa force et sa puissance 
à la diffusion, conservation et augmentation de notre foy. » 

N'est-ce pas là le vrai serment d'un chevalier de la Toison d'or qui 
a présent à la mémoire les statuts de son ordre ? C'est pour cela que, 
comme Brantôme l'a écrit, « Charles-Quint eût aimé à ne tirer l'épée 
que contre les Turcs et que dans sa volumineuse correspondance, alors 
qu'il est occupé à faire face à d'autres ennemis, on le voit toujours 
préoccupé du « très cruel Turc, ennemy de tous bons chrestiens » (^). 



(*) Histoire de Charles-Quint, par A. Pichot. 

(') Histoire de Flandre, par le B» Kervyn de Lettenhove. 

(") Histoire de Charles-Quint, par A. Pichot. 



74 



A Tunis, il avait délivré vingt mille chrétiens qu'il vêtit à ses frais 
et qui allèrent répandre dans toute l'Europe la gloire de leur libérateur. 

Une bonne part de cette gloire revenait aux chevaliers de la Toison 
d'or qui s'étaient particulièrement distingués en cette campagne. L'Em- 
pereur fit mentionner « ces hauts faits » dans les registres de l'ordre et 
pour en perpétuer encore le souvenir d'une autre façon il fit reproduire 
l'histoire de la conquête de Tunis sur de superbes tapisseries qu'il donna 
à l'ordre pour figurer à l'avenir dans tous les Chapitres. 

C'est dans la pensée de cette croisade contre l'infidèle, qu'il avait 
pris une nouvelle devise et choisi ces deux colonnes avec ces mots : plus 
outre, « voulant en cela braver et surpasser Hercule qui les avait plantées 
au détroit de Gibraltar sur les deux montagnes qui s'y voient encore » ('). 

L'empereur avait tous les droits à cette devise. Ses travaux, pourrait- 
on dire, avaient surpassé ceux d'Hercule. Il a été neuf fois en Alle- 
magne, six fois en Espagne, sept fois en Italie, dix fois aux Pays-Bas, 
quatre fois en France, deux fois en Angleterre, deux fois en Afrique ! (*) 
Et que de campagnes ! Il en a laissé le récit dans ses Commentaires si 
heureusement retrouvés (^) et qui avaient été écrits sous sa dictée par un 
Brugeois (♦). 

« A quarante ans, il avait terminé à son avantage des luttes qui 
duraient depuis le commencement du siècle entre l'Espagne et la France 
pour la possession de l'Italie. Vainqueur de François I dans trois 
guerres successives, de Clément VII, il occupait les deux plus vastes 
états de l'Italie, au nord et au sud, dominant tous les autres par l'intérêt 
ou la crainte... D'un autre côté, il avait été le victorieux défenseur de 
l'Allemagne menacée par les Turcs. Il avait repoussé lui-même le redou- 
table Soliman II qui s'avançait vers Vienne. Marchant ensuite contre 
son capitaine Pacha Khaïr-Edin Barberousse, il avait attaqué sur la côte 
d'Afrique cet intrépide corsaire devenu maître de Tunis et d'Alger... 



(^) Brantôme. 

O Discours prononcé par Charles Quint à son abdication. 

(•) Mon père retrouva à Paris ces précieux Commentaires inutilement cherchés par tant de 
savants et les publia. 

(^) G. Van Maele qui l'accompagna à Yust. 

75 



Aux conquêtes d'Oran et de Bougie, il avait ajouté loccupation de Bône, 
de Bizerte, de Sousa et de Tunis. (') 

S*-André, patron de la Toison d or lavait protégé et S*-Mathias 
également. Car Charles-Quint se plaisait à faire remarquer que c'était au 
jour de cette fête qu'il était né, avait été élu empereur, avait été couronné 
et avait fait François I prisonnier ! 

Charles Quint avait même été couronné deux fois. A Aix-la-Chapelle 
d'abord, à Bologne ensuite plus solennellement encore. Nous retrouvons 
dans le cortège qui va le conduire à l'église où le Pape l'attend, tout le 
faste des ducs de Bourgogne. Une courte description permettra d'en 
juger. 

Quatre mille Espagnols, vieux soldats des guerres passées ouvrent 
la marche. Viennent ensuite dix-huit grosses pièces d'artillerie, suivis de 
mille hommes d'armes des vieilles ordonnances de Bourgogne, tous très 
bien montés et armés et couverts de leurs riches casaques d'armes. Les 
hérauts d'armes et les pages vêtus superbement de velours jaune, gris et 
violet, précédaient Charles Quint. L'empereur montait « un très beau 
gênait d'Espaigne, armé de fort belles et riches armes dorées et couvertes 
d'un sage de drap d'or, l'épaule droite pourtant découverte et la moitié 
du côté et les bras aussi par où se pouvaient voir aisément son collier et 
ses armes... Jamais je ne vis avoir si bonne grâce non à prince seulement 
mais à empereur et roy » . D'ailleurs « à ce prince tout seyait bien tant 
il était bien né et nourri » . 

Quatre ou cinq cents gentilhommes de la cour « les uns plus braves 
que les autres » en tête desquels marchaient les chevaliers de la Toison 
d'or, suivaient le Souverain, tous très bien montés et armés. Quinze cents 
chevau-légers et gendarmes, l'arme en tête, puis trois mille lansquenets 
terminaient le cortège. 

Malheureusement le goût des festins plus que celui des cortèges se 
retrouvait chez l'héritier des princes dont nous avons vu les fêtes à 
Bruges. Il est, en efifet, certain que les traditions gastronomiques de la 
Cour de Bourgône eurent sur la santé de Charles Quint une détestable 
influence. Par atavisme, il était grand mangeur. De plus il arrosait 



(*) MiGNET. Histoire de Charles Quint, 



76 



généreusement de vin ou de bière le plantureux repas réclamé par un 
estomac toujours afifamé. 

« Dès cinq heures du matin, nous raconte un historien, il se faisait 
servir une volaille préparée avec des épices. A midi le menu comportait 
une vingtaine de plats. Le soir, il soupait deux fois : à huit heures et à 
minuit ». ('). 

Un ambassadeur anglais fut fort surpris, tout anglais qu'il était, de 
le voir à un banquet de la Toison d or, manger successivement de cinq 
ou six grosses viandes « arrosant le tout pour le mieux qu'on avait jamais 
vu, car cinq fois, il vida sa coupe ne buvant jamais moins qu'un litre de 
vin chaque fois. » 

En Espagne, il usait largement de petits et gros poissons, de 
perdrix de Gama qui venaient de chez le Comte d'Osarno, de petits 
jambons vermeilles, de pâtés de toutes sortes, de boudins préparés à la 
flamande, d epices et de condiments. 

Faut-il s'étonner après cela de ses atteintes de gouttes? Son médecin 
n'avait-il pas raison de dire que cette maladie se guérit en fermant la 
bouche ? 

Mais Charles-Quint, pour porter le fardeau de son vaste empire et 
s'occuper de tant de travaux, croyait un semblable régime nécessaire afin 
de soutenir ses forces. 

Hâtons-nous de dire que Charles-Quint avait avec ses ascendants 
d'autres ressemblances sur lesquelles il importe d'insister davantage. 
Car, comme eux, il aimait les arts et protégeait les artistes. Si Philippe le 
Bon visitait familièrement l'atelier de Van Eyck, Charles-Quint aime à 
aller voir travailler le Titien. Philippe le Bon avait attaché van Eyck à 
sa Maison et lui avait fait une pension, Charles-Quint confère au Titien 
un ordre de chevalerie et lui donna deux cents écus d'or par an sur les 
revenus du royaume de Naples. La tradition ne rapporte- t-el le pas aussi 
qu'un jour Charles-Quint ramassa lui-même le pinceau que le Titien 
avait laissé tomber, en disant que « le Titien méritait d'être servi par 
l'Empereur » ? (') 



(*) A. Pichet. Histoire de Charles Quint. 

(•) Le Titien fit son portrait à différents âges, plusieurs fois celui de Tlmpératrice, de 
Philippe II et des filles de Charles-Quint. Qu'il serait intéressant de les réunir momentanément! 

77 



Pour juger des goûts d art de Charles-Quint, il n y a, d'ailleurs, 
qu'à examiner ses armes, compter ses tapisseries ('), voir les tableaux 
qu'il .a amassés et qu'il laissera dans ses palais en Belgique (•) comme 
en Espagne ! Ce qui est plus éloquent encore, c'est l'inventaire de ce 
qu'il emporte dans le Monastère de Yust où il va terminer ses jours 
dans la retraite et la pénitence. Ce qui y domine ce sont des tableaux ! 
Ils y 'figurent au nombre de quatorze. On y mentionne aussi une tapis- 
serie, or, argent et soie, représentant l'Adoration des Mages ! 

Comme chez ses ancêtres encore, toute la conduite de Charles-Quint 
est guidée parties aspirations les plus élevées. « Je ne crois pas, a écrit 
de Thou, que l'on puisse trouver ni dans notre siècle, ni dans les temps 
les plus reculés, un prince qui méritât davantage par la réunion de toutes 
les qualités, de servir de modèle à tous ceux qui veulent s'élever par la 
vertu. En effet, qu'a-t-il manqué à son éloge, soit qu'on remarque sa 
sagesse dans ses projets, sa constance dans les revers et sa modération 
dans les succès... » 

Charles Quint devait donner de cette modération dans lès succès 
l'exemple le plus grand qui fut possible : ayant atteint le faîte des gran- 
deurs humaines, il se décida volontairement à en descendre pour en 
montrer le néant. Il voulut, en oubliant tout ce qu'il avait fait de grand 
et de glorieux, offrir au monde une preuve de son humilité. 

Mais avant de se retirer à Yust, où « aucun bruit des armées, avec 
lesquelles il avait fait tant de fois trembler le monde, ne devait lui par- 
venir et où il allait volontairement oublier ses bataillons bardés de fer et 
ses bannières flottantes », avant de se séparer à jamais du monde, il 
voulut réunir une dernière fois les chevaliers de la Toison d'or. Il les 
plaça près de lui et leur fit de longs et touchants adieux, jusqu'à ce 
qu'épuisé et sans voix, il fut retombé dans son fauteuil. « D'abondantes 
larmes découlaient, dit F. de Rabutin, le long de sa face et lui arrosaient 



(^) On faisait alors d'admirables tapisseries à Bruxelles et à Bruges. Charles-Quint qui s'y 
intéressait spécialement disait : a La Flandre sera riche tant qu'on n'aura pas coupé le pouce de 
ses fileuses ». 

(*) Marguerite d'Autriche trouva à Bruxelles une galerie de 134 tableaux parmi lesquels dix 
van Eyck, un R. van der Weyden, etc. 

78 



sa barbe blanche » . Toute l'assemblée partageait son émotion et pleurait 
avec lui. Les sanglots redoublèrent quand l'Empereur s'écria : « Mes 
chers amis, votre affection me perce le cœur, je vous quitte avec dou- 
leur » ('). 

Tels furent les derniers mots du cinquième Chef et Souverain de la 
Toison d'or, « ce grand empereur qui, écrivait Brantôme, n'a pas eu son 
pareil depuis Charlemagne 1 » Tel fut le dernier acte du grand empereur, 
qui avait l'esprit politique de son grand père Ferdinand le Catholique, 
la noble élévation de son aïeule Isabelle de Castille, la valeur chevale- 
resque de son bisaïeul Charles le Téméraire, le goût des beaux arts de 
ses aïeux Philippe le Bon, Charles le Téméraire et Maximilien d'Au- 
triche ! 

Après avoir rendu hommage à Charles-Quint et après avoir montré 
l'éclat que sa grandeur d'âme, sa vaillance et sa hauteur de vues don- 
nèrent à l'ordre dont il était le Chef et le Souverain, il serait injuste de 
ne pas dire un mot de ceux qui le secondèrent dans les vastes et difficiles 
entreprises d'un règne aussi fécond. 

Car bien que Charles-Quint soit l'astre principal, cependant d'autres 
points lumineux nous apparaissent dans le ciel de son Empire. Autour 
de son trône ou plutôt près de sa tente, se tient tout un état major qui 
porte la Toison d'or ! 

Comme sous Philippe le Bon et Charles le Téméraire, les chevaliers 
choisis par Charles-Quint ont eu à cœur de se distinguer dans tous les 
combats : ils sont devenus les plus intrépides et les meilleurs capitaines 
de ses armées. 

Un chroniqueur illustre, peu porté en sa qualité de Français, en 
faveur de Charles-Quint, des Flamands et des Espagnols, retrace la vie 
des plus grands capitaines de son temps dans un livre qu'il dédie à la 
Reine de France : Rien n'est plus à Thonneur de l'ordre de la Toison 
d'or que la composition de cette glorieuse liste. En effet, la plus grande 
place y est occupée par les noms de ses membres, bien qu'ils soient 
flamands ou espagnols. J'y relève à côté des « hauts faits » de Charles- 
Quint que Brantôme considère comme le premier de tous les capitaines 
de son siècle, celui du duc d'Albe, digne et illustre élève de l'Empereur, 



(*) Histoire de Flandre, par le B" Kervyn de Lettenhove. 



auquel il était si attaché qu'après le décès de Charles-Quint il ne pouvait 
parler de lui sans avoir des larmes dans les yeux ; puis c'est F. F.d'Avalos 
Marquis de Pescayre qui après s'être couvert de gloire à vingt ans à la 
bataille de Ravenne, meurt à trente-six ans « las et cassé de la quantité 
et du poids de ses victoires » , mais digne d'autant plus de louange 
« qu'il ne chercha jamais aucun profit à la guerre mais seulement 
l'honneur » . 

C'est un de ses parents, le Marquis del Gouasto dont les talents 
militaires et la bravoure sont si dignes d'hommage que Charles-Quint 
se démet de son commandement en sa faveur devant Tunis. Le Marquis 
del Gouasto ne put cependant faire respecter par tout le monde l'autorité 
qui venait de lui être conférée, car dans ce combat, malgré ses suppli- 
cations, l'Empereur s'avança si fort, comme un simple soldat au hasard 
des arquebusades et des zagaies des Mores que l'on eût pour lui les 
craintes les plus vives. Le Marquis del Gouasto, comblé d'honneurs et 
victorieux ce jour là, ne s'endormit pas sur ces lauriers. Il avait pris 
cette devise, bien digne des Argonautes et d'un chevalier de la Toison 
d'or : ^fintunt pariter rénovant que labores ». Il resta fidèle jusqu'à sa 
mort à ce précepte « n'ayant jamais cessé ses exploits de guerre et les 
uns faits, allant à d'autres et les renouvellant » . 

La devise du duc Em. Ph. de Savoye « spoliaiis arma super sunt » 
était également bien digne d'un chevalier de la Toison d'or « expert en 
armes » et bien faite pour montrer la grandeur de son caractère coura- 
geux ; dépouillé de ses états, il se consola dans l'honneur et la gloire 
des armes. 

Les traits de bravoure abondent également sur Philibert de Chalon, 
Prince d'Orange, qui suivant l'exemple de Charles-Quint, faisait dans 
les batailles l'office de général, de capitaine et de soldat. Il se fit tuer, 
d'ailleurs ainsi, tout jeune encore, en chargeant l'ennemi « le collier bien 
à découvert » ; et il fut d'autant plus regretté qu'il était aussi « le prince 
le plus libéral et le plus affable du monde » . 

Encore un grand, vaillant et bon capitaine ce René Comte de 
Nassau, blessé également à l'ennemi (') et si grièvement que Charles- 
Quint « alla le voir en son lict, le baisa en sa joue et se retira la larme 



(^) 1 5 juillet 1544. 



80 



à Tœil ». L'empereur aimait également beaucoup Henri de Nassau qui 
montrait les mêmes capacités et le même courage. 

Jean de Ligne Comte d'Arenberg est encore un des « grands et 
vaillants capitaines » cités par Brantôme qui meurt : « tout noble, tout 
courageux », faisant face à Tennemi. 

Quant au Comte de Mansfeld, certain jour devant la désertion de 
ses troupes, il chercha à se faire tuer et n ayant pu y parvenir « il se 
rongea les poings de désespoir ». Il était, au surplus, aussi bon comman- 
dant que brave combattant. Que de porteurs de la Toison d or encore 
dans ce livre de l'honneur et du mérite 1 Citons Philippe, duc de Bavière, 
Comte Palatin qui défend victorieusement Vienne contre Soliman ; à 
côté de lui, Nicolas, comte de Salm, sans oublier l'Empereur Fernand, 
aussi courageux qu'habile, puis Maximilien IL.. 

Voici André Doria « auquel il faut donner cette gloire d'avoir été 
un des plus grands capitaines de mer, qui ait été », nous dit Brantôme; 
vient ensuite Alvares de Toledo, bien digne de « ce grand nom et cette 
grande race de Toledo si illustrée par les hauts faits de tous ceux qui 
en sont sortis qu'à jamais il en sera conservé mémoire »('). Puis c'est 
Cosme de Médicis « valeureux, asseuré et prudent » et Ferdinand de 
Gonzague également prudent et « bening, magnanime, généreux, libéral, 
fort, adroit, gentil, valeureux » ("), G. de Croy, Seigneur de Chièvres, 
ancien précepteur de l'empereur, non moins habile courageux et ver- 
tueux qui « honorait les charges les plus hautes plus qu'elles ne l'ho- 
noraient » . 

Citons encore, toujours avec Brantôme, Charles de Lannoy, le héros 
de Pavie, auquel François I rendit son épée ; Velasco qui eut l'honneur 
d'avoir sous sa garde le roi de France; le Comte d'Egmont le vainqueur 
de S* Quentin et de Gravelines, le Comte de Hornes qui se distingua 
aux mêmes combats ; A. de Croy, seigneur de Beaurain, Don Juan de 
Vega, vice-roi de Sicile ; Don Raymond de Cordonna qui commandait 
les troupes impériales à Ravennes ; Pedro de Médicis, le Comte de 
Furstemberg, Henriquez de Cabrera, Don Fernande d'Arragon, Don 
Gonçalo Fernandez de Cordova, Duc de Terranova, Don Alfonse Felice 



(^) Brantôme. 
(•) Idem. 



8l 



d'Avalos, d'Arragon, Don B. de la Cueva qui eut plusieurs fois la con- 
duite des armées de Charles V ; Sforsa-Sforsa, Manrique de Lara, etc. 
Pendant tout le règne de Charles-Quint — on peut en juger par 
tous ces noms qui se sont imposés à Brantôme — de nobles cœurs bat- 
taient sous Tor des colliers de la Toison d'or, 

Philippe II était Chef et Souverain de la Toison d'or, depuis le 
jour de l'abdication de Charles-Quint et avant la mort de son père — 
suprême joie pour Charles-Quint, — il s'était couvert de gloire par les 
victoires de S* Quentin et de Gravelines. 

Mais, hélas I à ces journées de triomphe succédèrent bientôt des 
jours de deuil. Les défilés des lansquenets vainqueurs firent place aux 
pompes endeuillées d'un convoi funèbre. 

Philippe II fit célébrer à Bruxelles à la mémoire de Charles-Quint, 
un service dont la splendeur rappelle bien les traditions des Ducs de 
Bourgogne et leur amour du faste. Il est vrai que le désir d'honorer la 
mémoire de Charles-Quint explique la magnificence de ces funérailles. 

On vit, en effet, un long et superbe cortège se déployer dans les 
rues de Bruxelles : « Entre autres chars, il y avait un navire très grand 
lequel était tout à l'entour chargé de beaux tableaux représentant ses 
victoires. D'un coté ces mots étaient écrits : « Afrique ruinée, Suedres 
prise, la mer sûre, Tremisen rétabli, Soliman chassé ». Au côté gauche, 
on lisait : « Monde nouveau trouvé. Milan recouvert, l'Allemagne et la 
Bohême appaisés, Moron et Caron forcés, Tunis pris, les captifs ramenés, 
la Foy plantée en Indye. » « Après ce grand vaisseau, marchaient deux 
colonnes posées sur deux grands rochers tirés par des Tritons qui 
disaient qu'à bon droit pour devise il les avait prises, car comme héros, 
il avait dompté les monstres et il avait passé plus oultre. Les colonnes 
portaient ces deux vers : 

« Jure Obi herculeas sumpsisH signa columnas, 
Monstrorum domitur temporis ipse tut. » 

Et • après marchait le roy Philippe II avec son grand deuil et 
derrière lui tous les grands princes et seigneurs qui étaient chevaliers 

82 



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de la Toison d'or, puis les ambassadeurs, tous en deuil avec les 
enseignes et armoiries de tous ces royaumes et seigneuries ». (') 

Des écriteaux et tableaux « faits à l'antique » étaient encore placés 
dans l'église de S*® Gudule pour célébrer les faits et les louanges de ce 
grand empereur dont le fils honorait la mémoire avec un cérémonial si 
pompeux et une piété si louable. 

Un grand désir d'étaler sa munificence semble avoir poussé 
Philippe II à donner également au Chapitre de la Toison d'or, réuni à 
Anvers, l'année suivante, une splendeur qui nous ramène au règne de 
Philippe le Bon ou aux jours du mariage de Charles le Téméraire. 

Nous sommes au 21 janvier iSSç, à trois heures de l'après-midi. 
« Le triomphe s'ébranle pour aller à vêpres. Premièrement marchait un 
héraut à pied pour conducteur. Le clergé à surplis avec les croix précé- 
daient quatre-vingt-cinq prêtres revêtus de chappes de drap d'or, velours, 
damas et autres draps de soies : onze chanoines vêtus de chappes de 
drap d'or venaient ensuite, puis trois abbés portant crosses et douze 
mitres et plusieurs évêques. Et après chevauchaient deux cents gentil- 
hommes accoutrés au possible, qu'ils semblaient les perles de ce monde. 
Après gentils-hommes marchaient à cheval deux huissiers d'armes 
portant sur leurs épaules deux colonnes d'or. Après se montrèrent trente 
six trompettes à cheval. Dix-huit étaient accoutrés de noir et leurs 
trompettes portaient banderole d or à aigle impérial. Les hix-huit autres 
étaient accoutrés des couleurs du roi, de velours jaune bordé de rouge et 
blanc et sur les banderoles de leurs trompettes étaient les armes du Roi. 
Le bruit et la resonnance se démenait en grand triomphe. 

« Les trompettes passées, vinrent à se montrer quatre hérauts 
d'armes, revêtus de leurs cottes d'armes des armes de la majesté du Roi. 

« Après marchaient à cheval les quatres officiers de l'ordre de la 
Toison d'or accoutrés de robes de velours cramoisy doublées de satin 
blanc... Le héraut, nommé Thoison d'or, portait à son col un carquant 
d'or de moult grande valeur car il était large d'une grande palme... 

« Ceux-ci passés se montrèrent en moult bel appareil les chevaliers 
de la Toison d'or... Derrière chaque chevalier marchait à pied plusieurs 



(^) Brantôicb. 



83 



de leurs gentilshommes et serviteurs, tous accoutrés de leurs livrées... 
Et ces chevaliers passés marchaient à pied environ trente pages d'hon- 
neur tous accoutrés entièrement jaunes, la saison de velours bordé et 
blanc. « Après en grande admiration et noble magnitude chevauchait 
seule la Majesté du Roi... Après chevauchaient ceux du Conseil en 
moult grand nombre. » Puis venaient deux cents hallebardiers allemands 
accoutrés jaune rouge et blanc, bonnet de velours jaune avec une plume 
rouge et une blanche, un collier de velours, le pourpoint de velours à 
large manche déchiquetée, pleine de taffetas. L'un des bas des chausses 
était jaune et l'autre bigarré de blanc et rouge •... Deux cents hallebar- 
diers espagnols sont vêtus à peu près de même. Enfin cent archers au 
costume aussi riche fermaient « le triomphe » . 

Quatre ans après, Philippe II réunissait un nouveau Chapitre à Gand 
et « pour augmenter la pompe de pareille fête reformait l'habillement de 
drap de laine noire qu'on avait coutume de porter le jour de la commé- 
moration des morts pour y substituer un de velours noir doublé de 
taffetas et les manteaux de satin noir et les chaperons de même. » 

Toujours « pour augmenter le lustre de cette noble compagnie » et 
marcher sur les traces de ses illustres prédécesseurs, Philippe II fait 
faire à l'Eglise de S* Bavon de somptueux aménagements. Il convoque 
ensuite à la cérémonie cinq évêques, quinze abbés mitres et deux prévôts. 

Quinze chevaliers de la Toison d'or prennent part à ce Chapitre où 
tout se passe avec solennité, où l'on pourvoit à quatorze places va- 
cantes et où le Chef et Souverain montre pour l'Institution le plus grand 
zèle. 

Qui eut soupçonné à ce moment, ces superbes cérémonies d'être les 
dernières de cette longue et glorieuse série et ces délibérations de clôturer 
les réunions capitulaires de la Toison d'or ? 

Par une sorte de coup d'état, Philippe II, s'adressant au Pape, 
obtint de Grégoire XIII un bref l'autorisant à substituer à l'élection des 
chevaliers par leurs confrères, le libre choix du Prince et lui permet- 
tant en même temps de supprimer les réunions et les enquêtes. 

Il paraît évident que ce furent les progrès du protestantisme dans 
les Pays-Bas et les luttes religieuses de cette époque « où le trouble des 



84 




i 



idées trouva de toutes parts un écho dans la violence des faits » (') qui 
décidèrent le monarque absolu qui régnait à TEscurial à modifier aussi 
radicalement les institutions de Tordre. D'autres motifs influencèrent 
encore Philippe IL II n'avait pas pour les voyages le goût de son père 
et son éloignement de la Flandre devint ainsi une seconde raison. On 
peut le regretter et peut-être le lui reprocher. Quoiqu'il en soit, dit 
Brantôme « dom Philippe, roy très catholique encore qu'il n'ayt mis 
le pied à l'étrier tant de fois que Charles V, son père, ni été en 
campagne, ni monté sur mer comme l'empereur, était un très grand 
roy et un grand capitaine » . 

Philippe II avait de ses devoirs et de son honneur les idées les plus 
rigoureuses. On l'entendit s'écrier : « Plutôt me voir mort que consentir 
quelque chose qui soit contre mon honneur » . Ces paroles ne sont-elles 
pas bien dignes d'un Chef et Souverain de la Toison d'or ? 

« Dans tous ses actes, a écrit M. Gachard, Philippe II croyait 
remplir un devoir; son courage était dans sa persévérance ». N'est-ce 
pas là encore, ainsi que le voulait Philippe le Bon, le fondateur de 
l'ordre « fait à l'imitation de Jason », un trait qui rappelle la vaillante 
ténacité des Argonautes ? 

En une autre circonstance, à un négociateur qui lui proposait un 
moyen pour s'emparer des riches états d'un roi, chevalier de la Toison 
d'or, Philippe II répondit : « Comte, ne me parlez plus de cela, car 
j'aimerais mieux perdre toute la Flandre, que de rompre la foy que j'ai 
donnée au roy, mon frère » ('). Peut-on plus noblement pratiquer la 
confraternité exigée par les statuts de l'ordre ? 

Dans sa jeunesse, Philippe II, encore à l'exemple de ses prédéces- 
seurs, avait aimé les tournois, joutes à Bruxelles, à Binche surtout chez 
la reine de Hongrie « où on ne fit jamais partie, sans que le roi d'Es- 
pagne n'en fut et où il acquit la réputation d'être des mieux combattants 
de force et d'adresse, faisant les armes si belles qu'il emportait toujours 
le prix » (^). 



(*) Histoire des Huguenots et des Gueux, par le B» Kervyn de Lettenhove. 
(■) Brantôme. 

(•) Brantôme. Le récit de ces tournois se trouve dans un livre de Calveti de Estrella, 
publié à Anvers en i55a. 

85 



D'ailleurs « Philippe II était de fort bonne grâce, beau et agréable, 
blond et il s'habillait fort bien » ('). 

Ce Souverain n'avait pas seulement hérité du goût de la parure des 
ducs de Bourgogne, mais aussi de leur culte pour l'art. Pendant tout 
son règne, c'est une longue immigration d'œuvres flamandes en Espagne. 
Il y appelle nos peintres, orne les monastères de leurs triptyques. Lui- 
même s'entoure de leurs tableaux dans ce vaste palais de l'Escurial qui 
lui coûte vingt millions et le peintre qu'il préfère est le plus flamand et 
le plus jovial de tous, c'est Jérôme Bosch 1 

Si autour de Charles-Quint, nous avons cru devoir ranger toute une 
pléiade d'illustres capitaines, un même devoir nous oblige à nommer ici 
quelques-uns des hommes de guerre qui continuèrent sous son fils, à 
honorer la Toison d'or par leur vaillance et leurs talents 1 Nous avons 
déjà nommé les vainqueurs de S*-Quentin et de Gravelines, mais nous 
n'avons pas encore cité le vainqueur de Lépante, héritier du génie de 
Charles-Quint, qu'on peut appeler « le dernier héros des croisades » (•) 
et qui mourut à trente deux ans brisé pas les luttes et les combats. Et lui 
aussi unissait à la bravoure, l'amour de l'art, car parmi les objets qu'on 
trouva à son pauvre chevet figuraient des portraits et des œuvres faites 
par les peintres les plus célèbres. (^) 

Il faudrait citer bien d'autres noms : Don Franscisco de Zuniga, 
le duc de Brunswick, le comte d'Oostfrise, don F. d'Avalos Marquis 
de Pescara, Don Carlos d'Arragon, et plusieurs encore pour nous arrêter 
à Albert d'Autriche qui s'efforça, comme le remarque Bentivoglio, de 
faire revivre les vertus de Charles-Quint. . 

C'est avec Albert et Isabelle que se termine le cadre de l'Exposition 
de Bruges : d'un côté Philippe le Bon dont les souvenirs illuminent 
tout le XV® siècle à Bruges et de l'autre le mari de cette princesse 
Isabelle dont les qualités étaient si charmantes, qu'elle était l'idole du 
peuple et que son souvenir fait penser à d'autres princesses... 

Albert et Isabelle, comme Philippe le Bon, aiment et protègent les 



(*) Brantôme. 

(•) Les Huguenots et les Gueux, par le B» Kervyn de Lettenhove. 

O Elles furent détruites par son ami Ottavio Gonzaga. 



86 




Il, ItOl U'ESPAGNK 

héiiut; Royale de BelBÎque). 



arts, et ainsi que le faisait remarquer un de nos grands hommes d'État, 
n'est-il pas curieux de constater que « si Van Eyck fut le peintre et le 
verlat de chambre de Philippe de Bourgogne, Rubens fut le peintre et 
le gentilhomme des archiducs Albert et Isabelle. Et, dans des temps où 
il semblait que la parole ne fut qu'à la force, tous deux ont, à diverses 
reprises, rempli des missions diplomatiques. Le pouvoir de droit divin 
ne croyait pas déroger en se faisant représenter par la royauté du talent. 
C'est là un fsit exceptionnel dans les annales de l'art et il fait honneur à 
notre pays comme aux Souverains qui donnèrent ce grand exemple » ('). 

De Philippe le Bon à Albert d'Autriche, en esquissant cette histoire 
de la Toison d'or, j'ai dû me borner à quelques figures. 

Certes, je les ai choisies parmi celles qui me paraissaient les plus 
belles, suivant en cela le conseil de Pierre de Bourdeille qui disait qu'il 
fallait « imiter ces divins architectes lesquels embellissent leurs bâti- 
ments par les plus orgeuilleux frontispices qu'ils peuvent, soit par la 
matière de leur beau marbre, soit par l'art de leur main ». J'ajouterai, 
avec le même chroniqueur « qu'en cela il m'a été impossible de les 
ensuivre en tout, car les architectes ont la belle matière et l'art » et moi 
j'avais bien les beaux sujets, mais non les moyens de les louer comme 
ils le méritaient. 

Toutefois, ces quelques portraits, placés au frontispice d'un temple 
ou plutôt au seuil d'une Exposition, malgré leur imperfection et leur 
inachèvement, attireront l'attention de tous ceux qui ont le culte des 
souvenirs du passé et des traditions de l'honneur. 

Ils les auront engagé à entrer dans le temple, à apporter leur parti- 
cipation à l'histoire et à la glorification de la Toison d'or et à y rendre 
hommage à ses « hauts faits » . 

Ils auront retrouvé là, comme ressuscites, tous les héros dont le 
souvenir allait se perdre ; puis, avec ces éléments momentanément 
réunis, ils écriront sur des tablettes d'airain la très illustre histoire de 
Tordre de la Toison d'or. Noble et belle entreprise — conforme aux 
intentions du fondateur de l'ordre, aux désirs de tous ses Chefs et 
Souverains — qui ne pouvait être tentée qu'à Bruges 1 



(^) M. Bbbrnabrt, Ministre d'État. Discours au Congrès Archéologique de Bruges, en zgoa. 

87 



Car Bruges, où tout rappelle le XV® siècle, n'était pas seulement le 
cadre indiqué et unique pour cette reconstitution, mais Bruges avait tous 
les droits à préparer de ses mains artistiques et pieuses cette apothéose 1 

N'est-ce pas à Bruges que l'Ordre de la Toison d'or fut fondé? 
N'est-ce pas à Bruges que Philippe le Bon célébra son mariage avec 
Isabelle de Portugal ? N'est-ce pas dans cette ville qu'il eut son plus mer- 
veilleux palais? N'y meurt-il pas et n'y fut-il pas enterré? N'est-ce pas 
à Bruges que Charles le Téméraire épousa, au milieu des fêtes inoublia- 
bles, Marguerite d'York? N'est-ce pas à Bruges que naît Philippe le 
Beau et que succombe Marie de Bourgogne? Les restes de Charles 
le Téméraire et ceux de sa fille ne reposent-ils pas encore sous les 
voûtes élancées de ses églises ? Marguerite d'Autriche n'ordonna-t-elle 
pas que son cœur fut porté dans cette même ville? Charles-Quint, à 
peine émancipé, n'y fait-il pas sa plus joyeuse entrée ? N'est-ce pas 
encore ce grand Empereur qui, en parlant des Brugeois, disait : « Mes 
Flamands »? 

Enfin, tous ces artistes dont la gloire est inséparable de la Toison 
d'or, n'avaient-ils pas choisi Bruges comme leur ville de prédilection ? 
Van Eyck, Memling, Gérard David, les Pourbus etc., ne suivent-ils pas 
dans cette procession vers Bruges, leurs grands et illustres protecteurs ? 

Bruges leur a donc fait fête et sera toute heureuse si l'hospitalité 
qu'elle leur a offerte, contribue, comme tout le fait espérer, à jeter un 
nouveau lustre sur la « noble Thoyson » dont 1'* emprise » eut lieu chez 
elle, sur cet ordre illustre dont les plus belles fêtes se célébrèrent entre 
ses murs, dont les somptueux cortèges se déroulèrent dans ses rues et 
dont les tournois si brillants s'organisèrent sur ses places. 

Elle a revendiqué et revendiquera toujours avec fierté ce passé ; 
elle a voulu et veut le mettre en pleine lumière pour en partager la. glçire 
avec tous les peuples qui donnèrent des chevaliers à la Toison d'or et 
qui vinrent s'inspirer à son art puissant et glorieux I Elle aime à com- 
mémorer ces grands souvenirs et à rappeler tout cet honneur, tout ce 
faste, toute cette prospérité d'an tan pour l'associer, dans une pensée de 
confraternité avec des nations amies, aux meilleures espérances de 
l'avenir ! 

88 



NOMS 



DES CHEFS ET SOUVERAINS ET DES CHEVALIERS 



DE LA 



TOISON D'OR 

DEPUIS 1429, DATE DE LA FONDATION DE l'oRDRE, JUSQU'eN iSSq, 

DATE DU VINGT-TROISIÈME CHAPITRE 



CHEFS ET SOUVERAINS DE UORDRE 

I. PHILIPPE, par la grâce de Dieu, duc de Bourgogne, de Lothier, de 

Brabant et de Limbourg ; comte de Flandres, d'Artois, de Bourgogne 
Palatin et de Namur ; marquis du Sainct Empire ; seigneur de Salins 
et de Malines ; Fondateur, premier Chef et Souverain de Tordre de la 
Toison d'or. 

II. CHARLES, par la grâce de Dieu, duc de Bourgogne, de Lothier, de 

Brabant, de Limbourg et de Luxembourg ; comte de Flandres, d'Artois, 
de Bourgogne Palatin, de Hainau, de Hollande, de Zélande et de 
Namur ; marquis du Sainct Empire, seigneur de Frise, Salins et de 
Malines. 

III. MAXIMILIEN, par la grâce de Dieu, duc d'Autriche, de Bourgogne, de 

Lothier, de Brabant, de Styrie, de Corinthie, de Carniole, de Lim- 
bourg, de Luxembourg et de Gueldres ; comte de Flandres, d'Artois, 
de Bourgogne Palatin, de Hainau, de Hollande, de Zélande, de Namur 
et de Zutphen ; marquis du Sainct Empire ; seigneur de Frise, de Salins 
et de Malines. 

89 



IV. PHILIPPE, par la grâce de Dieu, archiduc d'Autriche ; duc de Bour- 

gogne, de Luthier, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg et de 
Gueldres; comte de Flandres, de Tyrol, d'Artois, de Bourgogne Palatin, 
de Hainau, de Hollande, de Zélande, de Namur et de Zutphen ; mar- 
quis du Sainct Empire ; seigneur de Frise, de Salins et de Malines. 

V. CHARLES, par la grâce de Dieu, roy de Castille, de Léon, de Grenade, 

d'Arragon, de Navarre, des deux Siciles, de Jérusalem, de Valence, de 
Maiorque, de Sardeigne, de Corsique, etc. ; archiduc d'Autriche ; duc 
de Bourgogne, de Lothier, de Brabant, de Styrie, de Corinthie, de 
Carniole, de Limbourg, de Luxembourg et de Gueldres ; comte de 
Flandres, d'Habsburg, de Tyrol, d'Artois, de Bourgogne Palatin et de 
Hainaut ; landgrave d'Alsace ; prince de Suaube et du Sainct Empire ; 
comte de Hollande, de Zélande, de Ferrette, de Kiburg, de Namur et 
de Zutphen; seigneur de Frise, des Marches d'Esclavonie, de Portnauw, 
de Salins et de Malines ; depuis Empereur, V du nom. 

VI. PHILIPPE II, par la grâce de Dieu, roy de Castille, de Léon, d'Arragon, 

d'Angleterre, de France, de Navarre, de Naples, de Sicile, de Maiorque, 
de Sardeigne, des Iles, Indes et terres fermes de la mer océane ; archi- 
duc d'Autriche ; duc de Bourgogne, de Lothier, de Brabant, de Lim- 
bourg, de Luxembourg, de Gueldres et de Milan ; comte de Habsburg, 
de Flandres, d'Artois, de Bourgogne Palatin, de Hainau, de Hollande, 
de Zélande, de Namur et de Zutphen ; prince de Suaube ; marquis du 
Sainct Empire ; seigneur de Frise, de Salins, de Malines, des cités, 
villes et pays d'Utrecht, d'Ourissel et de Groeninghen ; dominateur en 
Asie et en Afrique. 



LISTE DES CHEVALIERS DE LA TOISON D'OR 

A. — Nommés sous le premier chef et souverain de Tordre : Philippe-le-Bon 

I. Messire Guillaume de Vienne, seigneur de St-Georges et de Ste- 

Croix. 

II. Messire Régnier Pot, seigneur de la Prugne et de la Roche-Noulay. 

III. Messire Jean, seigneur de Roubaix et de Herselles. 

IV. Messire Roland de Uutkerke, seigneur de Hemsrode et Herstruut. 

V. Messire Antoine de Vergy, comte de Dampmartin, seigneur de 

Champlite et de Rigny. 

90 



VI. 

VIL 

VIII. 

IX. 

X. 

XI. 
XII. 

XIII. 

XIV. 

XV. 

XVI. 

XVII. 

XVIII. 

XIX. 

XX. 

XXI. 

XXII. 

XXIII. 

XXIV. 

XXV. 

XXVI. 

XXVII. 

XXVIII. 

XXIX. 

XXX. 

XXXI. 

XXXII. 

XXXIII. 

XXXIV. 

XXXV. 

XXXVI. 

XXXVII. 
XXXVIII 
XXXIX. 



Messire David de Brimeu, seigneur de Ligny. 

Messire Hue de Lannoy, seigneur de Santés. 

Messire Jean, seigneur de Commines. 

Messire Antoine de Toulinion, seigneur de Traues et de la Bastie. 

Messire Pierre de Luxembourg, comte de St-Paul, de Conversan et 

de Brienne, seigneur d'Enghien. 
Messire Jean de la Trimouille, seigneur de lonuelle. 
Messire Guillebert de Lannoy, seigneur de Vuillerual et de Tron- 

chiennes. 
Messire Jean de Luxembourg, comte de Ligny, seigneur de Beau- 

reuoir et de Bouhaing. 
Messire Jean de Villers, seigneur de Lilleadam. 
Messire Antoine, seigneur de Croy et de Renty. 
Messire Florimond de Brimeu, seigneur de Massincourt. 
Messire Robert, seigneur de Masmines. 
Messire Jacques de Brimeu, seigneur de Grigny. 
Messire Baudouin de Lannoy, dit le Bègue, seigneur de Molembais. 
Messire Pierre de Beffroimont, seigneur de Charny. 
Messire Philippe, seigneur de Ternant et de la Motte. 
Messire Jean de Croy, seigneur de Tour-sur-Marne. 
Messire Jean, seigneur de Créquy et de Canaples. 
Messire Jean de Neufchastel, seigneur de Montaigu. 
Messire Frideric, dit Valeran, comte de Meurs. 
Messire Simon de Lalain, seigneur de Santés. 
Messire Andrieu de Toulonion, pèlerin à la Terre Saincte, où il 

mourut sans auoir receu le collier. 
Messire Jean de Melun, seigneur d'Antoing et d'Espinoy. 
Messire Jacques, seigneur de Crevecœur. 
Messire Jean de Vergy, seigneur de Fonuens et de Vignorry. 
Messire Guy de Pontailliè, seigneur de Tallemè. 
Messire Baudot de Noyelles, seigneur de Casteau. 
Messire Jean, Bastard de Luxembourg, seigneur de Haubourdin. 
Messire Charles de Bourgogne, comte de Charolois. 
Messire Roprect, comte de Vernenburg. 
Messire de Thiebauld, seigneur de Neufchastel et de Chastel-sur- 

Meuselle. 
Messire Charles, duc d'Orléans et de Valois. 
Messire Jean, duc de Bretagne, comte de Montfort. 
Messire Jean, duc d'Alençon, comte de Perche. 



91 



XL. 
XLI. 

XLII. 

XLIII. 

XLIV. 

XLV. 

XLVI. 

XLVII. 

XLVI II 

XLIX. 

L. 

LI. 

LIL 

LUI. 

LIV. 

LV. 
LVL 

LVII. 

LVIII. 
LIX. 

LX. 

LXI. 

LXIL 



Messire Matthieu de Foix, comte de Comminges. 

Treshaut et tresexellent, prince, don Alphonse, Roy d'Arragon, 

V du nom. 
Messire Franc de Borsele, comte d'Ostreuant. 
Messire Regnauld, seigneur de Brederode et de Viane. 
Messire Henry de Borsele, seigneur de la Vere, comte de Grandpré. 
Messire Jean, seigneur et Ber d'Auxi. 
Messire Drieu, seigneur de Humieres. 
Messire Jean, duc de Cleves, comte de la Marck. 
Messire Jean de Guevara, comte d'Ariano. 
Don Pedro de Cardona, comte de Golisano. 
Messire Jean, seigneur de Lannoy. 
Messire Jacques de Lalain, seigneur de Bugnicourt. 
Messire Jean de Neufchastel, seigneur de Montaigu. 
Messire Jean de Bourgogne, comte d'Estampes, seigneur de Dour- 

dain. 
Messire Antoine, Bastard de Bourgogne, comte de la Roche-en- 

Ardenne. 
Messire Adolphe de Cleves, seigneur de Ravestein. 
Messire Jean de Coymbre, prince d'Antioche, Régent du royaume 

de Cypre. 
Treshaut et tresexellent prince, don Jean, Roy d'Arragon et de 

Navarre, II du nom. 
Messire Adolphe, jeune duc de Gueldres, comte de Zutphen. 
Messire Thiebauld, seigneur de Neufchastel et de Chastel-sur- 

Meuselle, Mareschal de Bourgogne. 
Messire Philippe Pot, seigneur de la Roche-Noulay. 
Messire Louys de Bruges, seigneur de la Grutuse. 
Messire Guy, seigneur de Roye. 



B. — Nommés sous le deuxième chef et souverain de Tordre : 

Charles-le-' 



LXIII. 

LXIV. 

LXV. 

LXVL 



Treshaut et tresexellent et trespuissant prince, Edouard Roy 

d'Angleterre, IV du nom. 
Messire Louys de Chalon, seigneur de Chateâu-Guyon. 
Messire Jean de Damas, seigneur de Clessy. 
Messire Jacques de Bourbon, frère du duc de Bourbon. 



92 



LXVII. 

LXVIII. 

LXIX. 

LXX. 

LXXI. 

LXXII. 

LXXIII. 

LXXIV. 

LXXV, 

LXXVI. 

LXXVIL 



Messire Jacques de Luxembourg, seigneur de Richebourg. 

Messire Philippe de Savoye, comte de Baugey, seigneur de Bresse. 

Messire Philippe de Crevecœur, seigneur d'Esquerdes. 

Messire Claude de Montaigu, seigneur de Couche. 

Treshaut et tresexellent prince, don Fernande, Roy de Sicile, prince 

d'Arragon et de Castille. 
Treshaut et tresexellent prince, don Fernande, Roy de Naples. 
Messire Jean de Rubempré, seigneur de Bieure. 
Messire Philippe de Croy, comte de Chimay. 
Messire Jean de Luxembourg, comte de Marie. 
Messire Guy de Brimeu, comte de Meghem, seigneur de Humber- 

court. 
Messire Engelbert, comte de Nassau, seigneur de Breda. 



G. — Nommés sous le troisième clief et souverain de Tordre : 

Maximilien d'Autriche. 



LXXVIII. Messire Guillaume, seigneur d'Egmond. 

LXXIX. Messire Wolfart de Borsele, comte de Grandpré, seigneur de la Vere. 

LXXX. Messire Josse de Lalain, seigneur de Montigny. 

LXXXI. Messire Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes. 

LXXXII. Messire Philippe de Bourgougne, seigneur de Beures. 

LXXXIII. Messire Pierre de Luxembourg, comte de St-Paul, de Conuersan 

et de Brienne. 
LXXXI V. Messire Jacques de Savoye, comte de Romont. 
LXXXV. Messire Bertremy de Liektenstein, grand Maistre d'Hostel d'Au- 
triche. 
LXXXVL Messire Claude de Toulonion, seigneur de la Bastie. 
LXXXVIL Messire Jean, seigneur de Ligne. 
LXXXVI IL Messire Pierre de Hennin, seigneur de Boussu. 
LXXXIX. Messire Baudouin de Lannoy, seigneur de Molembais. 

Messire Guillaume de la Baume, seigneur d'Irlain. 

Messire Jean de Berghes, seigneur de Walain. 

Messire Martin, seigneur de Polheim. 

Messire Philippe d'Autriche, comte de Charrolais, depuis roi 
d'Espagne, premier du nom. 



LXL. 
LXLL 
LXLIL 
LXLIIL 



93 



D. 



LXLIV. 

LXLV. 

LXLVI. 

LXLVII. 

LXLVIII. 

LXLIX. 

C. 

CI. 

CIL 

cm. 
civ. 
cv. 

CVL 
CVII. 
CVIII. 
CIX. 

ex. 

CXI. 

CXII. 

CXIII. 

CXIV. 

CXY. 



CXVI. 
CXVII. 
CXVIII. 
CXIX. 

cxx. 

CXXI. 



- Nommés sous le quatrième chef et souverain de Tordre : 

Philippe«le«Beau. 

Messire prince Frédéric d'Autriche, empereur des Romains, tou- 
jours Auguste, III du nom, et roi de Hongrie. 

Très haut et puissant Henry, VII du nom, roi d'Angleterre, seigneur 
d'Irlande. 

Haut et puissant prince Albert, duc de Saxe. 

Messire Henry de Withem, seigneur de Bersele. 

Messire Pierre de Lannoy, seigneur de Fresnoy. 

Messire Everard, comte de Wirtemberq. 

Messire Claude de Neufchastel, seigneur du Fay. 

Messire Jean, comte d'Egmond, seigneur de Baer. 

Messire Christophe, marquis de Baden. 

Messire Jean de Cruninghem, seigneur de Pamele. 

Messire Charles de Croy, prince de Chimay, vicomte de Limoges. 

Messire Guillaume de Croy, seigneur de Chieures. 

Messire Hughes de Melun, seigneur de Hendine, vicomte de Gand. 

Messire Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes. 

Messire Wolfgang, seigneur de Polheim. 

Messire Eitelfrich, comte de Zollern. 

Messire Cornile de Berghes, seigneur Zeuemberghes. 

Messire Philippe Bastard de Bourgogne, Admirai, seigneur de 
Sommerdick. 

Messire Michel de Croy, seigneur de Sempy. 

Messire Jean de Luxembourg, seigneur de Ville. 

Messire Charles d'Autriche, duc de Luxembourg, depuis roi d'Es- 
pagne I du nom, empereur V du nom. 

Très haut, très excellent et tiès puissant prince Henry, prince de 
Galles, duc de Cornuaille, comte de Septe depuis roi d'Angle- 
terre, VIII du nom. 

Messire Paul, seigneur de Licktenstein. 

Messire Charles, seigneur de Lalain. 

Messire Wolfgang, comte de Furstemberg. 

Don Jean Manuel, seigneur de Belmonte de Campos, et de Zebrico 
de la Torre. 

Messire FlorisM'Egmond, seigneur d'Isselstein. 

Messire Jacques comte de Hornes. 



94 



CXXII. 

CXXIII. 

CXXIV. 



Messire Henry, comte de Nassau. 
Messire Ferry de Croy, seigneur de Reux, 
Messire Philibert, seigneur de Vere. 



£. — Nommés sous le cinquième chef et souverain de Tordre : 

Charles-Quint. 



cxxv. 

CXXVI. 

CXXVII. 

CXXVIII. 

CXXIX. 

cxxx. 

CXXXI. 
CXXXII. 

CXXXIII. 
CXXXIV. 

cxxxv. 

CXXXVL 

CXXXVII. 
CXXXVIII 
CXXXIX. 
CXL. 

CXLI. 

CXLIL 

CXLIII. 

CXLIV. 

CXLV. 

CXLVI. 

CXLVII. 

CXLVIII. 

CXLIX. 

CL. 

CLI. 



Très haut, très excellent et très puissant prince François, roi de 

France, I du nom. 
Don Fernande, Infante d'Espagne, archiduc d'Autriche, depuis 

Empereur, I du nom. 
Messire Frideric, comte Palatin, duc de Bavière, Electeur. 
Messire Jean, seigneur de Brandemburq. 
Messire Guy de la Baume, comte de Montreuel. 
Messire Hoies, comte de Mansfeld. 
Messire Laurent de Gozzevod, baron de Marnay. 
Messire Philippe de Croy, comte de Porcean. 
Messire Jacques de Gavre, seigneur de Fresin. 
Messire Antoine de Croy, seigneur de Thou et de Sempy. 
Messire Antoine de Lalain, seigneur de Montigny, 
Messire Charles de Lannoy, seigneur de Senzelle. 
Messire Adolphe de Bourgogne, seigneur de Beures. 
Messire Philibert de Chalon, prince d'Orange. 
Messire Félix, comte de Werdenberq. 
Très haut, très excellent et très puissant prince Emanuel, roi de 

Portugal, I du nom. 
Messire Très haut, très excellent et très puissant prince Louys, 

roi de Hongrie. 
Messire Michel, seigneur de Wolkenstein. 
Messire Maximilien de Hornes, seigneur de Gaesbecke. 
Messire Guillaume, seigneur de Ribaupierre. 
Messire Jean, baron, seigneur de Trazegnies. 
Messire Jean, seigneur de Wassenare, vicomte de Leide. 
Messire Maximilien de Berghes, seigneur de Zeuemberghes. 
Messire François de Melun, comte d'Espinoy. 
Messire Jean, comte d'Egmond. 
Don Fadrique de Toledo, duc d'Albe. 
Don Diego Lopez Pacheco, duc d'Escalona. 



95 



CLII. 

CLIII. 

CLIV. 

CLV. 

CLVL 

CLVIL 

CLVIII. 

CLIX. 

CLX. 

CLXL 

CLXII. 

CLXIIL 
CLXIV. 

CLXV. 

CLXVL 
CLXVII. 

CLXVIII. 

CLXIX. 

CLXX. 

CLXXI. 

CLXXII. 

CLXXIIL 

CLXXIV. 

CLXXV. 

CLXXVI. 

CLXXVIL 

CLXXVI II. 

CLXXIX. 

CLXXX. 

CLXXXI. 



Don Diego Hurtado de Mendoca, duc de l'Infantadgo. 

Don Inigo de Velasco, duc de Prias, Connesbles de Castille. 

Don Alvaro de Zuniga, duc de Vejar. 

Don Antonio Mann que de Lara, duc de Najara. 

Don Fernande Remonfolk, comte de Cardona. 

Don Pedro Antonio San-Severino, duc de San-Marco, prince de 

Bisignano. 
Don Fadrique Henriquez de Cabrera, comte de Modica, Ad- 
mirai de Castelle. 
Don Alvaro Ferez Osorio, Marquis d'Astorgo, comte de Tras- 

tamera. 
Très haut, très excellent et très puissant prince Christierne roi 

de Danemark, II du nom. 
Très haut, très excellent et très puissant prince Sigimond, roi de 

Pologne, I du nom. 
Messire Jacques de Luxembourg, comte de Gaure, seigneur de 

Fiennes. 
Messire Adrien de Croy, seigneur de Beaurain. 
Très haut, très excellent et très puissant Jean, roi de Portugal, 

III du nom. 
Très haut, très excellent et très puissant prince Jacques, roi 

d'Ecosse, V du nom. 
Don Fernande d'Arragon, duc de Calabre, vice-roi de Valence. 
Don Pedro Hernandez de Velasco, duc de Frias, connestable de 

Castilles. 
Haut et puissant prince Philippe, duc de Bavière. 
Haut et puissant prince Georges, duc de Saxe. 
Don Bertrand de la Cueva, duc d'Albriquerque. 
Messire André Doria, prince de Melfî. 
Don Philippe d'Autriche, depuis roi d'Espagne, II du nom. 
Messire Regnauld, seigneur de Brederode. 
Don Ferrante Gonzaga, duc d'Ariano, prince de Molfetta. 
Messire Nicolas, comte de Salme. 

Messire Claudes de la Baume, seigneur de Saint-Sorlin. 
Messire Antoine, marquis de Berghes, comte de Walhaim. 
Messire Jean de Hennin, seigneur de Boussu. 
Messire Charles, comte de Lalain. 
Messire Louys de Flandres, seigneur de Praet. 
Messire Georges Schenck, seigneur de Tautenburg. 



96 



CLXXXII. 

CLXXXIII. 

CLXXXIV. 

CLXXXV. 

CLXXXVI. 

CLXXXVII. 

CLXXXVI II 

CLXXXIX. 

CXC. 

CXCI. 

CXCII. 

CXCIII. 

CXCIV. 

cxcv. 

CXCVI. 
CXC VIL 
CXCVI IL 
CXCIX. 

ce. 

CCI. 
CCII. 
CCIII. 
CCIV. 

ccv. 

CCVI. 

CCVIL 
CCVI IL 
CCIX. 



Messire Philippe de Lannoy, seigneur de Santés et de Roulain- 

court. 
Messire Philippe de Lannoy, seigneur de Molembais. 
Don Alfonso d'Avalos, marquis du Guasto. 
Don Francisco de Zuniga, comte de Miranda. 
Messire Maximilien d'Egmond, comte de Buren. 
Messire René de Chalon, prince d'Orange, comte de Nassau. 
. Très haut, très excellent et très puissant prince Maximilien, roi 
de Bohème, archiduc d'Autriche; depuis empereur, II du nom. 

Don Inigo Lopez de Mendoça, duc de l'Infantadgo. 

Don Fernando Alvarez de Toledo, duc d'Albe. 

Messire Cosme de Médicis, duc de Florences. 

Haut et puissant prince, le duc Albert de Bavière. 

Haut et puissant prince Emanuel Philibert, duc de Savoye, 
prince de Piémont. 

Messire Octave Farnèze, duc de Camerin. 

Don Manrique de Lara, duc de Najara. 

Messire Frideric, comte de Fustemberg. 

Messire Philippe de Lannoy, prince de Sulmone. 

Messire Joachim, seigneur de Rye. 

Messire Ponthus de Lalain, seigneur de Bugnicourt. 

Messire Lamoral, comte d'Egmont, prince de Gaure, seigneur 
de Gaesbecke. 

Messire Claude de Vergy, baron de Champlite. 

Messire Jacques de Ligne, comte de Fauquemberghe. 

Messire Philippe de Lalain, comte de Hoochstrate. 

Messire Maximilien de Bourgogne, seigneur de Beures. 

Messire Pierre Erneste, comte de Mansfeld. 

Messire Jean de Ligne, comte d'Arenberghe, seigneur de Bar- 
bançon. 

Messire Pierre, seigneur de Werchin, senechal de Hainaut. 

Messire Jean de Lannoy, seigneur de Molembais. 

Don Pedro Fernandez, de Cordova, comte de Ferîa. 



F. — Nommés sous le sixième chef et souverain de Tordre : Philippe IL 



CCX. 



Haut et puissant prince Henry le Jeune, duc de Brunswick, et 
de Luneburg. 



97 



CCXI. 
CCXII. 
CCXIII. 
CCXIV. 

ccxv. 

CCXVI. 

CCXVIL 
CCXVIII. 

CCXIX. 

ccxx. 

CCXXI. 
CCXXII. 

CCXXIII. 
CCXXIV. 

ccxxv. 

CCXXVI. 
CCXXVII. 
CCXXVIII. 
CCXXIX. 

ccxxx. 

CCXXXI. 

CCXXXII 

CCXXXIIL 

CCXXXIV. 

ccxxxv. 



Haut et puissant prince Ferdinande, Archiduc d'Autriche, 

comte de Tyrol. 
Messire Philippe de Croy, duc d'Arschot, prince de Chîmay, 

comte de Porcean et de Sinneghem. 
Don Gonçalo Fernandez de Cordova, duc de Sesa et de Terra- 
nova, comte de Cabra. 
Don Charles d'Autriche, prince d'Espagne. 
Don Louys Henriquez de Cabrera, duc de Médina de Rio- 

Secco, comte de Modica, Admirai de Castille. 
Alfonso de Cordova, d'Arragon, duc de Cardona et de Segorbe 

(mort sans avoir eu le collier) . 
Messire Charles, baron de Berlaymont, seigneur de Perweys. 
Messire Philippe de Stavele, baron de Chaumont, seigneur de 

Glajou. 
Messire Charles de Brimeu, comte de Meghem, seigneur de 

Humbercourt. 
Messire Philippe de Montmorency, comte de Homes. 
Messire Jean, Marquis de Berghes, comte de Walhain. 
Messire Guillaume de Nassau, prince d'Orange, seigneur de 

Breda. 
Messire Jean de Montmorency, seigneur de Courrières. 
Messire Jean, comte d'Oostfrise, seigneur de Durbuij. 
Messire Vladislas, baron de Bernstein. 
Messire François Fernande d'Avalos, d'Aquino, marquis de 

Pescara et du Guasto. 
Messire Antoine Doria, marquis de San-Stephano, seigneur de 

Ginosa. 
Messire Sforça Sforça, comte de Santo-Fiora, marquis de Varzi, 

seigneur de Castello Arquato. 
Très haut, très excellent et très puissant prince François, roi de 

France, H du nom. 
Messire Guido Baldo de Montfeltre, de la Rovere, duc d'Urbin. 
Messire Marc-Antoine Colona, duc de Tagliacozzo, et Paliano, 

grand Connéstable de Naples. 
Messire Philippe de Montmorency, seigneur d'Achicourt. 
Messire Baudouin de Lannoy, seigneur de Turcoing. 
Messire Guillaume de Croy, marquis de Renty. 
Messire Floris de Montmorency, seigneur de Montigny. 



98 



CCXXXVI. 

CCXXXVII. 
CCXXXVIII. 
CCXXXIX. 
CCXL. 

CCXLL 

CCXLIL 

CCXLIIL 



CCXLIV. 



CCXLV. 



CCXL VI . 

CCXLVII. 

CCXLVIII. 

CCXLIX. 

CCL. 

CCLI. 

CCLII. 

CCLIII. 
CCLIV. 
CCLV. 

CCL VI. 

CCLVII. 



Messire Philippe comte de Ligne et de Fauquemberghe, sei- 
gneur de Wassenare. 
Charles de Lannoy, prince de Sulmone. 
Antonis de Lalain, comte de Hoochstrate. 
Joachim, baron de Neuhaus, grand Chancelier de Bohème. 
Très haut, très excellent et très puissant prince Charles, roi de 

France, IX du nom. 
Don Juan d'Autriche, lieutenant, gouverneur et capitaine 

général des Pays-Bas. 
Haut et puissant prince Erich, duc de Brunswick, et de 

Luneburg. 
Très haut, très excellent et très puissant prince Rodolphe, 

empereur des Romains, roi de Hongrie et de Bohème, II du 

nom. 
Don Jean, duc de Bragance, et de Barcellos, connestable de 

Portugal. 
Don Alfonso Perez de Guzman el Bueno, duc de Medina- 

Sidonia, marquis de San Lucar de Verameda, comte de 

Niebla. 
Don Philippe de Autriche, prince d'Espagne, depuis. Roi, 

III du nom. 
Haut et puissant prince Charles Emanuel, duc de Savoye, 

prince de Piémont. 
Don Louis Henriquez de Cabrera, duc de Médina de Rio- 

Secco, comte de Modica, Admirai de Castille. 
Don Louis de la Cerda, duc de Medina-Celi, marquis de 

Cogoolludo. 
Haut et puissant prince Charles, archiduc d'Autriche. 
Haut et puissant prince Erneste, archiduc d'Autriche. 
Haut et puissant prince Guillaume, comte palatin du Rhein, 

duc des deux Bavières. 
Don Francisco Cosme de Médicis, duc de Florence. 
Messire Alexande Farnèse, duc de Parme et de Plaisance. 
Messire Francisco Maria Feltrio de la Rovere, duc d'Urbin, 

seigneur de Pesaro, et de Senogaglia. 
Messire Vespasian Gonzaga Colona, duc de Sabioneta et de 

Trajetto. 
Don Carlos d'Arragon, duc de Terranova, prince de Castel- 

beltran. 



99 



CCLVIII. 



CCLIX. 

CCLX. 
CCLXI. 

CCLXII. 
CCLXIII. 

CCLXIV. 

CCLXV. 

CCLXVL 
CCLXVII. 



Don Diago Hernandez de Cordova, duc de Cardona, marquis 

de Comares. 
Messire Honorato Caetano, duc de Sermoneta, seigneur de 

Bassiano. 
Messire Vincent Gk)nzaga, duc de Mantone et de Montferrat. 
Don Inigo Lopez de Mendoça, duc de l'Infantadgo, marquis de 

Cenete. 
Ivan Fernandez Placheco, duc d'Escalona. 
Haut et puissant prince Mathias, archiduc d'Autriche, depuis 

empereur, I du nom. 
Haut et puissant prince Ferdinande, archiduc d'Autriche, 

depuis empereur, H du nom. 
Haut et puissant prince Sigismond Batory, prince de Tran- 
sylvanie. 
Don Pedro de Medicis, frère du duc de Florence. 
Messire Guillaume Ursin de Rosemberq, souverain Burgrave 

de Bohème. 
CCLXVni. Messire Léonard, baron de Harrach, de Rorau, de Pirhenstein, 

grand maréchal héréditaire d'Autriche. 
Don Horatio de Lannoy, prince de Sulmone. 
Messire Marc de Rye, marquis de Varambon, comte de Varax 

et de la Roche. 
Messire Maximilien, comte d'Oostfrise, seigneur de Durbuy. 
Messire Charles de Ligne, comte d'Aremberghe, baron de 

Zeuemberghes. 
CCLXXHL Messire Floris, comte de Berlaymont. 

Messire Philippe, comte d'Egmond, prince de Gaure et de 

Steenuyse, baron de Fiennes. 
Messire Emanuel de Lalain, marquis de Renty, viscomte de 

Bourbourg, baron de Montigny. 
Messire Robert de Melun, prince d'Espinoy, marquis de Rou- 

baix, (mort sans avoir reçu le collier). 
CCLXXVn. Don Alfonse Felice d'Avalos, d'Arragon, marquis du Guasto et 

de Pescara. 
CCLXXVHL Messire François de Vergy, comte de Champlite, baron et 

seigneur d'Autrey. 
CCLXXIX. Don Francisco de Santapau, prince de Butera, 
CCLXXX. Messire Jean, baron de KeuenhuUer, grand écuyer héreditair 

de Carinthie, 



CCLXIX. 
CCLXX. 

CCLXXL 

ccLxxn. 



CCLXXIV. 



CCLXXV. 



CCLXXVL 



lOO 



Chanceliers 



CCLXXXL 

CCLXXXII. 

CCLXXXIII. 

CCLXXXIV. 

CCLXXXV. 

CCLXXXVL 

CCLXXXVII. 

CCLXXXVIIL 

CCLXXXIX. 



Jean Germain. 

Guill. Fillastre. 

Ferry de Clugny. 

Jean de Lannoy. 

Henri de Berghes. 

Philibert Naturel. 

Jean Lescot. 

Philippe Nigri. 

Viglius A3^ta de Zuichem. 



Trésoriers 



CCXC. 

CCXCI. 

CCXCII. 

CCXCIII. 

CCXCIV. 

CCXCV. 

CCXCVI. 

CCXCVII. 

CCXBVIII. 

CCXCIX. 

CGC. 

CCGI. 



Guy Guilbert ou Guillebaut. 

Pierre de Bladelin ou Leestmakere. 

Guillaume de Clugny . 

Jean Gros. 

Nicolas de Gondeval. 

Louis Quarré. 

Philippe Hanneton. 

Jean Micault. 

Henri Sterck. 

Gérard de Veltwyck. 

Pierre Boisot. 

Charles de Tisnacq. 



Rois d'Armes 



cccn. 

cccni. 

CCCIV. 
CCCV. 
CGC VI. 

cccvn, 

CCCVIII. 



Jean Lefebvre de St-Remy. 

Gilles Gobet. 

Thomas Isaacq. 

François, Bâtard de Fallez ou Fallais. 

Antoine de Beaulincourt. 

Nicolas, Bâtard de Hamme. 

Claude Marion. 



lOI 



Grieffiers 



CCCIX. Jean Hibert. 

CCCX. Martin de Steenberch, 

CCCXI. Charles Soillot. 

CCCXII. Christophe Mertens. 

CCCXI IL Louis Lebrun. 

CCCXIV. Laurent du Blioul. 

CCCXV. Nicolas Nicolaï. 

CCCXVI. Joseph de Cortewille. 



I02 



LIBRAIRIE NATIONALE D'ART ET D'HISTOIRE 

G. VAN OEST & Co, ÉDITEURS 

i6, RUE DU MUSÉE, BRUXELLES 

Extrait du Catalogue 
PETER BRUEGEL F Ancien 

SON ŒUVRE ET SON TEMPS 

PAR René VAN BASTELAER et Georges H. DE LOO 

Beau volume, gr. in-4°, imprimé sur papier de Hollande de la Manufacture Royale de 
Heelsum, filigrane au nom de Bruegel, et contenant plus de loo planches, toutes hors texte, 
exécutées en héliogravure, en héliotypie et en typogravure, d'après les tableaux, les dessins 
originaux et les estampes gravées d'après ou par Peter Bruegel TAncien. Le seul ouvrage 
publié à ce jour sur le grand Maître flamand du XVP siècle. 

Le texte de Touvrage, dû à la plume de deux érudits, M. R. van Bastelaer, conservateur 
des Estampes à la Bibliothèque royale de Bruxelles, et M. Georges H. de Loo, le savant 
auteur du « Catalogue critique de TExpositition des Primitifs flamands à Bruges en 1902 », 
comprend trois parties distinctes : 

I** Une étude sur Peter Bruegel T Ancien, son œuvre et son temps. 

2° Une étude et le Catalogue raisonné de Toeuvre dessiné du Maître et des estampes 
gravées par ou d'après lui. 

3° Une étude et le Catalogue de Tœuvre peint de Peter Bruegel TAncien. 

Prix de Touvrage : 100 frs. 

Troubles en Flandre et dans les Pays-Bas 

au XVI^ siècle 

par Marc VAN VAERNEWIJCK. — Traduction française par Hermann VAN DUYSE 

Les Mémoires de Marc Van Vaernewijck, ce simple bourgeois dq Gand relatant au 
XVP siècle les hauts et bas faits qu*il voyait s'accomplir autour de lui, obtinrent un tel succès 
que la première édition française, publiée en 1873 par les soins de la Société des Bibliophiles 
flamands, fut épuisée en quelques jours. Cédant aux sollicitations de nombreux bibliophiles 
et érudits, M. Maurice de Smet de Naeyer en publia une nouvelle édition, richement 
illustrée, en grand format et d'un aspect luxeux. Cette nouvelle édition contient, en effet, une 
abondante illustration, empruntée pour la presque totalité à des dessins et des estampes 
gravées, de Tépoque même que décrivent les mémoires de M. Van Vaernewijck. Les œuvres 
des plus grands peintres et graveurs de cette époque ont été mises à contribution pour les 
besoins de cette publication, tels : Pierre Bruegel le Vieux, J. Amman, A. Durer, Lucas 
Cranach le Vieux, Guicciardini, J. Wierix, Hondius, Stradanus, Hans Burgkmair, A. Sande- 
rus, Holbein, Crispin de Passe, etc. etc. Ces illustrations reproduisent de nombreuses vues 
de villes et de monuments, des portraits, des caricatures, des costumes, des scènes de métiers, 
des armoiries exactement reproduites d'après des manuscrits authentiques du XVP siècle, etc. 

Les « Troubles en Flandre et dans les Pays-Bas au XVI* siècle », par Marc Van Vaerne- 
wijck, forment deux forts volumes in-4°, imprimés à 41 5 exemplaires seulement, numérotés 
de I à 4i5. Chaque volume contient 25 planches hors texte, la plupart en couleurs, 100 plan- 
ches illustrées et environ 25o reproductions dans le texte, en typogravure. 

Prix de TouTrage complet: 70 francs. 



Tapisseries et Sculptures Bruxelloises 

à l'Exposition d'Art ancien 

BRUXELLES — JuiUet-Septembre 1905 

par Joseph DESTRÉE 

Consen^ateur aux Musées Royaux des Arts Décoratifs et Industriels, 

L'admirable exposition d'Art Ancien Bruxellois, organisée à Bruxelles en igoS, a donné 
lieu à la publication de cet ouvrage, entièrement consacré aux fameuses tapisseries bruxelloi- 
ses et aux chefs-d'œuvre de la sculpture brabançonne. L'ouvrage contient 5o planches 
in-folio, dont 4 coloriées à la main, d'après les originaux. 40 planches environ reproduisent 
les plus belles tapisseries exposées, parmi lesquelles il convient de citer : Le Triomphe du 
Christ^ appartenant à M. Pierpont Morgan ; La Présentation de Jésus-Christ au Temple^ 
appartenant à Martin Leroy ; L'Episode de VHistoire du jeune Tobie^ à M"" la Marquise 
Arconati-Visconti, et de nombreuses autres tapisseries, faisant partie de collections publi- 
ques, telles que le Musée de la Manufacture des Gobehns, à Paris, le South Kensington 
Muséum, à Londres, le Musée de Cluny, le Musée du Louvre, à Paris, les Musées Royaux 
du Cinquantenaire, à Bruxelles, la Ville de Bruxelles, etc. et de nombreuses collections 
privées. Parmi les sculptures, citons : le Retable de Lombeek, le Retable de FHôtel de Ville de 
Bruxelles^ le Retable de St. Georges, etc. 

M. Joseph Destrée, l'éminent conservateur des Musées Royaux du Cinquantenaire, à 
Bruxelles, a bien voulu se charger de rédiger le texte de cet ouvrage. Ses précédents travaux 
sur les tapisseries et les cartonniers bruxellois, ainsi que sur la sculpture brabançonne, le 
désignaient particulièrement pour cette oeuvre. Son étude, très documentée, très claire, 
intéressera vivement les érudits et les nombreux amateurs d'anciennes tapisseries flamandes. 

Le prix de l'ouvrage, en portefeuille ou relié, au gré du souscripteur, est fixé, par 
souscription, à 75 francs. 

Le tirage est limité à 400 exemplaires numérotés. 



L'AKT MOSAN 

des premiers temps chrétiens à la fin du XVIII^ siècle 

par JULES HELBIG 

Directeur de la Revue de l'Art Chrétien, 
publié par les soins de J. Brassinne, Sous-Bibliothécaire de TUniversité de Liège. 

Dans ce nouvel ouvrage, couronnement de sa carrière, l'éminent auteur traite des diver- 
ses manifestations de l'Art au Pays de Liège et sur les bords de la Meuse : Architecture, 
Sculpture, Gravure, Enluminure, Dinanderies, Mobilier, Emaillerie, Orfèvrerie religieuse, etc. 
Cet ouvrage constitue deux beaux volumes grand in-4°, illustrés de plus de 120 reproductions 
dans le texte et d'environ 65 planches hors texte, en héliogravure, en phototypîe et en tjrpo- 
gravure. Toutes ces illustrations reproduisent les œuvres des maîtres Mosans, conservées 
dans le pays depuis Arlon jusqu'à Maestricht, ou dans les musées, les cathédrales et autres 
collections de l'étranger. 

Le livre de M. Helbig constitue l'ouvrage le plus marquant sur TArt occidental, paru 
depuis longtemps et à ce titre il est le Compendium indispensable à tous les érudits et à tous 
les amateurs s'occupant de l'histoire dès écoles d'art Septentrionales. 

L'ouvrage paraît en deux volumes. Le tome I vient de paraître. Le tome II paraîtra fin 
1907 environ. 

Prix de l'ouvrage en souscription : 40 frs. l'exemplaire complet. 



La Renaissance Septentrionale 
et les Premiers Maîtres des Flandres 

Les Origines — Le XIV^ Siècle — Les Van Eyck 

par FIERENS-GEVAERT 

Professeur d'Esthétique et d'histoire de TArt à l'Université de Liège et 
aux Cours d'Art et d'Archéologie de Bruxelles 

Ce livre vient à son heure, au moment où les leçons de Courajod, les Expositions des Primitifs 
flamands à Bruges en 1902 et des Primitifs français à Paris en igoo et en 1904, les travaux et parfois 
les discussions scientifiques de savants tels que MM. Georges H. de Loo, H. Hymans, Bouchot^ 
G. Lafenestre, Comte P. Durrieu, Max J. Friedlânder, Dvorak, R. Koechling, James Weale, Karl 
Voll, etc., ont mis à l'avant plan des préoccupations de la critique, la question des origines de la 
Renaissance Septentrionale et l'énigme des frères Van Eyck, questions auxquelles se rattachent 
entièrement les origines des écoles flamande, française et bourguignonne. Nous ne pouvons mieux faire, 
pour en persuader nos lecteurs, que de leur donner un aperçu de la table des matières : 

I. Le rôle de l'Art flamand dans la Renaissance Septentrionale. Considérations d'ensemble. — 
II. Œuvres conservées en Belgique (Xlle, XlIIe et XlVe siècles) et apparition des principes nouveaux. 
— III. Le rôle des flamands dans la première Renaissance des Valois. — IV. L'école de Dijon. Les 
chefs-d'œuvre de Claes Sluter. — V. L'école de Dijon (suite). Sculpture et Peinture. — VI. Les débuts 
des Van Eyck. — VIL Lambert, Marguerite et Hubert Van Eyck. — VIIL Jean Van Eyck. — IX. Le 
retable de l'Adoration de l'Agneau. 

L'ouvrage forme un beau et fort volume gr. in-S^, illustré d'environ 100 reproductions, dont 24 
planches hors texte. Prix : 12 francs. 

JACQUES JORDAENS 

ET SON ŒUVRE 

par P. BUSCHMAXN Jr. 
Directeur de la revue « L'Art Flamand et Hollandais » 

Cet ouvrage, publié à l'occasion de l'Exposition Jordaens à Anvers, constitue sur le puissant colo- 
riste, sur le créateur de vie intense que fût Jordaens une monographie complète. 

Ce livre forme un fort volume grand in-80, contenant 46 planches hors texte, dont un frontispice en 
héhogravure, reproduites d'après les œuvres originales. Prix : 10 francs. 

Le même ouvrage existe également en édition flamande. Prix : 7 fr. 50. 



L'Exposition des Primitifs Français au point de vue 

de l'Influence des frères Van Eyck 
sur la Peinture Française et Provençale 

par GEORGES H. DE LOO 

Le savant auteur du « Catalogue critique de l'Exposition des Primitifs Flamands à Bruges en 1902 » 
s'est attaché, dans cette nouvelle étude, à revendiquer la part de l'Ecole flamande dans le groupement 
des « Primitifs Français » et à démontrer l'influence des frères Van Eyck sur certains maîtres Irançais 
et provençaux. Nous ne pouvons mieux faire que de donner ici le sommaire de cette étude : L'Art 
franco-flamand au début du xve siècle et la Révolution Eyckienne. — L Région de la Loire: Les 
Anges de Bourges; Jehan Fouquet. — IL Provence et Bassin du Rhône: Le Maître du portrait 
de 1456, de la galerie du prince de Liechtenstein ; Le Maître de l'Annonciation d*Aix et Conrad Witz ; 
La Résurrection de Lazare, de la collection R. von Kaufmann ; Nicolas Froment ; Enguerran Charon- 
ton ; La Pietà de Villeneuve et Tart d'Avignon. Prix : frs. 2.50. 



Le genre Satirique dans la Peinture Flamande 

par L. MAETERLINCK 
Conservateur du Musée de Gand. 

Un fort volume in-80, de près de 400 pages de texte, contenant 240 reproductions, dont 60 hors 
texte, d'anciennes miniatures, d'estampes rares et curieuses, de tableaux de mœurs et de genre, etc. 

Prix : 10 francs. 






Alfred Stevens et son Œuvre 

par CAMILLE LEMONNIER 

Ouvrage de grand luxe, de format in-folio, contenant 42 superbes planches hors texte en héliotypie, 
tirées sur presse à bras d'après les chefs-d'œuvre du grand peintre qui vient de mourir. Texte imprimé 
sur papier anglais « Antique wove de luxe ». Tirage limité à 35o exemplaires numérotés, dont : 

10 exemplaires sur papier Japon, numérotés de i à 10 : 3(M) francs l'exemplaire (tous souscrits). 

i5 exemplaires sur papier Whatmann, contenant une double suite des planches, l'une sur papier du 
Marais, l'autre sur Chine, numérotés de 11 à 25. Prix : 200 francs l'exemplaire (il reste quel- 
ques exemplaires à souscrire). 

32S exemplaires sur « Antique wove de luxe », numérotés de 26 à 35o. Prix : 80 francs par exempl. 

L'ouvrage est fourni relié en portefeuille ou emboîtage — au choix du souscripteur — de parche- 
min, avec ornementation en or dessinée par l'artiste Georges Lemmen. 



L'Ecole Belge de peinture 1830-1905 

par CAMILLE LEMONNIER 

Ce livre, publié à l'occasion de l'Exposition Rétrospective de l'Art Belge (Bruxelles igoS), 
constitue l'ouvrage définitif sur la Peinture Belge au XIX« siècle et forme un beau et fort volume in-40, 
illustré de 140 reproductions en planches hors texte, en héliogravure, en camaïeu et en typogravure, 
d'après les chefs-d'œuvre de la peinture belge, depuis Wappers jusqu'aux plus récents artistes, en 
passant par Wiertz, H. Leys, H. De Braekeleer, Alfred et Joseph Stevens, Artan, Boulenger, 
F. Khnopff, E. Claus, A. Baertsoen, etc. Prix de l'ouvrage en souscription : broché : 20 francs. 
Relié en un élégant cartonnage anglais : 25 francs. 

Il a été tiré de cet ouvrage 5o exemplaires de luxe, numérotés de i à 5o, dont : 

10 exemplaires sur papier Impérial du Japon, numérotés de i à 10. Prix : 125 francs (tous 

souscrits). 
40 exemplaires sur papier de Hollande à la main, de Van Gelder Zonen, numérotés de 11 à 5o. 

Prix : 75 francs (encore quelques exemplaires à souscrire). 

Les exemplaires de luxe sont enrichis d'eaux-fortes originales ou reproductions spéciales des 
artistes : A. Baertsoen, V. Gilsoul, F. KhnopfF, A. Rassenfosse, A. Stevens et Théo Verstraete. 



Le Paysage et le Paysagiste : Théodore Verstraete 

par LUCIEN SOLVAY 
Deuxième édition, revue et augmentée, illustrée de 18 planches hors texte. Prix : 6 francs. 



L'Œuvre de Constantin Meunier 

par A. VERMEYLEN 
Professeur d'Histoire de l'Art à l'Université de Bruxelles 

Album contenant, outre le texte, i3 planches d'après les œuvres les plus caractéristiques du maître 
et deux portraits de l'artiste. Prix : frs. 3.50. 



L'Art Flamand & Hollandais 

Revue mensuelle illustrée, spécialement consacrée à l'art ancien et moderne en Belgique et en 
Hollande. Cette revue compte parmi ses collaborateurs les historiens et les critiques d'art les plus 
émin**nts de la Belgique et de l'étranger. Elle paraît, depuis Janvier 1904, le i5 de chaque mois, en 
livraisons de So pages au moins, richement illustrées de planches hors texte et forme annuellement deux 
forts volumes in-40. Prix de l'abonnement : 20 francs par an pour la Belgique, 25 francs pour 
l'étranger. 

Un prospectus détaillé des ouvrages susmentionnés sera envoyé sur demande. 



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